Accéder au contenu principal
Allemagne/Justice

Demjanjuk, coupable présumé, grabataire

Ouverture à Munich du procès de John Demjanjuk (C) accompagné de son médecin, le 30 novembre 2009.
Ouverture à Munich du procès de John Demjanjuk (C) accompagné de son médecin, le 30 novembre 2009. REUTERS/Michael Dalder

Le procès de John Demjanjuk, gardien dans le camp de concentration de Sobibor, s'est ouvert à Munich. Durant cette 1ère journée, il a beaucoup été question de la santé de l'accusé : le vieillard est arrivé sur une civière à l'audience de l'après-midi.

Publicité

Avec notre envoyée spéciale à Munich, Heike Schmidt

Le procès a débuté dans des conditions chaotiques. A 11h10, John Demjanjuk entre dans la salle d’audience, agonisant sur sa chaise roulante, les yeux fermés, sur la tête une casquette bleue et le corps couvert jusqu’au cou d’un drap bleu.

Le juge a à peine énuméré la vingtaine de parties civiles que l’avocat, Ulrich Busch, prend la parole pour déclarer que les juges ne sont pas neutres et ne peuvent donc pas juger l’accusé d’une façon objective. Parce que, dit-il, dans cette même salle d’audience du Tribunal de Munich, des criminels de guerre allemands ont été acquittés.

L’avocat de John Demjanjuk va même plus loin, il argumente que l’accusé a été une victime et non pas un bourreau, un exécutant mais pas un assassin. Il aurait bien été un Trawniki, donc gardien du camp d’extermination, mais il aurait été forcé par les SS de collaborer pour éviter justement d’être tué lui-même dans les chambres à gaz. Bref, pour la défense, John Demjanjuk n’est pas coupable.

On entend bien sûr les soupirs dans la salle lorsque l’avocat Bausch compare John Demjanjuk avec Thomas Blatt. Thomas Blatt, ce vieil homme juif polonais, est présent dans la salle comme témoin. Il a perdu son frère cadet et ses parents à Sobibor. Lui-même a échappé de justesse à la mort certaine à Sobibor. Le juge tranche après une heure de procédure, le procès peut donc continuer cet après-midi. 

Une santé qui se dégrade d'heure en heure

Ce lundi matin, le vieillard était entré dans la salle d’audience agonisant sur une chaise roulante. Mais cet après-midi, les rescapés de l’Holocauste, la plupart du même âge que l’accusé, n’en croient pas leurs yeux lorsque John Demjanjuk arrive alité sur une civière, couvert d’un drap et d’une couverture de la tête aux pieds.

C’est du théâtre, lance donc un homme au premier rang qui s’est porté partie civile, visiblement perturbé de voir le présumé bourreau nazi grabataire.

John Demjanjuk tourne le dos au public, il garde les yeux constamment fermés et la tête en arrière comme s’il dormait. A tel point que l’avocat des parties civiles intervient pour réclamer qu’on redresse l’accusé si son état le permet.

Alors, de l’état de santé de John Demjanjuk, il en est beaucoup question dans cette séance. Trois experts, qui ont examiné le vieil homme à plusieurs reprises, sont unanimes. Malgré son âge et ses nombreuses maladies, l’accusé est tout à fait apte à comparaître devant ce tribunal, à condition que les séances ne durent que 90 minutes, deux fois par jour. La stratégie de l’avocat Ulrich Busch de mettre en avant, ici, le mauvais état de santé de John Demjanjuk, est mise à mal après ce premier jour du procès.

 

Il est très peu probable que John Demjanjuk donne sa propre version des faits ici à Munich. Et pourtant, les rescapés ici présents ne demandent aucune vengeance contre Demjanjuk, ils veulent tout juste qu’il dise la vérité.

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.