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Cinéma

Le scandale des bombes à sous-munitions

Zagarianka Productions

Parmi les films qui sortent cette semaine, Pluie du diable de Philippe Cosson qui nous emmène dans l’ex-Indochine et plus précisément au Laos où, trente ans après la fin de la Guerre du Vietnam, les bombes larguées par les Américains sur une grande partie de la région provoquent encore des dizaines de morts par an. Responsables, les BASM, les Bombes à sous-munitions, « une véritable mine antipersonnel qui ne dit pas son nom », selon la formule du réalisateur.

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Un enfant vient de mourir, déchiqueté après avoir manipulé une bombe à sous-munition. Ainsi commence Pluie du diable, titre qui renvoie à l’expression même qu’utilisaient les Laotiens pour qualifier les bombardements américains durant la Guerre du Vietnam. Philippe Cosson se trouve dans le village, situé à quelque 500 kilomètres de la capitale Ventiane, où le drame vient de se dérouler. Il recueille les témoignages des familles endeuillées, des hommes mutilés à la suite de l’explosion d’une de ces bombes dont la terre, les rivières sont truffées. En filigrane, une kyrielle de questions : qui sont les responsables ? Pourquoi aujourd’hui, trente ans après la fin du conflit incriminé, la mort peut encore sauter au visage d’un villageois se rendant tout simplement à la pèche comme cet homme qui a perdu un œil et eu les deux bras arrachés ?

En contrepoint - tout le film est bâti sur ce champ/contre-champ - le réalisateur s’est donc attaché à recueillir les souvenirs (à la fois accusateurs et coupables) de vétérans du Vietnam ainsi que l’opinion de responsables militaires américains encore en activité et dont l’absence d’état d’âme fait carrément frissonner. Comme si l’armée US (qui continue à utiliser ces BASM) jamais ne pouvait avoir tort, et surtout, ne pouvait tirer les leçons du passé.
 

Zagarianka Productions

Et de l’histoire. Car ce documentaire, tout en s’attachant à rester au plus près (mais sans jamais être lourd, rendant plutôt compte avec justesse du fatalisme démuni des ruraux) de la douleur des victimes, se veut didactique et précis, rappelant ainsi que si le Vietnam fut la cible des Américains dans leur lutte contre le communisme, c’est toute la péninsule qui fut noyée sous les bombes dont le Laos qui était, nous explique-t-on, « une porte vers Ho Chi Minh-ville ». C’est d’ailleurs cette double souffrance, « l’ignorance de l’opinion publique sur cette guerre qui fut en fait celle de l’Indochine tout entière et les dégâts de la guerre », commente un historien laotien, qui rend le drame vécu par les habitants du Laos plus injuste encore.

Un seul chiffre : on estime à 84 millions, le nombre de bombes non explosées dans un pays qui compte 6 millions d’habitants. Ce qui représente une moyenne de 14 bombes par habitants. Un expert en déminage explique en effet que les bombes à sous-munitions s’apparentent « à des bombes certes avec minuterie mais conçues comme des bombes à retardement avec une durée de vie indéterminée ». « C’est comme si, reprend l’historien, la guerre continuait », avec en prime cette impossibilité, eu égard aux dangers encourus, d’exploiter et de cultiver la terre.

« Nous avons la responsabilité morale d’aller nettoyer là-bas », observe un ancien soldat américain. Sauf que les Etats-Unis n’ont consenti que récemment à fournir aux autorités laotiennes les cartes des sites de largage des bombes. Résultat, le programme de déminage entamé il y a dix ans par le gouvernement de Ventiane, n’a réussi à ce jour qu’à nettoyer 78 km2, une goutte d’eau comparé aux 887 000 km2 toujours contaminés.

Du terrain au tapis vert… Ce constat illustre malheureusement on ne peut mieux le non-engagement des Etats. Le traité d’interdiction des BASM dit Traité d’Oslo et ouvert à la signature en décembre 2008 n’a été ratifié que par 17 pays (Albanie, Allemagne, Autriche, Croatie, Espagne, Irlande, Japon, Laos, Luxembourg, Mexique, Niger, Norvège, Saint-Siège, San Marin, Sierra Leone, Slovénie, Zambie). Or ce traité ne pourra entrer en vigueur que six mois après la 30e ratification.
 

Zagarianka Productions

Pour en savoir plus : www.sousmunitions.fr ainsi que le site d'Handicap international, partenaire du film, www.handicap-international.fr.

 

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