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Russie

Le «Nevski» et les «émirs»

La bombe a fait dérailler le Nevski Express près d'Uglovka, à environ 400 km au nord-ouest de Moscou.
La bombe a fait dérailler le Nevski Express près d'Uglovka, à environ 400 km au nord-ouest de Moscou. REUTERS/Konstantin Chalabov

Une structure islamiste du Caucase russe revendique l’attentat du 27 novembre contre le « Nevski Express ». Selon le dernier bilan officiel, 26 personnes sont mortes suite à l’explosion d’une bombe au passage de ce train haut de gamme, reliant Moscou à Saint-Pétersbourg et transportant souvent de hauts fonctionnaires. 

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La lettre de revendication publiée sur le site kavkazcenter.com, proche des rebelles tchétchènes et ingouches, est longue. La rédaction du site affirme l’avoir reçu « tard dans la soirée du mardi 1er décembre ». Signée par « l’état-major des forces armées de l’Emirat du Caucase », la lettre rappelle beaucoup celle qui a été diffusée sur le même site en août dernier après la catastrophe à la centrale électrique sibérienne de Saïano Chouchenskaïa, qui a fait 75 morts.

La rhétorique est la même et le contenu est très proche. D’abord, une description de l’attentat lui-même, avec un bilan plus élevé que celui annoncé officiellement : « Plus de 30 personnes tuées et pas moins de 80 blessées ». Suit une polémique sur la thèse d’un accident, avancée initialement par les autorités russes, mais abandonnée depuis, après la découverte des restes d’un engin explosif. Les signataires assurent qu’il s’agit bien d’un acte de « sabotage ».

L’ordre de l’émir

Ensuite, la lettre rappelle les conclusions d’une « Choura » (équivalent d’un conseil des sages ou d’un Parlement local) de « l’Emirat du Caucase », tenue au printemps 2009. Elle aurait « pris la décision de déplacer la guerre de sabotage sur le territoire de la Russie, parallèlement à un renforcement des frappes contre les infrastructures des occupants dans le Caucase ». Comme dans le communiqué du mois d’août – à l’époque, signé par un commando « Rïadous-Salikhiïn » - les signataires assurent que l’opération a été préparée et exécutée « dans le cadre des sabotages planifiés et mis en œuvre avec succès encore au début de l’année contre les sites importants en Russie, en exécution de l’ordre de l’émir de l’Emirat du Caucase, Dokka Oumarov ». Selon le même communiqué, « de nombreuses opérations sont en préparation » et les moudjahidines feront tout pour que « le Djihad s’épanouisse encore plus activement sur le territoire de la Russie afin de saper son économie et priver la Russie de la possibilité de se servir du Caucase comme de sa base de matières premières ».

Enfin, le texte menace de frapper la population civile en Russie : « Nous avertissons le gouvernement de la Russie que si les meurtres de musulmans pacifiques de l’Emirat du Caucase n’arrêtent pas et s’il n’est pas mis un terme à l’activité des escadrons de la mort, nous nous réserverons le droit de mener des opérations armées adéquates contre la société civile en Russie ».

Mauvaise nouvelle pour Poutine

Le seul facteur qui différencie vraiment les deux lettres de revendication, c’est leur contexte. S’agissant de la catastrophe de Saïano Chouchenskaïa, les autorités russes affirment toujours qu’elle était due à un accident. Le communiqué des islamistes du mois d’août était accompagné d’un enregistrement vidéo qui montrait, de loin, une prétendue explosion à la centrale. Toutefois, il n’était absolument pas possible de vérifier si les images montraient effectivement l’explosion d’une bombe ou un départ de feu provoqué par un important court-circuit dans la centrale hydroélectrique, dû à une panne. Du coup, la revendication elle-même ne paraissait pas très crédible.

Cette fois, l’origine de la catastrophe ne fait aucun doute et les autorités elles-mêmes confirment la thèse de l’attentat. Est-ce que la revendication publiée sur le site kavkazcenter.com est la bonne ? Il est vrai que le mode opératoire – avec une deuxième explosion visant les forces de police et les enquêteurs – « est utilisé par les terroristes dans le Caucase du nord ». C’est Alexandre Bastrykine, le chef du comité d’enquête du parquet russe, lui-même blessé par cette deuxième explosion, qui le dit. Toutefois, pour l’instant, il serait prématuré d’affirmer avec certitude que les auteurs du communiqué sont bien à l’origine de l’attentat. Mais si c’est le cas, ce serait une très mauvaise nouvelle pour Vladimir Poutine et les autres dirigeants à Moscou et à Grozny, la capitale tchétchène.

Château de cartes

Depuis des mois et des mois, ils clament haut et fort que la guerre en Tchétchénie est terminée et la situation sur place « maîtrisée » et « pacifiée ». S’il s’avère que « les émirs des moudjahidines caucasiens » (le site kavkazcenter.com affiche les portraits de onze personnages se réclamant de ce titre)arrivent non seulement à se cacher dans les montagnes, mais aussi à exporter la guerre sur le territoire russe, le principal et le plus prestigieux succès de l’ère Poutine se désintégrerait comme un château de cartes. Et c’est peut-être là, l’objectif majeur des attentats perpétrés aussi loin de la Tchétchénie qu’entre Moscou et Saint-Pétersbourg.

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