Accéder au contenu principal
Littérature & Cinéma

Philippe Claudel, des maux à l'image

Kristin Scott Thomas, Laurent Grévill et Philippe Claudel (de g. à dr.).
Kristin Scott Thomas, Laurent Grévill et Philippe Claudel (de g. à dr.). Thierry Valletoux/ UGC

Philippe Claudel signe son premier film en tant que réalisateur, Il y a longtemps que je t’aime avec Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein, qui sort ce 19 mars sur les écrans français. Il s’accompagne de la parution d’un livre, Petite fabrique des rêves et des réalités(éditions Stock) dans lequel l’écrivain et désormais réalisateur raconte son expérience derrière la caméra. Le livre n’est jamais bien loin ! Et toujours ce souci des autres qui est d’ailleurs le thème principal de ce long-métrage tourné à Nancy, la région natale de l’auteur des Ames grises que rien, pas même cette incursion du côté du 7 e art, ne réussira à déboussoler. Rencontre à deux pas de la Sorbonne en jean’s et tee shirt.

Publicité

(Première publication : 18 mars 2008)

Quartier de la Sorbonne et des salles « Art et essai ». Moins pour le croisement qui tomberait à point nommé que par fidélité « à ce quartier où ma première attachée de presse, pour mon premier livre, m’avait pris une chambre. C’était à l’hôtel voisin mais en ce moment, il est en travaux ». Ni pose ni snobisme, pas le genre de Philippe Claudel qui, encore aujourd’hui, quarante-quatre ans après y être né, vit toujours à Dombasle-sur-Meurthe, un petit village de Lorraine, dans l’Est de la France. C’est à peine s’il reconnait « avoir bougé de 200 mètres » ! Ecrivain et réalisateur régional, alors ? Ce serait trop vite oublié que la parution des Ames grises en 2003, prix Renaudot la même année, a complètement bouleversé la vie de son auteur qui mène depuis l’existence d’un « satellite ». Dans ce tourbillon de voyages, rencontres et autres signatures, « Dombasle, c’est le terrier, lâche-t-il en souriant, c’est un lieu qui me ressemble, où je suis bien, avec des vrais gens qui sont confrontés au chômage, à la misère, l’alcoolisme, à des galères de tous les jours. Les gens sont très tranquilles là-bas, ils savent que je suis écrivain, que je fais du cinéma mais j’y ai ma place comme le boucher, le garagiste y ont la-leur, ce n’est pas plus important ».

Philippe Claudel
Philippe Claudel Francesca Mantovani

Une proximité qui rime aussi avec authenticité. C’est d’ailleurs par « souci de vérité » que Philippe Claudel a fait le choix de tourner à Nancy. « C’était l’évidence, surenchérit-il, à Paris, tout l’univers du film n’aurait jamais pu se mettre en place, ce rapport au temps, à l’espace très provincial ». Cette attention aux détails explique, par exemple, que Kristin Scott Thomas, dont le personnage retrouve la liberté après quinze ans de prison, ne soit pas maquillée, fume des sans filtres et soit habillée sans soin tandis que sa sœur, alias Elsa Zylberstein, professeur à l’université, ne porte que des chaussures à talons plats. Remisée l’image glamour de ces deux actrices à l’élégance si souvent vantée ! Réalisateur ou romancier, c’est bien le même Philippe Claudel qui s’exprime à travers cette attention aux détails mais aussi, et peut-être surtout, aux douleurs de ses personnages qui, tous, font la démonstration que sans les autres, famille, amis, collègue, ne peuvent sortir d’eux-mêmes et renaître à la vie.

Quant à savoir pourquoi cette histoire-là, de deux femmes, de deux sœurs, ne pouvait pas s’écrire, « je n’ai pas d’explication », prévient-il. « Ce film, c’est un peu comme s’il était la synthèse d’une dizaine d’années de créations. Et curieusement, ajoute-t-il, ce n’est pas venu dans un livre ». Cet ancien étudiant en cinéma reconnait que ce qui le fascine dans ce moyen d’expression, c’est « qu’il condense tous les arts, la danse, l’architecture, la musique, les mots, la photographie pour donner naissance à un art original ». Le cinéma, art du dévoilement également. « C’est une forme d’autobiographie fragmentée. Comme le personnage de Michel, dans le film, j’ai enseigné pendant dix ans en prison ». L’on pourrait aussi parler des deux petites filles adoptées, son épouse et lui-même ont adopté une petite fille, l’univers des professeurs, et bien sûr, jamais bien loin, les livres. D’ailleurs Philippe Claudel parle de Il y a longtemps que je t’aime comme d’« un film  de lecteur, plutôt que d’un film d’écrivain car, poursuit-il, je voulais un peu témoigner de l’importance que les livres peuvent avoir dans les vies. Je suis toujours un peu triste face à des gens qui ne lisent pas, je me dis qu’il leur manque quelque chose dans la vie ». Et d’ailleurs, à peine le film terminé vers le 15 novembre, son réalisateur a « ressenti le besoin de revenir vers le livre » qui ramasse son expérience tout en la détaillant.

Stock

« Communiquer », l’un des mots-clés, en effet, de la carrière de l’auteur de Petite fabrique des rêves et des réalités. L’une des raisons qui ont amené l’ancien étudiant en cinéma à passer derrière la caméra tient peut-être justement à « ce souci de toucher, de m’adresser au plus grand nombre, d’être lisible tout en étant subtil. Tout le monde ne va pas vers la littérature et en tant que créateur, de cinéaste, on doit être conscient de cette mission de penser au public car le cinéma a, lui, cette chance d’être populaire ». Et quant à savoir si avec ce premier film, Philippe Claudel partagera désormais équitablement son temps entre l’écriture, le cinéma et l’enseignement qu’il tient à poursuivre, pas de plan préétabli, « j’aime bien avoir la chance d’avoir cette polyvalence », dit-il simplement avant d’ajouter qu’il fait « d’autres trucs dont on ne parle jamais parce que c’est très très mauvais, je les garde pour moi mais c’est essentiel comme la guitare électrique, la photographie, la peinture, du dessin etc. J’aime bien avoir tout ça à ma disposition et pouvoir choisir ensuite le médium le mieux adapté ».

A la rentrée, Philippe Claudel fera d’ailleurs ses débuts au théâtre et, qui plus est, dans une veine purement comique : Parle-moi d’amour, une pièce « écrite pour m’amuser » et qui devrait être à l’affiche de la Comédie des Champs-Elysées, à Paris, en septembre. « J’aime bien les premières fois », sourit-il. Mais quand on lui demande s’il ne craint pas d’être trop présent, il redevient immédiatement grave : « Ce qui me tente, c’est de disparaître ». L’auteur du Rapport de Brodeck se déclare attiré par l’anonymat. « On ne peut pas rêver chance plus grande que ce que l’on fait ait du succès, c’est quand même magique, et paradoxalement, ça entraîne une vie qui est une vie qui ne me plait pas. Pour moi, qui adore les lieux, le temps, me poser, je n’ai même plus le temps de rêver vraiment ».

Et de raconter que son agenda 2008 ne lui permet plus de prendre de nouveaux rendez-vous. Pas libre avant 2009 Philippe Claudel qui ne peut toutefois pas (encore ?) imaginer avoir cette « impolitesse vis-à-vis plein de gens de leur dire ‘c’est fini’. Pour moi qui ai toujours ce souci des autres, c’est dur de couper ». Alors, autant tourner !

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.