Accéder au contenu principal
Il y a vingt ans, la chute du Mur

Le film d'une nuit historique

Un morceau du Mur de Berlin restauré.
Un morceau du Mur de Berlin restauré. REUTERS/Fabrizio Bensch

Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989, devant les caméras du monde entier, Allemands de l’Est et de l’Ouest prennent d’assaut ce Mur qui divise l’Allemagne depuis près de 30 ans. En 48 heures, des centaines de milliers de personnes, piégées depuis près de trente ans, vont franchir la frontière pour découvrir « l'autre côté ». 

Publicité

La marmite bouillait depuis plusieurs mois mais c’est bien cette nuit du 9 novembre 1989 que le couvercle a sauté. Les Tchécoslovaques et les Hongrois, débordés par l’afflux d’Allemands de l’Est qui veulent passer à l’Ouest, demandent à leurs camarades est-allemands de prendre des mesures. Le 9 novembre 1989 au matin, Egon Krenz, qui vient de succéder à Erich Honecker réunit le Politburo pour élaborer un projet de loi qui doit faciliter les voyages.

Günter Schabowski, porte-parole du Politburo est chargé d’annoncer les nouvelles dispositions au cours d’une conférence de presse radiotélévisée. A 18 heures, face à une centaine de journalistes, il explique laborieusement les décisions du comité central. Taraudé par les journalistes, il mettra près d’une heure à faire la déclaration qui va tout déclencher : « Nous avons donc décidé aujourd’hui de prendre une disposition qui permet à tout citoyen de la RDA de sortir du pays par les postes-frontières de la RDA ». « Dès maintenant ? », lui demandent les journalistes. Il lit ostensiblement son document : « Les voyages privés à l’étranger pourront être autorisés sans conditions particulières ou raisons familiales. Les autorisations seront délivrées rapidement ». « Quand ? », Insiste un journaliste. « Pour autant que je sache… immédiatement… sans délai ».

Annonce télévisée

À 19h30, la télévision est-allemande annonce que « Les demandes de voyages privés à l’étranger peuvent être faites dès à présent sans motif particulier ». A 20 heures la télévision ouest-allemande ouvre sur cette information : « Les citoyens est-allemands désireux de sortir du pays ne sont plus obligés de passer par la Tchécoslovaquie ». À 20 h 45, à Bonn, en pleine séance plénière au Bundestag, les députés ouest-allemands se lèvent et entonnent l’hymne national.

Après 28 années d'interdiction de quitter leur territoire, seize millions d'Allemands de l'Est se voient offrir la liberté de se déplacer. Cette décision va provoquer un véritable raz-de-marée. Les gardes-frontières débordés laissent passer les Allemands de l’Est à 22 h 45. Les télescripteurs crépitent : « Ce 9 novembre est un jour historique. La RDA a annoncé que ses frontières étaient désormais ouvertes à tous. Les portes du Mur sont grandes ouvertes ».

Berlinois de l'Est et de l'Ouest se rassemblent des deux côtés du Mur. C’est la ruée, les gardes-frontières n’en croient pas leurs yeux mais ils ne tenteront pas de s’y opposer.

A minuit tous les postes-frontières de Berlin sont ouverts. Le Mur, ce monstre de béton de 160 kilomètres de long et de 3,60 mètres de haut, qui était conçu pour durer cent ans, vient de s’effondrer symboliquement.

En moins de quarante-huit heures, deux millions d’Allemands de l’Est vont se rendre à l’Ouest où ils sont accueillis dans un mélange de joie et d’incrédulité.

Le choc est brutal pour les Allemands de l’Est qui réalisent à quel point ils ont été bernés. L’écart de niveau de vie est flagrant. Ils se ruent dans les magasins et achètent des objets courants et de la nourriture qui sont des produits de luxe de l’autre côté du Mur. Ils font une razzia sur les bananes, un cadeau exotique pour leurs proches qui n’ont pas profité de cette inoubliable nuit de liberté.

Une nuit de folie

Ce 9 novembre 1989, le peintre Thierry Noir, est au checkpoint Charlie, un des principaux points de passage entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. Il comprend qu’il assiste à un évènement historique et décrit la folie générale, le chaos, les rires, les chants, les pleurs et la peur perceptible des gardes-frontières.

Les Allemands de l’Ouest font une haie d’honneur aux Allemands de l’Est. Ils tapent sur le capot des Trabant, ces petites voitures est-allemandes, qui passent à l’Ouest. La destruction du Mur, à coup de pioches, de masses et de marteaux va se poursuivre pendant des mois. Thierry Noir qui a peint des personnages bariolés sur plus de cinq kilomètres de long sur le Mur va assister à la destruction de son œuvre, entreprise dès 1984 pour briser la peur que suscitait ce Mur et ses gardes qui n’hésitaient pas à utiliser leurs armes. Le peintre français, ce jour-là, était comme des millions d’Allemands de l’Est et de l’Ouest heureux et insouciant.

Helmut Kohl, en visite officielle en Pologne, se rend immédiatement à Berlin. Devant l’Hôtel de Ville, il déclare : « Nous nous trouvons maintenant devant l’épreuve de vérité ». Le régime est-allemand va-t-il revenir sur sa décision ? Comment les Russes vont-ils réagir ? La réunification de l’Allemagne est-elle une menace pour le monde ? Autant d’interrogations qui font sourire aujourd’hui mais qui étaient bien réelles à l’époque.

Voir notre dossier complet sur la chute du Mur de Berlin

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.