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PHOTOGRAPHIE

Sabine Weiss : objectif, contact !

Sabine Weiss.
Sabine Weiss. Elisabeth Bouvet/RFI

La Maison européenne de la photographie, à Paris, retrace jusqu’au 25 janvier prochain, Un demi-siècle de photographies - c’est le titre de l’exposition -, signées Sabine Weiss.Née en 1924, en Suisse, elle ne se revendique d’aucun courant même si elle fut l’amie de Doisneau et même si on rattache volontiers son travail au courant de la photographie humaniste. Commandes publicitaires et travaux plus personnels… La MEP embrasse les différentes facettes d’une photographe à l’énergie débordante mais qui, en dépit de ses multiples activités, demeure relativement peu connue du public.

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(Première publication : 28 novembre 2008).

Ce matin-là, une conjonctivite l’oblige à porter des lunettes fumées. Ce matin-là, elle tente de faire rétablir une ligne de téléphone fixe dans l’appartement « 5 mètres sur 5 » acheté en 1950, dans une arrière-cour du XVIe arrondissement de Paris, où elle habite toujours. Autant dire que Sabine Weiss a sans doute connu des vernissages moins bousculés. Et pourtant, rien ne semble pouvoir empêcher ce petit bout de femme de remonter le fil du temps et de sa carrière. Face aux sollicitations comme devant les propositions de travail : pareillement incapable de dire « non » si l’on en juge par le nombre de fois qu’elle nous racontera avoir « été toute sa vie débordée par le boulot ». Comme si elle avait passé le plus clair de son temps avec sa camera obscura.

« Je serai photographe »

C’est vrai que son premier contact avec un appareil photographique, même de médiocre facture, remonte à 1936 : « J’avais douze ans. A l’époque, j’habitais à Genève mais lors d’un voyage à Paris, je me suis achetée avec mon argent de poche, dans un Monoprix, un petit appareil en bakélite noir ». Elle photographie un peu tout, déjà très attentive à la lumière, à la qualité des tirages, « il faut dire que mon père était chimiste donc la manipulation des liquides, c’est quelque chose qui m’est familier ». Du reste, Sabine Weiss bénéficiera toujours du soutien indéfectible de son père qui, lorsqu’elle décide « à 17 ans, après avoir quitté l’école », qu’elle sera photographe, la fait entrer en 1942 chez Boissonnas, un studio où elle fait ses classes et obtient après trois années d’études un diplôme. A peine sortie, elle ouvre sa propre boutique. Mais c’était sans compter avec « des complications amoureuses insolubles » qui l’amènent à prendre « une décision radicale » : tout quitter pour s’installer définitivement à Paris.

L’apprentissage de la lumière naturelle

Homme dans le brouillard, Paris 1953.
Homme dans le brouillard, Paris 1953. Sabine Weiss. Rapho

Elle a 22 ans et une lettre de recommandation qui lui permet de devenir « l’assistante du photographe de mode Willy Maywald ». Dans des conditions certes précaires - « on avait trouvé un local chez un antiquaire pour tirer les photographies » -, mais c’est là qu’elle apprend l’importance de la lumière naturelle. D’ailleurs la rétrospective de la MEP s’ouvre précisément sur l’un de ces clichés pris entre chien et loup, qui ont fait le tour de la presse nationale et internationale. « Pour cette photo, j'ai carrément un dossier spécial tellement elle m'a été demandée ». On y voit notamment un homme en imper dans une rue pavée, de nuit, rejoindre un horizon qui semble illuminé. Même colonne lumineuse comme tombée du ciel, sur cet autre cliché archi-connu pris à la sortie du métro de Sabine Weiss, Porte d'Auteuil. « Souvent, je me suis dit qu’il faudrait que je retourne voir à quelle heure, il y a cette lumière. Et hier, justement, en voyant le soleil, j’ai pensé que la photo avait due être prise vers 14 heures, en cette saison, avec ce même soleil bas qui frisait ». Son auteure n’a toutefois pas de préférence particulière pour ces images-là. Pas plus du reste que pour aucune autre série d’images, refusant, elle qui fut durant près de soixante ans l’épouse du peintre Hugh Weiss, le statut d’artiste : « Je photographie ce que je vois, je ne crée rien, je n’interviens pas. Aucune photo n’est posée alors que lui, le peintre, travaillait à partir de son imagination ». Quant au choix du sujet et du cadrage, ce qui lui revient tout de même, elle le balaye quasiment d’un revers de main, ajoutant pour seul viatique : « je ne photographie que ce qui me touche ».

« Je photographiais tout »

Paris, Porte de Vanves, 1952.
Paris, Porte de Vanves, 1952. Sabine Weiss. Rapho

Des enfants, beaucoup d’enfants car « avec eux, il y a toujours un défi », des vieillards, des stars aussi, des ambiances de rue - c’est le Paris des années 1950 -, bref le quotidien de la vie saisi en noir et blanc, avec ces moments de grâce, de joie, de silence, de désarroi aussi. L’individu est toujours ou presque le sujet de ses photographies, comme de ses collègues de l’agence Rapho qu’elle rejoint en 1952, les Doisneau, Brassaï et autres Willy Ronis. Nul angélisme dans ses reportages. Car si on entend presque les cris des enfants ou les accordéons des fêtes, on croise aussi des personnes seules, démunies, fragilisées : « J’y vais avec beaucoup de douceur, je ne les agresse pas. Ma façon de les regarder et, quand vous êtes à l’étranger et que vous ne pouvez pas parler, de les toucher, leur fait du bien, je crois. Et c’est ça qui est merveilleux avec la photographie : avoir un contact ». Et, ajoutera-t-elle, un peu plus tard, « entrer partout », ce dont témoigne le récit de ses périples en Portugal, en Italie, en Espagne, aux Etats-Unis, au Maroc, en Egypte ou encore en Inde.

« Du bébé, j’en ai fait ! »

Pas d’éclat dans ses photographies. Normal, ce qui l’émeut est souvent imperceptible, comme ce geste d’une danseuse, montre-t-elle sur un cliché rapporté d’Inde. Ou comme « ce vieillard (que nous ne verrons pas « car ça ne touche probablement que moi ») le visage recueilli, en pleine rue, en train de prier. Je ne crois pas mais cet homme-là m’a fait du bien ». Aux anonymes se mêlent aussi les portraits des personnalités politiques ou artistiques qu’elle a également immortalisées tels que Mendès-France ou Fernand Léger. Dans des vitrines, le public découvrira enfin les innombrables photographies que Sabine Weiss a réalisées pour des magazines, surtout américains, ou des publicités, « j’étais devenue une spécialiste dans le bébé, je savais très bien les choisir », plaisante-t-elle avant d’évoquer tout son travail, à ses débuts, sur les vitrines des Grands Magasins parisiens qui constitue aujourd’hui « des documents de premier plan sur la mode des années 1950 » et que les dernières Rencontres d’Arles ont partiellement montrés.

« Ma vie est remplie d’anecdotes », continue-t-elle en jetant un regard sur ces photographies qui recèlent toutes effectivement une histoire, une rencontre, un échange. D’ailleurs, quand on lui demande ce qu’elle pense de cette rétrospective - très longtemps, pour les raisons évoquées plus haut, elle a pensé que seul le travail de son époux méritait d’être accroché aux cimaises -, elle répond qu’elle aurait « aimé des photos plus rapprochées, qui se serrent un peu. C’est un peu grand pour moi ». Et de conclure, face à sa famille à elle (en 1955, Steichen lui prenait 3 photographies pour la légendaire exposition The family of man, toujours visible à Luxembourg) : « Ce sont mes enfants, tout ça me rappelle de bons souvenirs, de beaux gestes ». Et une certaine idée du partage qu’elle n’a pas finie, semble-t-il, de trimballer en bandoulière. Témoin, sa découverte de la Chine où elle vient de passer trois semaines, cet été. « J’étais très active… Je le suis encore », lâche-t-elle, ni blasée ni rassasiée par plus de soixante-dix ans de témoignage photographique.

Espagne - Enfants jouant au cheval, 1954.
Espagne - Enfants jouant au cheval, 1954. Sabine Weiss. Rapho

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