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Cinéma

« Huacho », du côté des sans-grades

Alejandra Vilasmil

Sortie sur les écrans français de Huacho, un film chilien d’Alejandro Fernandez Almendras. Présenté au Festival de Cannes dans le cadre de la Semaine de la critique, ce premier film décrit l’existence d’une famille paysanne, « scorie » d’un monde en voie de disparition face aux diktats de la globalisation. Mexique, Brésil, Argentine évidemment, et maintenant le Chili : l'Amérique du sud est décidément un vivier en matière cinématographique.  

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D’abord le titre, Huacho. « Cela peut signifier fils illégitime, et être utilisé comme une offense ou un insulte : bâtard. Mais dans la région du Chili où le film se passe, ‘Huacho’ désigne essentiellement des personnes ou des objets abandonnés », explique Alejandro Fernandez Almendras dans le dossier de presse. Sinon abandonnée, du moins coupée du monde : telle se présente effectivement la famille de paysans avec lesquels le spectateur est invité à partager la journée, du petit déjeuner à la soirée. Coupées du monde car privés d’électricité, faute d’avoir payé la facture. Et voilà les trois membres de la famille qui doivent, faute de télévision, réécouter pour la dix-millième fois les histoires d’un temps révolu du pépé (fils d'un mineur mort au charbon) qui, bien que très âgé (dépassé et radoteur, pense tout haut son petit-fils) n’en continue pas moins tous les jours d’aller couper du bois pour un riche propriétaire. 

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La vie est en effet chiche dans ce village du sud du pays où pour joindre les deux bouts, la grand-mère fabrique des fromages qu’elle s’en va vendre sur le bord des routes tandis que sa fille travaille pour trois fois rien dans une ferme touristique qui marche pourtant plutôt bien. Partout, la même idée fixe de sacrifice et la même obsession face à l’argent qui manque. Cet argent qui, très tôt - et peut-être même de manière plus cruelle encore aujourd’hui -, dessine des lignes d’exclusion comme en témoigne la journée du petit Manuel dont l’uniforme scolaire ne saurait suffire à masquer l’indigence matérielle.

Durant près de quatre vingt-dix minutes, Alejandro Fernandez Almendras s’applique à suivre à tour de rôle chacun des protagonistes, les montrant sans cesse en mouvement, se démenant pour tenter d’arracher de quoi subsister. Quasiment en vain. C’est la grand-mère qui, après avoir dû supporter l’augmentation du prix du lait (pourtant coupé à l’eau, grommelle-t-elle), ne peut répercuter cette hausse sur le prix de vente de ses fromages, sauf à faire fuir tous les conducteurs susceptibles de lui en acheter. C’est sa fille qui se voit obligée de vendre une robe toute neuve pour régler la note d’électricité. C’est enfin le petit-fils qui n’a plus que la délation pour se venger des humiliations subies (« Paysan, va plutôt t’occuper du troupeau ») parce qu’il ne peut s’offrir une play station. Une play station, une robe… des accessoires qui, dans ce monde où posséder un téléphone portable vous place forcément au-dessus du lot, valent plus que toute espèce de savoir-faire.   

Pas d’acteur professionnel à l’affiche de ce film qui n’en reste pas moins une fiction où se mêlent, indique le cinéaste, souvenirs d’enfance et récits de personnes rencontrées au gré de ses déplacements dans le sud du Chili. « La plupart des scènes se déroulent dans un endroit très proche de la maison de mes parents, à Monteleon, à peu près à 20 km de Chilian, près de la ville de San Nicolas. La cantine, la ferme, la maison dans laquelle la famille vit sont à quelques centaines de mètres de chez moi. […]. On n’a pas cherché de décors plus pittoresques, ou de plus « beaux », juste l’endroit le plus vrai ».

Jamais de fait, le spectateur n’a la sensation que ce que les personnages vivent dans le film ne ressemblent pas à la réalité voire à leur quotidien. Une simplicité et une authenticité qui donnent à Huacho toute sa force et à celui qui le regarde, la certitude d’assister à la fin d’un monde, quand avec la mort du grand-père, dépositaire d’une mémoire dont plus personne ne souhaite entendre parler, chacun prendra le car pour un aller simple pour la ville la plus proche. « Un jour où l’autre, nous seront tous heureux…».  

Alejandra Vilasmil

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