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Etats-Unis / Inde

Visite stratégique de Manmohan Singh à Washington

Le président des Etats-Unis Barack Obama (g) et le Premier ministre indien Manmohan Singh à la Maison Blanche, le 24 novembre 2009.
Le président des Etats-Unis Barack Obama (g) et le Premier ministre indien Manmohan Singh à la Maison Blanche, le 24 novembre 2009. REUTERS/Larry Downing

Le Premier ministre indien effectue la première visite d'Etat d'un dirigeant étranger à Washington depuis le début du mandat de Barack Obama en janvier. Il a été reçu mardi soir à la Maison Blanche. Les enjeux : le nucléaire civil  et la question afghane.

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Avec notre correspondante à Washington, Donaig Le Du

S’il y avait un endroit où il fallait être mardi soir, 24 novembre, c’était sous la tente, dressée dans les jardins de la Maison Blanche. La salle des dîners officiels ne pouvant accueillir que 140 personnes, Barack Obama et la Première dame des Etats-Unis avaient en effet décidé d’installer cette structure provisoire pour accueillir près de 400 convives.

Le premier ministre indien Manmohan Singh étant végétarien, pas de viande au menu, mais de la salade d’aubergines, des salsifis caramélisés et du curry de crevette, le tout relevé par des herbes cueillies dans le potager de la Maison Blanche.

En l’honneur de ses invités, Michelle Obama avait également choisi de confier à un styliste américain d’origine indienne, Naeem Khan, le soin de l’habiller d’un fourreau couleur champagne.

Mais cette visite de Manmohan Singh ne saurait constituer une simple visite de courtoisie. Le Premier ministre indien entend tester la nouvelle administration américaine sur les dossiers sensibles.

« Vue de New Delhi, l’Inde se sentait plutôt choyée sous George Bush,  explique Jean-Luc Racine, directeur du Centre de l’Asie du Sud à l’EHESS à Paris. Le fait marquant dans les relations indo-américaines a été la mise en place d’un accord sur le nucléaire civil. Les relations entre les deux pays ont été positives, voire excellentes. Il s’agit donc de procéder à des réajustements mais aussi de dire à New Delhi que la nouvelle administration américaine regarde encore l’Inde comme un acteur de grande importance sur le plan mondial. »
 
Coopération nucléaire civile

Les négociations entamées en 2005 avec George Bush ont abouti à un accord sur la coopération nucléaire civil validé par l’AIEA en 2008. L’Inde n’a pas encore signé le traité de non-prolifération nucléaire, mais peu importe ! A la clé, la promesse de juteux contrats pour les entreprises américaines. Des opportunités commerciales qui sont plus que bienvenues par temps de crise et pèsent sur les choix géopolitiques de la Maison Blanche.

Les autorités indiennes ont de la mémoire et devraient être reconnaissantes, estime Ramesh Mulye. « Les négociations de 2005 ont signifié la fin de l’apartheid et de l’isolement de l’Inde sur la scène du nucléaire civile, explique l’ancien ambassadeur d’Inde en France. Depuis, le français Areva a obtenu un contrat pour deux réacteurs de troisième génération sur les six que doit construire l’Inde », précise celui qui est aussi conseillé de la Confédération des industries indiennes à Paris.

Les compagnies américaines sont sur les rangs, à commencer par General Electric, avec des marges de profits potentiellement très importantes : « L’Inde a besoin d’énergie, ajoute Ramesh Mulye. Aujourd’hui le nucléaire compte seulement pour 3% du total de l’énergie consommée dans le pays. L’objectif du gouvernement indien est de passer à 25 % dans les quinze années qui viennent ». Autrement dit, New Delhi espère que cette visite permettra de lever les dernières barrières administratives qui bloquent encore la vente de certaines technologies américaines au secteur nucléaire indien.

La question afghane et la méfiance pakistanaise

L’autre grand enjeu de cette visite, c’est l’imbroglio afghan. La visite de Manmohan Singh coïncide presque jour pour jour avec les attentats de Bombay, il y a un an, qui ont fait 166 morts et plus de 300 blessés.

Depuis, ces attaques attribuées à un groupe terroriste interdit au Pakistan ont gelé les relations avec Islamabad et Manmohan Singh attend un geste du voisin. Le Premier ministre affirme qu’il reprendra le dialogue avec Islamabad si - et seulement si - le Pakistan s’implique d’avantage dans la traque des commanditaires des attentats.

De leur côté, les autorités pakistanaises redoutent plus que tout un « encerclement indien » et l’influence grandissante de New Delhi sur le président afghan Hamid Karzaï. Obama va s’employer à relayer ces inquiétudes auprès du chef d’Etat indien. Or l’Inde a beaucoup investi sur Kaboul ces derniers temps, notamment en installant une série de consulats dans les provinces afghanes. « New Delhi veut (donc à son tour) s’assurer que Washington voit encore d’un bon œil la présence indienne, comme l’un des acteurs-clés de la coopération avec l’Afghanistan en matière civile, assure Jean Louis Racine ».

Et c’est au tour des militaires américains de s’affoler : une forte présence indienne en Afghanistan, disent certains d’entre eux, pourrait contrarier les Pakistanais. C’est aussi ce qu’écrivait récemment le général McChrystal dans un récent rapport. Le commandant des forces de l’OTAN mettait en garde « contre l’exacerbation des tensions régionales et les contre-mesures » que pourrait prendre le Pakistan en raison de cette présence indienne au Pakistan.
 

 

 

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