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Haïti / Entretien

Michel Forst : la réforme judiciaire nécessaire à Haïti

Michel Forst, expert de l'ONU sur la situation des droits de l'homme en Haïti.
Michel Forst, expert de l'ONU sur la situation des droits de l'homme en Haïti. A. Baron / RFI

L’expert indépendant de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Haïti est en visite jusqu’au 1er décembre dans le pays. Michel Forst appelle encore le chef de l’Etat à agir pour la réforme de l’appareil judiciaire.

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Propos recueillis par notre correspondante à Port-au-Prince, Amélie Baron

RFI : La majorité des habitants vit avec moins d’un dollar par jour, n’est-ce pas utopique d’appeler au respect des droits économiques, sociaux et culturels ?

Michel Forst : Quand la survie de la famille est la seule quête quotidienne, tant qu’il n’y a aucune réponse à ces besoins primaires, alors l’accès aux autres droits demeurera difficile. Mais les Haïtiens et Haïtiennes se tournent vers l’extérieur et constatent que dans les pays proches, en République dominicaine par exemple, la vie est plus aisée : les enfants vont à l’école, il y a un système de santé plus ou moins développé, l’accès à la justice est facile. Il n’y a pas de raison qu’il n’en soit pas de même pour eux. C’est effectivement un défi, mais les Haïtiens comme le reste du monde ont droit aux droits civils et politiques mais également aux droits sociaux, économiques et culturels.

RFI : Parmi ces droits, l’accès à l’éducation est un problème majeur. L’ONU fait le constat que 85% des écoles sont privées, payantes, donc inabordables pour les populations pauvres.

M.F. : Les chiffres de la Minustah (Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti) illustrent cette réalité tragique. Dans le pays, les enfants marchent parfois des kilomètres pour aller à l’école. Ils n’ont rien mangé avant de commencer leur journée et apprennent dans des conditions difficiles : le matériel scolaire n’est pas disponible, les programmes ne sont pas unifiés, les maîtres ne sont pas formés. L’appareil existe, seul manque au niveau de l’Etat le budget conséquent pour l’éducation.

RFI : Dans le pays, nombre d’enfants travaillent et le phénomène des « restaveks » semble perdurer contre toute raison ?

M.F. : C’est un système effectivement tellement commode de prendre les enfants à la campagne et de les mettre dans des familles en ville avec l’espoir qu'on leur donnera une éducation, en contrepartie d’un petit travail à la maison. Mais, dans la pratique, il y a ce travail réalisé à la maison mais pas la scolarité. Par conséquent, on transforme ces enfants en petits esclaves. Ce qui est par ailleurs difficilement acceptable est que l’on retrouverait le phénomène chez des étrangers vivant en Haïti. Si on veut changer la société haïtienne, il faut aussi modéliser à partir de sa propre expérience. Mais si des citoyens étrangers prennent part à ce système d’esclavage moderne des enfants alors nous aurons du mal à convaincre les Haïtiens qu’il faut l’abolir et passer à autre chose.

RFI : Lors de votre dernière visite en septembre, vous aviez dénoncé les conditions carcérales déplorables dans les pénitenciers. Encore aujourd’hui, les mineurs sont toujours en cellule avec des adultes, et certains détenus attendent depuis des années leur procès.

M.F. : En matière de situation carcérale, effectivement les conditions sont toujours difficiles. J’ai parlé de conditions de traitements dégradants et inhumains. Il en est toujours ainsi et pas seulement au pénitencier de Port-au-Prince. On voit également des commissariats de police dans lesquels non seulement les conditions sont difficiles mais des actes de tortures ou des mauvais traitements commis par les agents de la PNH.
La communauté ne reste pas inactive, il y a la construction de cette nouvelle prison à Croix-des-Bouquets (au nord du centre-ville de Port-au-Prince), qui ne sera malheureusement pas une prison modèle mais qui permettra de désengorger le pénitencier central. Il y a des petites avancées, mais j’ai été extrêmement surpris de voir qu’il y a, dans le pénitencier de Port-au-Prince, un dispensaire où tout est prêt, le matériel est là mais on ne veut pas donner les clés au directeur de la prison. Actuellement ce dispensaire tout neuf, construit grâce à des fonds internationaux, sert de lieu de stockage pour des médicaments périmés. Il y a là un véritable scandale que je vais aborder avec le ministre de la Justice.

RFI : L’appareil judiciaire a-t-il évolué suite à vos dernières recommandations ?

M.F. : Le Parlement en a voté trois grandes, donc le cadre légal qui permettrait une réforme existe sauf qu’il manque un des éléments essentiels pour rendre cette justice indépendante : le président Préval n’a toujours pas nommé le président de la Cour de cassation, clé de voûte de l’édifice qui permet de faire démarrer la mécanique. Tant que le président Préval n’aura pas appuyé sur le bouton, rien ne pourra se faire. L’affaire est entre ses mains et non pas entre les mains de la Minustah. Le travail a été fait, charge maintenant au premier Haïtien de prendre la décision.

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