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Exposition & Cinéma

Lanterne magique et film peint : 400 ans de cinéma

Tête de mort ailée peinte à la main, Grande-Bretagne, seconde moitié du XIXème siècle.
Tête de mort ailée peinte à la main, Grande-Bretagne, seconde moitié du XIXème siècle. Coll. Cinémathèque française.

La Cinémathèque française accueille l’exposition Lanterne magique et film peint, qui révèle les richesses des deux plus belles collections mondiales de plaques de verre peintes à la main entre 1659 et les années 1920. Apparue aux Pays-Bas, cette mystérieuse boîte optique, capable de projeter sur un écran des dessins fixes sur des plaques de verre, est rapidement devenue très populaire en Europe. Vie quotidienne, voyages, contes et legendes, religion, mais aussi sciences, art, fantômes ou... érotisme, l’exposition passe en revue les principaux thèmes des spectacles de lanterne magique. A voir jusqu'au 28 mars 2010. 

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Un diablotin foulé du pied sous l’oeil amusé d’une salamandre, des monstres enchaînés, des satyres, des méduses et autres crânes ailés : dès l’entrée de l’exposition, un vent lugubre, menaçant, souffle au-dessus des visiteurs. De la vie quotidienne, en passant par les voyages, les contes et légendes, les fantômes, et même... l’érotisme (interdit aux enfants !), ce voyage dans la pénombre, au coeur de l’imagerie lanterniste, se fait en plusieurs étapes, aussi étonnantes les unes que les autres. 

Lanterne magique en forme de tour Eiffel, Paris, Lapierre et Aubert, 1889.
Lanterne magique en forme de tour Eiffel, Paris, Lapierre et Aubert, 1889. Coll. Cinémathèque française

« La lanterne magique est un appareil d’optique. C’est une boîte en bois ou en fer, équipée d’un objectif généralement composé de deux lentilles, explique Laurent Mannoni, un des deux commissaires de l’exposition. Grâce à cet appareil, des plaques de verre peintes à la main peuvent être projetées sur un écran ». Apparu aux Pays-Bas en 1659, grâce à l’astronome Christiaan Huygens, l’appareil est d’abord surnommé « lanterne de peur ». La première plaque connue, dont on peut voir les dessins originaux à l’entrée de l’exposition, ne représente-t-elle pas un squelette animé, jouant avec sa tête ? Petites ou grandes, sobres ou richement décorées, les lanternes, dont la fabrication ne cesse d’évoluer pendant deux siècles et demi, révèlent aux visiteurs des trésors désormais oubliés.

Contes et fantasmagorie

Très vite, grâce aux colporteurs qui sillonnent les foires d’Europe, la lanterne s’introduit dans les maisons, reflétant le quotidien, voire les derniers évènements politiques ou sociaux. Devenu « magique », l’objet est tellement populaire qu’on le retrouve en Chine, où les Jésuites organisaient des projections pour l’Empereur. Jouet des enfants riches au XIXe siècle, la lanterne berce le petit Marcel Proust qui s’endort sous la projection de la légende de Geneviève de Brabant...

Pour Donata Pesenti Campagnoni, du Museo Nazionale del Cinema de Turin, la lanterne a une « double nature ». Issue de la science, domaine rationnel par excellence, elle est source de fantasmes pour les néophytes et leur rappelle l’au-delà. Dans la salle de « fantasmagorie », les visiteurs peuvent observer à quel point le lanterniste Etienne-Gaspart Robertson a su utiliser les possibilités de la lanterne et faire surgir spectres et fantômes géants. « Son spectacle, affirme Donata Pesenti Campagnoni, a eu un succès incroyable à la fin de la Révolution française. Des dizaines de milliers de personnes l’ont vu ». Grâce à un système de roues, sa lanterne, devenue « fantascope », avance et recule, réduisant ou agrandissant l’image à loisir, terrifiant les spectateurs. Des procédés repris, des années plus tard, par les premiers cinéastes.

La lanterne magique est morte, vive le cinéma ?

 « Tout le cinéma dans son intégralité vient des premiers magiciens et des spectacles de la lanterne magique », écrit Francis Ford Coppola, grand collectionneur de lanternes magiques, dans l’avant-propos du catalogue de l’exposition. Pour preuve : les visiteurs peuvent notamment voir une « triple lanterne », datant de 1888, qui permettait de faire des fondus enchaînés. Mais pour Donata Pesenti Campagnoni, l’apport de la lanterne au cinéma n’est pas seulement technique : « c’est tout un langage qui a été transmis, dans la façon de filmer, ou encore, dans la manière de s’adresser au spectateur ». Laurent Mannoni poursuit : « Quelqu’un comme Georges Méliès va s’inspirer énormément de tous les trucages : surimpression, caches, juxtaposition de l’image... Aujourd’hui encore, le procédé d’incrustation vient de la technique de la lanterne ».
 

Puss in Boots (Le Chat botté), plaque peinte à la main, Grande-Bretagne, milieu du XIXème siècle.
Puss in Boots (Le Chat botté), plaque peinte à la main, Grande-Bretagne, milieu du XIXème siècle. Coll. Cinémathèque française.

 
En 1895, l’apparition du cinématographe ne signe pas immédiatement l’arrêt de mort de la lanterne magique. « Elle projetait des vues en couleurs très bariolées, alors que les vues du cinématographe étaient en noir et blanc, explique Laurent Mannoni. Puis les cinéastes ont commencé à faire peindre leurs films, image par image, avec les mêmes couleurs, à l’aniline, utilisée pour les plaques de verre. A partir là, la lanterne ne pouvait plus rivaliser avec les longues scénettes du cinématographe qui devenaient de plus en plus élaborées ». C’est ainsi que la lanterne magique est devenue un ancêtre à reléguer au grenier. Tel un beau jouet, sa (re)découverte n’en devient que plus fascinante.
 

Lassé de son « praxinoscope », l’inventeur (1844-1918) se concentra ensuite sur son « théâtre optique » avec lequel il assura, de 1892 à 1900, plus de 10 000 projections publiques. Ses « pantomimes lumineuses » sont aujourd’hui considérées comme les ancêtres du dessin animé. Autour d’une cabine, pantomime présentée pour la première fois au musée Grévin en 1894, est jouée tous les jours de 13h30 à 17h30 (de 11h à 18h le dimanche). Sur un décor peint, qui rappelle la plage d’Etretat, en Normandie, des personnages défilent grâce à un système de bandes perforées, reflétées par un miroir. Un mécanisme complexe... A voir absolument.

  
Le Museo Nazionale del Cinema de Turin accueillera à son tour cette exposition de fin juillet à novembre 2010.

 

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