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Turquie

L'ouverture démocratique offre aux Kurdes «plus de libertés»

Le Premier ministre turc, Tayyip Erdogan s'adresse aux parlementaires à Ankara, le 13 novembre 2009.
Le Premier ministre turc, Tayyip Erdogan s'adresse aux parlementaires à Ankara, le 13 novembre 2009. Reuters / Umit Bektas

Le très attendu plan d’ouverture démocratique, censé mettre fin à un quart de siècle de lutte armée avec la rébellion du PKK, a été dévoilée au Parlement, dans une ambiance électrique. Vivement critiqué par l’opposition, il ne répond pourtant pas aux attentes de ceux qui peuvent faire taire les armes. Pour l’instant du moins, car le projet reste ouvert, affirme le gouvernement.

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Il faut que le gouvernement soit assez courageux pour entamer un dialogue avec les Kurdes.

Musa Kaval, député du Parlement kurde en exil

«Tout ça pour ça ? » serait-on tenté de dire… Ce devait être une session historique et ce le fut, en ce sens que le Parlement turc débattait pour la première fois ouvertement du «problème kurde» - même si c’est sans le nommer. Mais elle n’a pas accouché de décisions à même de changer le cours de l’Histoire. Sans doute l’ambiance de paranoïa et de quasi-hystérie née de la seule annonce, il y a six mois, de la volonté de régler cette question a-t-elle inspiré aux responsables du pays patience et prudence. Il n’en reste pas moins que le résultat, après «4 mois de travail» et «4 ans de préparation», a rappelé le Premier ministre Tayyip Erdogan, est bien en-deçà des espoirs suscités.

Pour ne pas donner prise aux accusations de l’opposition qui l’accuse d’ethniciser le débat, le chef du gouvernement et son ministre de l’Intérieur, officiel «coordinateur» de ce projet, ont tout d’abord soigneusement évité de prononcer le mot «kurde» ou alors l’ont-ils fait en le noyant parmi les nombreuses autres appartenances ethniques de Turquie, des Lazes au Tcherkèzes en passant par les Roms et les Albanais. Et pour ne pas prêter le flanc à l’accusation de négociation avec la rébellion, ils n’ont pas évoqué une seule fois le Parti des Travailleurs du Kurdistan, sauf à mentionner le problème «terroriste».

Cela n’a pas empêché le Parti Républicain du Peuple (CHP, premier parti d’opposition) de quitter la salle comme un seul homme, pendant le discours du Premier ministre, après l’avoir apostrophé à plusieurs reprises jusqu’à le traiter de «menteur».

Quant au Parti de l’Action Nationaliste (MHP), il a dénoncé un discours «à faire honte» et une politique de «reddition face au terrorisme». Malgré ses appels répétés à la concertation ses derniers mois, a-t-il rappelé, le Premier ministre ne pourra compter sur leur soutien pour soutenir les mesures contenues dans ce plan, ce qui n’est pas une surprise.

Libéralisation totale de la langue kurde dans l’enseignement, y compris dans les institutions privées, pour sa diffusion à la radio et à la télévision, également là aussi pour les organes privés, pour son utilisation dans la propagande politique et la pratique religieuse, et enfin pour les noms de villages qui avaient été turquisés : c’est le premier volet des décisions annoncées à court terme par le ministre Béchir Atalay. Loin d’être une révolution, ce mouvement est amorcé maintenant depuis plusieurs années.

Le second volet des mesures immédiates touche à l’allègement des peines, parfois très lourdes (jusqu’à trente ans de prison !) frappant les mineurs impliqués dans des échauffourées avec les forces de l’ordre. Là encore, ce geste fait un peu gadget par rapport à l’enjeu, même s’il touche des centaines d’enfants. Le ministre de l’Intérieur n’a pas omis d’annoncer la fin de l’interdiction de pâturage dans les régions orientales, et l’allègement des opérations de contrôle de sécurité sur les routes de campagne.

L'ouverture démocratique aux Kurdes vue par la presse

Viendront ensuite les efforts dans la lutte contre la discrimination, qui passeront par la création d’une commission de surveillance indépendante, ainsi que dans la lutte contre la torture et les mauvais traitements, qui sera elle aussi accompagnée par un mécanisme restant à définir, et visant à se mettre en phase avec les standards internationaux. En la matière, sans aucun doute, mieux vaut tard que jamais. Mais pour sincère qu’il soit, cet élan de compassion du Premier ministre à la tribune pour les «citoyens de deuxième, voire de troisième ordre» (il évoque les Kurdes, mais ne les nomme pas), et sa révolte contre la volonté «depuis 25 ans d’occulter et de nier, au prétexte de terrorisme, les sentiments de vengeance, de soupçon, de haine entre voisins, parents, frères» ne font pas une politique kurde à proprement parler.

C’est la raison pour laquelle, sans doute, Recep Tayyip Erdogan et son ministre ont insisté sur les termes d’«ouverture démocratique» et de projet d’«unité et de fraternité», plutôt que de définir ces réformes en fonction d’une revendication nationaliste précise. A plus long terme, une réforme de la Constitution - qui est en fait en chantier et annoncée depuis plus de deux ans – est à nouveau avancée, mais sans échéance ni cadre précis. Ce qui inspire à l’agence de presse pro-PKK Firatnews ce résumé : «Une ouverture sans les Kurdes, des problèmes avérés mais pas de proposition concrète».

De toute évidence, la rébellion qui attend depuis des mois un engagement clair du gouvernement turc pour s’engager dans une démarche de paix n’y trouve pas son compte. Mais peut-être, sans doute même, qu’en coulisses une négociation discrète et délicate se poursuit. 

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