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Chine

La chasse au pyjama est ouverte à Shanghai

Il n'y a pas d'heure pour croiser un pyjama. Un habitant du quartier de Jing'An envoie un SMS.
Il n'y a pas d'heure pour croiser un pyjama. Un habitant du quartier de Jing'An envoie un SMS. RFI / Delphine Sureau

A moins de six mois de l’Exposition universelle, Shanghai a lancé une grande campagne dite de «civilisation», comme Pékin l’avait fait l’an dernier avant les Jeux Olympiques. Il s'agit de dissuader les Chinois de cracher dans la rue, de griller les feux rouges et… de porter des pyjamas en public. Cette habitude purement shanghaienne est aujourd’hui menacée de disparition.

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Avec notre correspondante à Shanghai, Delphine Sureau

Le pyjama est avant tout porté en public quand il s'agit d'aller faire quelques courses.
Le pyjama est avant tout porté en public quand il s'agit d'aller faire quelques courses. Delphine Sureau / RFI

A pois, à rayure ou encore à carreaux, à Shanghai le pyjama se porte en public, sans complexe. Impossible d’ignorer ces Shanghaiens qui pédalent sur leur vélo, en imprimé rose bonbon, ou ceux qui font leurs emplettes, vêtus d’une veste et d’un pantalon assortis, à l’image de Ling Ming, 23 ans, croisé sur le marché dans la vieille ville. « J’ai l’habitude de porter un pyjama quand je suis chez moi. C’est pratique et confortable. Là je suis juste sorti faire quelques courses alors ce n'est pas la peine de me changer juste pour ça ! C’est trop compliqué d’enlever son pyjama pour sortir puis de le remettre en rentrant à la maison. Bien sûr, si un jour on interdit les pyjamas dans la rue, je m’habillerai différemment pour sortir. Mais en attendant, il n’y a pas encore de loi. Je peux donc faire mes courses en pyjama. »

Difficile de savoir d’où vient ce phénomène propre à Shanghai. Importé dans les années 30 par les Occidentaux, très présents dans la ville, le pyjama était alors un signe de richesse qu’il fallait exhiber. Aujourd’hui, la Mairie voit seulement dans ce port du pyjama un signe d’ignorance sur le bon usage du vêtement. Elle a donc décidé de mettre fin à cette pratique qui pourrait faire de la vitrine de la Chine la risée des étrangers lors de l’Exposition universelle.

Zhang Lianfang coordonne l’action anti-pyjama dans son quartier. « Je me suis

Le pyjama s'invite même au supermarché (ici dans un Carrefour de Shanghai).
Le pyjama s'invite même au supermarché (ici dans un Carrefour de Shanghai). Delphine Sureau / RFI

beaucoup documentée sur les cultures étrangères, et je me suis rendue compte qu’il était impensable dans les pays occidentaux que quelqu’un porte un pyjama dans la rue. Nous allons bientôt accueillir l’Exposition, et des visiteurs du monde entier. Nous devons nous habiller de manière civilisée pour donner une bonne image aux touristes, pour bien les accueillir. Alors nous avons trouvé des bénévoles pour faire de la sensibilisation. »
 

Des centaines de volontaires depuis l'été portent la bonne parole dans les quartiers : «Ne sortez pas en pyjama, soyez civilisé pour l’Expo ». Pas besoin de sanction, le nombre de pyjamas dans la rue aurait déjà considérablement diminué selon la municipalité. Mais les autorités se seraient bien passées de la polémique lancée dans la presse par les pro-pyjama. Parmi eux, Lin Jian, chroniqueur pour Vogue, le célèbre magazine de mode. « Je pense que le gouvernement de Shanghai est drôlement obsédé par cette histoire de civilisation. La question est de savoir qui définit ce qui est civilisé ou pas ? L’Occident ou notre tradition ? Shanghai a longtemps été une ville coloniale, donc c’est une habitude de vivre à travers le regard des Occidentaux. D'où leur est venue l’idée que les pyjamas étaient grossiers ? »

Pas plus grossiers que les tongs qui choquaient encore les Chinois il y a quelques années. Aujourd’hui, elles sont tendance. Les habitudes vestimentaires locales ont décidément la vie dure face aux standards occidentaux.
 

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