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PAKISTAN

Les autorités pakistanaises ménagent le Lashkar-e-taiba

Trois Pakistanais membres présumés de Lashkar-e-taiba arrétés au Bangladesh le 13 novembre 2009.
Trois Pakistanais membres présumés de Lashkar-e-taiba arrétés au Bangladesh le 13 novembre 2009. AFP/Stringer

A l’heure où la diplomatie américaine exige du Pakistan qu’il multiplie ses efforts dans la lutte contre «l’extrémisme violent», les militants du mouvement jihadiste Lashkar-e-taiba, lié à al-Qaïda, diffusent ouvertement leur propagande dans tout le pays.

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De notre correspondante à Islamabad,

Des rikshaws zigzaguent à travers les rues embouteillées de Lahore et déversent leur flots de musique et de clients sur les trottoirs de la capitale du Penjab, la province la plus riche et la plus peuplée du pays. Dans le quartier cossu de Model town, un jeune militant du Lashkar-e-taiba -un groupe jihadiste pakistanais officiellement interdit depuis 2002- a installé des tréteaux au croisement d’un carrefour très passant. Il distribue les journaux de son organisation.

Le jeune homme à la barbe fournie ne se fait pas prier pour parler : «Le journal Zarb-e-momin n’existe plus, il a été interdit mais à la place on a ce journal-là qui s’appelle Jarar, (autrement dit, Le valeureux). Et puis on a aussi un hebdomadaire et un nouveau magazine pour enfants. Ces magazines ont beaucoup de succès, beaucoup de gens viennent les chercher chaque jour. Je dirais entre 30 et 40 personnes. C’est gratuit mais bien sûr ceux qui le veulent peuvent nous donner de l’argent pour nous soutenir».

Ce n’est qu’après l’attaque contre le Parlement indien en décembre 2001 que le Lashkar-e-taiba a été placé sur la liste des organisations terroristes par les Etats-Unis. Sa branche caritative, le Jamaat-ud-Dawa, qui a accru sa popularité après le grand tremblement de terre de 2005 en secourant activement les victimes du séisme, a longtemps été la vitrine de l’organisation jihadiste dans le pays. Cependant, le Jamaat-ud-Dawa a fini, lui aussi, par être considéré comme un mouvement terroriste par les Nations unies après les attaques de Bombay en novembre 2008.

Pour l’Inde comme pour les Etats-Unis, il ne fait pas de doute que le Lashkar-e-taiba et ses nombreux avatars sont responsables des actes de violence qui ont couté la vie à près de 170 personnes en Inde, il y a tout juste un an. Malgré les interdictions successives de ce mouvement, l’organisation réapparait régulièrement sous de nouveaux noms.

Pour le jeune militant du mouvement prohibé, ce n’est pas un secret : «les noms des journaux comme ceux de l’organisation ont changé. Avant c’était le Lashkar-e-taiba, ensuite le Jamaat-ud-Dawa et maintenant c’est le Falah-e-insanyat. Mais les gens n’ont aucun mal à nous reconnaître même si le nom est nouveau. Pour les journaux, il suffit de regarder le contenu, c’est exactement la même chose, il n’y a que le nom qui a été modifié» explique le jeune-homme en précisant que les journaux peuvent être livrés à domicile.

Le grand centre de Muridke, à une quarantaine de kilomètres de Lahore, fief historique du Lashkar-e-taiba, est toujours en activité. Ce que confirme Hassan Askari Rizvi, un éminent analyste politique : «les activités humanitaires de Muridke continuent, les écoles et les hôpitaux sont toujours ouverts. Simplement le centre fonctionne maintenant sous la bannière du Falah-e-insanyat. Quant à Hafiz Saeed, le fondateur du Lashkar-e-taiba, après avoir été placé sous résidence surveillée, il a été libéré par la justice faute de preuve». Autant dire que les cadres de l’organisation n’ont pas changé. Le Pakistan est souvent jugé trop tolérant avec ces groupes qu’il a activement soutenu dans les années 1990 pour se battre au Cachemire indien. Aujourd’hui encore les relations entre l’Etat et ces organisations sont complexes. Pour l’intellectuelle Ayecha Siddiqa, il existe une sorte de «dépendance entre l’Etat et ces groupes jihadistes qui ont œuvré pour lui pendant de très longues années. D’autre part, l’Etat-major pakistanais se demande très sérieusement ce qui se passera si l’Otan et les Etats-Unis se retirent d’Afghanistan. Il y a une grande influence de l’Inde en Afghanistan et c’est une inquiétude. Si les troupes étrangères s’en vont il y aura une vacance du pouvoir. Qui comblera ce vide ?»

Selon nombre d’experts, le Lashkar-e-taiba qui donne à ses membres des formations très poussées et quasi militaires pourrait s’apparenter à une armée de réserve mobilisable en cas de tensions avec des voisins hostiles. Le Lashkar-e-taiba est aujourd’hui notoirement connu pour entretenir des liens avec les réseaux al-Qaïda. A l’heure où la diplomatie américaine exige du Pakistan qu’il multiplie ses efforts dans la lutte contre «l’extrémisme violent», les militants de ce mouvement jihadiste continuent à diffuser très ouvertement leur propagande dans tout le pays.

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