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RENTREE LITTERAIRE

Marie NDiaye, une écrivaine atypique

Marie NDiaye.
Marie NDiaye. C. Hélie/Gallimard

La parution de Trois femmes puissantes (Gallimard) de Marie NDiaye est l’un des événements de cette rentrée littéraire 2009. Dans ce roman à trois temps, consacré à trois destins de femmes réunis par la magie d’une écriture quasi-musicale, l’auteur de Rosie Carpe (2001, Prix Femina) nous entraîne au cœur de son univers obsessionnel de domination, de solitudes et de communication brisée. Avec son talent habituel, Marie NDiaye reconstruit magistralement cette « inquiétante étrangeté » qui est devenue la marque de fabrique de ses contes modernes et hallucinés.

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(Première publication : 31 août 2009)

Marie NDiaye est une étoile atypique dans le firmament littéraire français. Difficile de la situer car elle ne ressemble à aucune autre, brillant de la lueur de son univers crépusculaire, à mi-chemin entre le réel et le fantasmatique. Certains critiques l’ont rapprochée de l’école du « nouveau roman » à cause de son écriture désincarnée, libérée de l’omniscience et les certitudes narratives. D’aucuns lisent ses romans à travers des grilles féministe, africaniste, post-colonialiste et autres « istes » dans le vent. Or ces définitions ne caractérisent que partiellement l’œuvre complexe et polysémique qui a fait de l’auteur de Rosie Carpe (Minuit, 2001) et de Papa doit manger (Minuit, 2003) l’une des écrivains les plus marquantes de sa génération. Une écrivaine qui se contente de se définir comme « un être humain qui écrit », comme elle l’a encore répété récemment en Angleterre, lors d’un premier grand colloque consacré à son œuvre.

Prenant la parole au terme de deux jours de communications sur les différents aspects de son écriture et de son monde fictionnel, elle a expliqué que contrairement aux légendes qui la décrivent comme un écrivain très cérébral, maîtrisant sa création, elle n’exerçait qu’un contrôle très réduit sur ce qui l’anime au moment où elle écrit. « Lorsqu’on écrit, souvent on bricole avec ce qu’on sait faire, et ce qu’on ne sait pas trop faire aussi. Tout n’est pas voulu, étudié, travaillé, pesé… on fait aussi un peu comme on peut ». (1) Et d’ajouter : « Toutes les choses que vous avez si brillamment et finement disséquées et étudiées, je les reçois comme un don ».

Un don dont Marie NDiaye a pris conscience très tôt, dès l’adolescence lorsque ses lectures tous azimuts l’ont conduite spontanément à l’écriture. Elle a douze ans quand elle écrit ses premiers textes. Elle jette beaucoup, avant de rédiger son premier roman qu’elle imagine montrable et qu’elle envoie par la poste à trois éditeurs différents. « C’était un geste très naïf et en même temps très ambitieux, je pense. J’avais l’idée qu’il était vraiment indispensable. J’avais dix-sept ans, le bac approchait, après le bac je devais choisir que faire et je me disais 'Il faut que je sois déjà écrivain pour ne pas être obligée de faire quoi que ce soit d’autre' […] J’en frémis – c’était risqué ! C’était même un peu bête. C’était même un peu romantique, finalement, l’idée de n’être rien d’autre qu’un poète ».

La suite est connue. Jérôme Lindon des éditions de Minuit qui était l’un des trois éditeurs à avoir reçu le manuscrit, est conquis et accepte de le publier. Il se rend lui-même, contrat en main, à la sortie du lycée Lakanal à Sceaux où étudiait alors la gamine. Quant au riche avenir (Editions de Minuit) paraît en 1984. Il est suivi de Comédie classique (P.O.L., 1987) qui est un roman fait d’une seule phrase sur les heurs et malheurs d’un protagoniste très joycien. C’était un véritable exploit littéraire qui avait valu à l’auteur une invitation à l’émission littéraire phare de l’époque : Apostrophes. Mais c’est seulement à partir de son troisième roman La Femme changée en bûche (Minuit, 1989) que Marie NDiaye a su imposer son univers étrange, peuplé d’hommes et de femmes décalés, s’enfonçant dans un abîme de mystères et de désespoir. Une singularité qu’elle exploite depuis avec une maîtrise grandissante dans ses romans, mais aussi dans ses nouvelles, ses pièces de théâtre, ses textes autobiographiques et pour enfants qui constituent l'une des œuvres littéraires majeures de notre temps.

Outre son atmosphère picaresque et hallucinée, ce qui frappe particulièrement dans cette œuvre, c’est sa construction toujours très maîtrisée. Le nouveau roman de Marie NDiaye Trois femmes puissantes qui vient de paraître ne déroge guère à la règle. Composé de trois récits emboités, ce roman étrange et troublant met en scène la condition humaine contemporaine dans ce qu’elle a d’obscur, de mystérieux et de fragile. Au coeur des trois épisodes, trois femmes qui luttent pour préserver leur dignité. « J’ai construit ce livre, explique l’auteure, comme un ensemble musical dont les trois parties sont reliées par un thème récurrent. Ce thème, c’est la force intérieure que manifestent les protagonistes féminins. Norah, Fanta, Khady sont reliées par leur capacités communes de résistance et de survie ».
Ces trois récits ont aussi en commun l’Afrique ou se déroulent une majeure partie de leurs actions. Le surgissement du continent noir comme lieu réel ou fantasmatique est l’une des constantes de ses récents écrits. Cela n’est peut-être pas sans lien avec l’identité métisse de l’auteure elle-même. De père sénégalais, Marie NDiaye ne se définit pas pour autant comme Africaine. « Ce serait une imposture d’affirmer que je suis Africaine car je n’ai pas grandi en Afrique. C’est en étrangère que j’essaie de déchiffrer ce que peut être la vie en Afrique », dit-elle. Et d’ajouter immédiatement : « Croyez-moi, je ne rejette pas l’Afrique. Au contraire, c’est un regret. J’aimerais tant être double. A la fois Française et Africaine ! ».


(1) Marie NDiaye : l’étrangeté à l’œuvre. Textes réunis par Andrew Asibong et Shirley Jordan. Revue des Sciences humaines, n° 293, 1/2009.

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