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Sculpture

L'espiègle Anish Kapoor à la Royal Academy

Royal Academy

L’artiste d’origine indienne a investi la Royal Academy de Londres avec une exposition mi-rétrospective, mi-introspective destinée à bousculer les idées reçues des visiteurs sur l’un des lauréats du prestigieux prix Turner, un Anish Kapoor qui prend un malin plaisir à créer la surprise. Entre autres pièces qui peuvent surprendre : un train dégoulinant de cire traversant de part en part cinq des du musée et un canon qui tire des boulets rouges et visqueux sur un coin de mur. Choses vues.  

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On a beau s’y attendre après avoir observé les gestes méticuleux et solennels d’un pseudo-artificier tout de noir vêtu qui a pris tout son temps pour chauffer le canon, y introduire la cire couleur lie-de-vin puis l’armer, la puissante détonation qui s’ensuit fait immanquablement sursauter. Et c’est exactement l’effet recherché par Anish Kapoor dont l’exposition est ainsi ponctuée toutes les vingt minutes par les tirs sporadiques de ce canon, comme l’était chaque journée passée dans les avant-postes de l’empire britannique. 

Royal Academy

Une pensée qui fait sourire l’artiste originaire de Bombay, surtout quand on lui demande si le fait de tirer à boulets rouges sur les murs d’une des vénérables institutions de Sa Majesté ne serait pas pour lui une façon de régler ses comptes avec l’Histoire : « Je reconnais que cette exposition est une manière pour moi de titiller un peu l’Establishment britannique, si c’est bien ce que représente ce bâtiment de la Royal Academy ! Mais j’espère surtout que c’est une provocation qui a trait à l’espace et ce qu’il est possible de faire avec un bâtiment, mais aussi en sculpture. L’aspect politique est présent ici, mais ce n’est pas là-dessus que j’ai voulu mettre l’accent », rétorque d’une voix douce Anish Kapoor. Exit donc l’aspect revanchard de cette œuvre intitulée Shooting in the corner, qui est d’ailleurs ordinairement exposée au Musée des arts appliqués de Vienne, et que l’artiste voudrait plutôt voir interprétée comme une fable sur la naissance de la peinture. 

Et d’ailleurs la Royal Academy qui, pour la première fois, consacre une exposition à l’un de ses membres éminents de son vivant, n’a pas l’air de lui tenir rigueur de maculer de cire ses murs et son plafond vieux de 160 ans. Au contraire, l’un des commissaires de cette exposition Adrian Locke est très fier d’avoir pu réunir des œuvres anciennes qui enracinent le travail actuel d’Anish Kapoor à côté de créations plus audacieuses : « C’est une exposition très étrange. Je crois que c’est un Anish Kapoor qui va surprendre les visiteurs ; ils reconnaîtront sûrement certaines choses : les œuvres à base de pigments, les miroirs réfléchissants, les formes incurvées et là les gens se diront, ça c’est Anish Kapoor, c’est ce qu’il a l’habitude de faire… Mais quand ils verront aussi ces mottes de cire ou un canon qui tire de la cire ou encore des ruines fabriquées à partir de béton, ils seront, je pense, stupéfaits… C’est un artiste qui s’amuse en fait, il a une réputation bien établie maintenant, ce qui lui permet de repousser un peu les limites, de se lancer des défis en utilisant différents moyens afin d’explorer de nouveaux territoires »

L’œuvre Svayambh qui signifie en sanskrit « autogénéré » en est un exemple frappant : ce gigantesque bloc de cire couleur framboise monté sur des rails se déplace de façon presque imperceptible à travers 5 galeries et adopte la forme des arcades qu’il traverse, participant ainsi activement à sa propre création…

A 55 ans Anish Kapoor est donc un sculpteur qui expérimente toujours et plus qu’une rétrospective, cette exposition est surtout pour l’autre commissaire-clé de cette exposition, Jean De Loisy, l’occasion de faire partager au visiteur les différentes expériences auxquelles se livre l’artiste dans son atelier et c’est ce qui en fait pour le commissaire français l’exposition la plus intime de Kapoor : « Ce qui est fascinant chez Anish Kapoor, c’est qu’il essaie de parvenir à exprimer une pensée métaphysique avec des moyens matériels poussés à leur maximum de matérialité ; ses œuvres interpellent toujours notre corps, on a envie d’y participer, la cire a une sorte de sensualité, les miroirs sont des jeux amusants, les grands sexes ouverts sont évidemment pénétrables, donc il y a quelque chose qui est lié a un désir permanent dans son travail… ». 

Royal Academy

Et ce côté organique des œuvres de Kapoor est dans cette exposition particulièrement présent notamment avec une installation qui emplit toute une galerie : Greyman Cries, Shaman Dies, Billowing Smoke, Beauty Evoked (qui ressemble plus à un poème qu’à un titre) est un monde gris qui ressemble tout à la fois à des collines, des intestins, des déjections de vers ou toutes sortes de gâteaux dégoûlinants de crème chantilly…

Le visiteur y chemine lentement et difficilement et se sent à chaque pas plus perdu et déconcerté si bien qu’une explication de texte, ici celle de Jean de Loisy est décidément la bienvenue : « On est en fait devant une multitude de sculptures en béton, excrétées par une machine à pâtisserie liée à un ordinateur. Et quand cette architecture fragile monte - avec des connotations scatologiques évidentes -, il y a un moment où elle est à la limite de son effondrement et c’est là que la sculpture s’arrête. On est dans un processus naturel, en fait Anish Kapoor met en place des processus et les œuvres se font en dehors de sa main... »Hum, Peut-être…

Pour autant la profonde réflexion spirituelle d’Anish Kapoor n’en fait pas un artiste pompeux ou rabat-joie et il y a à la Royal Academy des œuvres à première vue moins complexes, comme à l’extérieur dans la cour intérieure du musée, le gigantesque assemblage de 76 boules argentées, intitulé Tall Tree and the Eye et qui reflète de façon impressionnante les bâtiments de style palladien alentours. D’ailleurs aux journalistes qui demandent au lauréat 1991 du prestigieux Prix Turner s’il a un « message » à adresser au monde de l’art, Anish Kapoor répond dans un grand rire : « Mon Dieu non, qu’ils s’amusent ! »…

 

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