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Environnement / Biodiversité

Le Maroc cherche à protéger son arganeraie

Cerise Maréchaud/ RFI

On en extrait une huile parée de mille vertus, qui suscite l’engouement international et assure une autonomie financière à des milliers de femmes. Mais l’arganier, arbre endémique du sud-ouest marocain, est au cœur d’un écosystème fragile, menacé par les sécheresses, l’industrialisation et la surexploitation.

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Assise sur la natte en plastique, la peau tannée sous son châle blanc, Fadna concasse les noix d’argane avec énergie pour en extraire de fins amendons, avant de les presser manuellement selon un savoir-faire séculaire. Comme une cinquantaine d’autres femmes, Fadna fait partie de la coopérative Ifrawne L’Hana, membre de l’Union Tissaliwine, « premier exportateur d’huile d’argan traditionnelle », affirme sa présidente Fatima Amehri.

Tout autour de ce village à 60 Km d’Agadir, parsemés dans la pleine rocailleuse, les arganiers dévoilent leur silhouette épineuse et rabougrie, voilée par la poussière. Une image qui tranche avec les vertus cosmétiques, pharmaceutiques et diététiques dont on part aujourd’hui la « miraculeuse » huile d’argane (riche en vitamine E, acides gras et antioxydants), devenue en dix ans l’une des plus chères au monde. Une image qui pourtant rappelle la fragilité de cet arbre, qui pousse à l’état sauvage dans le paysage semi-aride du sud-ouest du Maroc, entre Essaouira, Agadir et Taroudant.

Rempart contre l’avancée du désert

Ecosystème endémique et dernier rempart contre l’avancée du désert, l’Arganeraie a été réduite de moitié depuis le début du 20ème siècle, couvrant aujourd’hui quelque 820 000 hectares. Sa dégradation se poursuit à raison de 600 hectares (15 000 arbres en moyenne) par an. « L’exportation de son bois – qui se consume très lentement – pendant les deux guerres mondiales, le surpâturage en raison d’un droit de jouissance accordé aux tribus depuis 1925, les sécheresses successives, l’urbanisation et l’intensification des cultures maraîchères industrielles » ont mis l’Arganeraie en péril, énumère Abderrahmane Hilali, de la Direction régionale de l’agriculture d’Agadir.

« C’est pour allier développement social et préservation de l’arganeraie que nous avons lancé des travaux de recherche afin de valoriser les produits issus de l’arganier », explique le Pr Zoubida Charrouf, chercheur en chimie organique à l’Université Mohammed V de Rabat, qui a créé les premières coopératives fin des années 1990. Aujourd’hui, ce sont 4000 femmes amazighes (berbères) qui travaillent, dans 142 coopératives, à extraire l’huile d’argane, dont la filière est en pleine expansion depuis le début des années 2000, notamment à destination de l’Allemagne, de la France, du Japon, du Canada et des Etats-Unis.

Cette demande exponentielle constitue aussi une menace potentielle pour la régénération de l’Arganeraie. Face aux coopératives locales, dont nombreuses sont certifiées Ecocert mais qui n’assurent « que 10 à 20% de la production totale », selon le Pr Zoubida Charrouf, une quarantaine de sociétés industrielles, installées près des grandes villes marocaines, profitent largement de cet engouement. « Beaucoup font appel à des intermédiaires informels attirés par le gain, qui surexploitent l’arganier en récoltant trop de fruit et trop tôt, ce qui endommage les arbres et ruine la récolte suivante », déplore Fatima Amehri.

Réserve de biosphère

En 1999, l’Unesco a reconnu l’Arganeraie comme « Réserve de Biosphère », un classement incitatif pour encourager une gestion durable des ressources au profit des communautés locales. Dix ans plus tard, à l’heure ou l’organisation onusienne peut décider de reconduire ou de retirer ce label, quelques zones d’Arganeraie sont protégées par des grillages, et les Eaux et Forêts ont lancé une campagne de reboisement à raison de 2000 à 3000 hectares par an. La création par l’association Amigha d’une indication géographique protégée (IGP) de l’huile d’argane, en exigeant une traçabilité (pour lutter contre la contrefaçon), pourrait également limiter la surexploitation de l’arganier.

Mais, selon Fatima Amehri, « pour vraiment protéger l’Arganeraie il faut en réserver l’exploitation aux femmes qui savent l’entretenir, d’autant que la meilleure huile vient de fruits récoltés correctement Comme elles n’ont pas beaucoup de terrains, une fois leur stock épuisé, elles sont souvent obligées d’acheter les fruits à des intermédiaires. Il faut créer de nouvelles coopératives sur les zones gérées par les Eaux et Forêts ».

Jean-Marie Renversade, consultant pour la région Souss Massa Drâa, reconnaît qu’« il ne faut pas sanctuariser l’arganeraie mais, au contraire, mieux impliquer les populations locales dans sa protection en les faisant davantage bénéficier de la filière ». Car homme et environnement sont indissociables pour un développement durable ... Comme a dit le poète Mohamed Zalhoud : « afgan zund argan » (l’homme est semblable à l’arganier)!

Cerise Maréchaud/ RFI

Pour en savoir plus :

Consulter les sites suivants

- Amigha Association marocaine de l’indication géographique d’Huile d’Argane

- Association Ibn Al Baytar du Pr Zoubida Charrouf

- Fondation Mohammed VI pour la recherche et la sauvegarde de l’arganier

- Réserves de biosphère de l’Unesco

- Réseau des associations de la réserve de biosphère de l’Arganeraie

- Union des coopératives de femmes Tissaliwine pour la production et la commercialisation de l’huile d’argane

 

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