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EXPOSITION

Calder, sculpteur du mouvement

Alexander Calder : Josephine Baker (IV), vers 1928.
Alexander Calder : Josephine Baker (IV), vers 1928. ADGAP/Calder Foundation

En poussant les portes de la galerie qui, au Centre Pompidou à Paris, abrite l’exposition Alexander Calder, les années parisiennes 1926-1933, le visiteur pénètre dans un monde tout bonnement enchanté. L’artiste américain expérimente ses premiers « mobiles », ainsi que Marcel Duchamp baptisera les sculptures comme en apesanteur que Calder confectionne à partir de fil de fer ou de métal, donnant ainsi naissance à un univers à la fois féérique et drôle. A l’instar de son Cirque miniature, pièce-maîtresse de l’exposition qui permet aussi de revisiter sept années de créations parmi les moins connues de l’œuvre de Calder (1898-1976). C’est à voir jusqu’au 20 juillet. Avec en prime, un atelier-cirque pour les enfants.

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(Première publication : 24 mars 2009)

C’était avant les Stabiles monumentaux qui ont fait le tour de la planète. Autrement dit bien avant le début des années 1940. Quand Calder, ingénieur de formation et illustrateur de profession, débarque à Paris en juillet 1926, son nom n’est connu de personne. De bricolages (terme qu’il affectionnait particulièrement), il n’est même pas encore question. Ce n’est qu’à l’automne, après avoir rencontré un fabricant de jouets, qu’il se lance dans la confection de canards, poissons et autres chevaux en bois dont quelques exemplaires sont d’ailleurs présentés dans la seconde partie de l’exposition, deux étages plus bas.
Cette dimension ludique guidera de nouveau sa main deux ans plus tard quand, reprenant cette fois ce thème si cher aux artistes du cirque, il créera son fameux Cirque Calder dont les représentations, lui en marionnettiste penché sur la piste aux étoiles et ses proches en musiciens-techniciens, feront courir le tout Paris avant-gardiste. Dans les « gradins » se bousculeront les Miro, Picasso, Duchamp, Léger, Foujita (bientôt réquisitionné pour donner un coup de main), Cocteau et autres Man Ray.

Calder en Monsieur Loyal

«Cirque Calder», Alexander Calder (1926-1931).
«Cirque Calder», Alexander Calder (1926-1931). ADGAP/Calder Foundation

Du reste quand le visiteur pénètre dans la première salle de l’exposition, il est comme catapulté sur la piste du Cirque Calder, tombant nez à nez avec le film inédit de Jean Painlevé réalisé en 1927 lors d’une performance avec, au générique, tout le petit monde de Calder depuis l’avaleur de sabre jusqu’à la danseuse en passant par le dompteur et son lion sans oublier le clown, tous constitués de fil de fer et habillés de morceaux de tissus, bouchons, caoutchouc et bouts de laine. « En créant ce spectacle très coloré, plein de gouaille et d’humour, Calder cherche à se faire connaitre des collectionneurs et des artistes. Ce sera d’ailleurs un succès et c’est à partir de là qu’il se lance vraiment dans la sculpture bricolée, du jamais vu jusqu’alors », explique Brigitte Léal, la commissaire de l’exposition. Il déclinera ainsi toute la famille circassienne dans des numéros d’équilibristes absolument prodigieux. Témoin, La famille en fil de cuivre (1929) soit six acrobates juchés sur les épaules herculéennes du père. Au cours de cette même année 1929, il réalise son premier portrait en fil de fer « fait à main levée, avec la rapidité normalement réservée au dessin ». Son modèle n’est autre que Kiki de Montparnasse, la muse des artistes montants. Il vient d’inventer « le dessin dans l’espace ».
Portraits de ses amis artistes ou des membres du Cirque Fratellini… L’exposition les convoque tous, dans une mise en scène de toute beauté, restituant la magie de ses sculptures transparentes et néanmoins étonnamment habitées et dont la présence est justement mise en relief grâce au jeu sur les ombres portées qui contribue à souligner plus encore la délicatesse, la tendresse (même dans la caricature) et la grâce de ces pièces, par ailleurs souvent drôles et touchantes, « à la fois sophistiquées et rudimentaires », ajoutera Brigitte Léal : « Il est dans l’antithèse de la sculpture traditionnelle. Abandonnant les matériaux habituels, délaissant le socle, il travaille sur le vide et la transparence. Et bien sûr, sur le mouvement. C'est en cela qu'il est révolutionnaire ».

La sculpture dans l’espace

«Portrait de Joan Miró», Alexander Calder (vers 1930).
«Portrait de Joan Miró», Alexander Calder (vers 1930). ADGAP/Calder Foundation

Et de fait, les visages qui tombent du plafond paraissent s’animer. Itou pour les grandes sculptures de Joséphine Baker, au nombre de quatre, qui semblent danser le charleston dans l’espace. A partir d’un métal très froid comme le fer, Calder réussit le tour de force de donner vie à un monde joyeux, ludique et généreux.
S’il n’abandonnera pas ce travail sur le mouvement considéré comme un élément de la composition à part entière, sa rencontre en 1930 avec Piet Mondrian, lui aussi installé à Paris, l’amène toutefois à abandonner la sculpture figurative et humoristique pour l’abstraction. « L’année 1930 marque un tournant dans la carrière de Calder. En visitant l’atelier de Mondrian il a une révélation mystique, métaphysique ». En 1931, il réalise sa toute première sculpture suspendue, il vient d’inventer « la sculpture mécanomorphe, en constante métamorphose sous l’impact du souffle de l’air ou sous l’impulsion d’un moteur ou d’une manivelle. Ce principe de la sculpture vivante sera repris ensuite par des artistes comme Tinguely ». Ses sculptures renvoient désormais à l’ordre cosmique de l’univers.
Dès 1932, la reconnaissance est au rendez-vous. En février, la galerie Vignon à Paris présente une trentaine de ses œuvres. Les « mobiles » de Calder - terme trouvé par Marcel Duchamp - deviennent des « Stabiles », vocable inventé par Jean Arp. Stabiles qui n’atteignent pas encore les dimensions monumentales qu’on leur connaitra par la suite, notamment à partir de 1937 et le Devil Fish, le premier Stabile agrandi de Calder.

Et la petite sphère s'anima...

Durant l’été 1933, les Calder quitte la France pour rentrer aux Etats-Unis. Le sculpteur conservera toutefois un atelier en Touraine. Du reste, en 1937, il exposera sa Fontaine de mercure aux côtés du Guernica de Picasso et du Faucheur de Miro au pavillon espagnol de l’Exposition internationale à Paris marquant ainsi, au-delà de son engagement politique, son attachement à cette Europe qui l’aura vu « naître ». Mais c’est déjà une autre histoire.
Pour l’heure, c’est avec Small Sphere and Heavy Sphere (1932-33) que se referme l’exposition soit une installation de bouteilles vides et de boites de conserve en métal ou en bois récupérées dans les poubelles qui émettent des sons pour peu que la plus petite des deux balles vienne les percuter, au gré de sa course. Sandy Rower, le petit-fils de Calder présent pour l’ouverture de l’exposition, accepte bien volontiers de mettre cette sculpture en mouvement. En le voyant ainsi les pieds déchaussés et le corps penché sur l’installation, on pense aussitôt à son grand-père qui, à notre arrivée, nous invitait au cirque. Et d'ailleurs, c'est sans la moindre hésitation que l'on repart sur nos pas pour un nouveau tour de piste.

 

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