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NAMIBIE/DROITS DE L'ENFANT

40% des enfants sont des sans-papiers dans leur pays

En Namibie, 4 enfants sur 10 n'ont pas d'existence légale.
En Namibie, 4 enfants sur 10 n'ont pas d'existence légale. RFI/Sophie Ribstein

Depuis un an, plusieurs campagnes de sensibilisation visent à inscrire les nourrissons à l'état civil pour leur permettre l'accès à la santé et à l'éducation. Selon l'article 7 de la Convention internationale des droits de l'enfant, « chaque enfant devrait être enregistré aussitôt à sa naissance et a dès celle-ci le droit à un nom, le droit d'acquérir une nationalité... ». Mais 51 millions des enfants nés en 2007 à travers le monde n'ont aucune existence légale.

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Reportage photo : déclaration d'état civil en Namibie

Claudia Kamati n'a jamais eu de carte d'identité. Mais la jeune mère a campé toute la nuit en plein air, enveloppée dans un pagne devant l'école d'Okongo. Cette Namibienne de 28 ans voulait être sûre de ne pas manquer l'équipe mobile du ministère de l'Intérieur de passage pour la journée. Elle est déterminée à obtenir un certificat de naissance pour sa fille. Son village se situe à plus de cinq heures de marche de la bourgade rurale et à quelques centaines de kilomètres du premier bureau fixe d'état civil. « Je sais que c'est important que mes enfants aient des papiers. Sinon, ils ne seront pas des citoyens namibiens. Ils ne pourront pas aller à l'école secondaire ou n'auront pas accès à l'assurance maladie », assure-t-elle dans la longue file d'attente, la petite Ayunda âgée de huit mois sur le dos. Comme Claudia, des centaines de personnes ont répondu aux appels lancés sur la radio locale qui encouragent les parents à venir déclarer leurs nourrissons. 

En Namibie, quatre enfants sur dix n'ont pas d'existence légale. Ces dernières années, le nombre de nouveau-nés enregistrés à la naissance n'a cessé de diminuer : 70,4% des petits Namibiens possédaient un certificat de naissance en 2000 ; ils n'étaient plus que 60,4% en 2006. Sur cet immense territoire désertique, grand comme une fois et demi la France où vivent à peine deux millions d'habitants, les familles doivent parfois se déplacer pendant plusieurs jours avant d'atteindre l'un des guichets du ministère de l'Etat. Bien souvent, elles n'ont pas les moyens de faire le voyage. Depuis l'année dernière, les autorités namibiennes ont décidé d'enrayer la tendance. Avec l'aide de l'Unicef, dix camions tout-terrain et des fonctionnaires itinérants vont désormais jusqu'aux villages les plus isolés. Une dizaine d'antennes décentralisées devraient aussi bientôt compléter le réseau des bureaux régionaux d'état civil.

Autre stratégie : convaincre les parents d'enregistrer leur poupon sur le lieu de naissance. 94,9% des accouchements ont lieu dans les maternités du pays. Dans le grand hôpital de Katutura à Windhoek, la capitale, un formulaire d'inscription est ainsi remis à chaque femme qui vient de mettre un enfant au monde. Elle peut dès le lendemain aller voir l'équipe du ministère de l'Intérieur installée depuis peu à deux couloirs de là. Les autorités namibiennes souhaitent généraliser cette solution dans 34 établissements de santé d'ici fin 2010.

Limites culturelles

Cependant, de nombreuses mères quittent la maternité sans certificat pour leur enfant. La raison ? Les pratiques culturelles. « En général, l'enfant n'a pas de prénom immédiatement à la naissance. La tradition veut que le nouveau-né soit d'abord ramené au village et présenté au père et à son clan qui est chargé de lui choisir un nom », explique Agnès Kafula, en charge du bureau de l'hôpital de Katutura. « Parfois, ça peut prendre beaucoup de temps si le père travaille loin du foyer et ne voit le nourrisson qu'au bout de plusieurs semaines. Après, beaucoup de mères ne reviennent plus pour accomplir les démarches ».

Jean Venard, délégué ATD Quart-Monde pour l'Afrique, sur le forum des enfants de Ouagadougou

Il est encore plus difficile de toucher les populations autochtones de Namibie, les San. Ces chasseurs-cueilleurs constituent une minorité souvent marginalisée et sans accès aux prestations sociales. La plupart de ces nomades ignorent leur date de naissance, ne possèdent aucun papier officiel prouvant qu'un enfant est le leur ; certains ne savent pas lire ou écrire et ne peuvent donc pas remplir les documents administratifs. « Nous devons donc réfléchir à plusieurs solutions pour que les enfants soient déclarés et pour inciter les mères à revenir quelques temps après la naissance. Pourquoi ne pas fournir des tickets de bus ou offrir des repas ? », s'interroge Ian MacLeod, représentant de l'Unicef en Namibie.

Jusqu'en 1990, date de l'indépendance de la Namibie, la carte d'identité n'était pas obligatoire dans tout le pays. « Cette campagne doit aussi permettre d'identifier la population et de mieux la contrôler en gardant les empreintes digitales », affirme Joseph Kashea, directeur adjoint du ministère de l'Intérieur. 18% des Namibiens de moins de 15 ans ne possèdent toujours pas de papiers. Le gouvernement rêve maintenant de voir tous les citoyens être enregistrés d'ici 2030.

51 millions des enfants nés en 2007 n'étaient pas inscrits à l'état civil, dont 9,7 millions en Afrique subsaharienne (Source : rapport annuel de l'Unicef, « Progrès pour les enfants », rendu public le 6 octobre 2009).

En Namibie, 40% des enfants namibiens de moins de cinq ans n'ont pas d'existence légale.

En Somalie, à peine 3 % disposent d'un certificat de naissance.
Les 250 000 enfants vulnérables et orphelins namibiens ne touchent aucune aide de l'état s'ils ne sont pas enregistrés à l'état civil.

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