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Serbie

La succession du patriarche Pavle s'annonce difficile

Le clergé serbe orthodoxe et le président serbe Boris Tadic lors des funérailles du patriarche serbe, le 15 novembre 2009.
Le clergé serbe orthodoxe et le président serbe Boris Tadic lors des funérailles du patriarche serbe, le 15 novembre 2009. REUTERS/Ivan Milutinovic

Le patriarche Pavle de Serbie est décédé dimanche à 10H45. Sa dépouille a été exposée à partir de 15 heures dans l’Église cathédrale de Belgrade, où une foule considérable n’a cessé de se presser pour lui rendre un dernier hommage.

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De notre correspodant à Belgrade,  

Le président Boris Tadic et les plus hautes autorités du pays ont assisté à l’opelo, l’office des morts, célébré dans l’après-midi. Des prières sont organisées dans toutes les églises du pays, également au Kosovo. Un deuil national de trois jours a été proclamé. Le patriarche sera enterré jeudi dans le monastère de Rakovica, non loin de Belgrade.

Le chef de l’Eglise orthodoxe serbe, portant le titre de patriarche de Pec, au Kosovo, très gravement malade, était hospitalisé depuis plus de deux ans à l’Académie militaire de Belgrade. Il avait demandé à être délivré de ses fonctions actives en 2008, mais le Saint Synode, l’assemblée des évêques, n’avait pas pu se mettre d’accord sur une procédure de remplacement du patriarche. L’intérim de la direction de l’Eglise était assuré par le métropolite Amfilohije du Monténégro, considéré comme un tenant de l’aile dure et nationaliste de l’Eglise serbe.

Né en 1914 en Slavonie (alors territoire austro-hongrois, aujourd’hui croate), Gojko Stojcevic, qui avait entamé des études de médecine, fut très tôt attiré par la vie monastique, où il prit le nom de Pavle (Paul). Il devint en 1957 évêque de Raska et Prizren, diocèse incluant la plus grande partie du Kosovo. Durant les 33 années qu’il passa au Kosovo, Pavle reconstruisit les cadres de la vie monastique, se faisant également le défenseur des Serbes de la province, qui s’estimaient discriminés par la majorité albanaise. Il fut élu patriarche de Pec le 1er décembre 1990, et n’a jamais cessé de se rendre au Kosovo, tant que son état de santé le lui a permis. Le 28 juin 1999, quelques semaines après l’entrée des troupes de l’OTAN, il célébrait l’office commémorant la bataille perdue par les Serbes en 1389.

C’est lui qui dirigea aux destinées de l’Église orthodoxe serbe durant toute la période de l’éclatement de la Yougoslavie. L’Église, qui rayonne sur toutes les communautés serbes des Balkans, en Serbie, au Kosovo, son berceau historique, mais aussi en Croatie, en Bosnie, au Monténégro, au Kosovo et en Macédoine, fut souvent accusée d’avoir attisé le nationalisme et d’avoir fait preuve d’une coupable complaisance envers le régime de Slobodan Milosevic.
 

L’Eglise est traversée de courants contradictoires

En réalité, cette Église prit assez vite ses distances avec le régime de Belgrade. Le patriarche lui-même prit part aux manifestations de l’opposition démocratique à l’automne 1996. Cependant, l’Église demeure fortement influencée par « l’idéologie de saint Sava », qui attribue une mission spirituelle particulière au peuple serbe, « peuple martyr et peuple élu » depuis la bataille de Kosovo.

Aujourd’hui, l’Eglise est traversée de courants contradictoires. Après la chute de Milosevic (2000), elle a essayé de retrouver un rôle central dans la vie sociale et politique du pays, obtenant une loi sur les religions « taillée sur mesure » et l’introduction de l’instruction religieuse à l’école. Certains évêques, comme Mgr Amfilohije, grand contempteur de l’indépendance monténégrine, ou Mgr Filaret de Mileseva conservent des positions très nationalistes. Cette aile dure réunit aussi la plupart des évêques de Bosnie-Herzégovine, comme Mgr Kacavanda, mais certains « jeunes » évêques forment un groupe informel qui s’oppose à la mainmise du métropolite Amfilohije, plaidant pour des réformes profondes et un recentrage de l’Église sur sa mission spirituelle.

Depuis plus d’un an, les séances du Saint Synode, la plus haute instance de l’Eglise, sont le théâtre d’âpres batailles, et la succession du patriarche Pavle, qui jouissait d’une grande autorité morale et apparaissait comme une figure de compromis, s’annonce donc très difficile.

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