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Turquie

Les Turcs de nouveau confrontés à la question kurde

Les députés du parti pro-kurde DTP sont accueillis par une foule de sympathisants à Diyarbakir, le 14 décembre 2009.
Les députés du parti pro-kurde DTP sont accueillis par une foule de sympathisants à Diyarbakir, le 14 décembre 2009. REUTERS/Osman Orsal

Une décision de la Cour constitutionnelle turque met à mal la politique d’ouverture du gouvernement turc vis-à-vis de la communauté kurde de Turquie.

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La Cour constitutionnelle turque a décidé, vendredi 11 décembre, d’interdire le principal parti pro-kurde en raison de ses liens avec la guérilla du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan. L’arrêt décrète l’interdiction pendant cinq ans de toute activité politique à trente-sept membres du DTP (Parti pour une société démocratique) -  la seule formation politique kurde qui siège au Parlement - ainsi que la confiscation des biens de ce parti. La décision a été prise à l’unanimité par onze juges. Ce parti représente pour le président de la Cour, Hasim Kilic, un danger pour la Turquie : « La fermeture du DTP est décidée en raison de ses liens avec l’organisation terroriste et parce qu’il est devenu le point central d’activités dirigées contre l’intégrité du pays ».

La décision de la Cour constitutionnelle met le gouvernement en porte-à-faux. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a lancé une politique de dialogue avec les représentants de la communauté kurde. Ils risquent de se retrouver sans interlocuteurs. Le conflit qui oppose les Kurdes et les Turcs a fait plus de 40 000 morts au cours des vingt-cinq dernières années.

La décision de la Cour constitutionnelle satisfait d’autant moins le gouvernement que le procureur qui vient d’obtenir l’interdiction du DTP avait tenté, en 2008, d’obtenir l’interdiction du parti au pouvoir. Le parti islamiste conservateur AKP violait, selon lui, le principe de laïcité inclus dans la Constitution.

Des réformes contestées

La politique d’ouverture démocratique de l’AKP exaspère une majorité de conservateurs y compris au sein du système judiciaire. Ils considèrent que les aspirations des Kurdes à une plus grande autonomie porte atteinte à l’intégrité de la Turquie. Les réformes engagées par le gouvernement sont contestées par l’opposition qui accuse le gouvernement de brader l’unité nationale, et par les Kurdes eux-mêmes qui les trouvent insuffisantes. Il s’agit essentiellement d’octroyer aux Kurdes le droit de défendre leur langue et leur culture. Des réformes indispensables pour renforcer la candidature de la Turquie à l’Union européenne.

Un climat tendu

Au troisième jour de protestation depuis l’annonce de l’interdiction du DTP, des manifestions ont été sévèrement réprimées par les forces de l’ordre. À Diyarbakir, fief des Kurdes, dans l’est de la Turquie, mais aussi à Istanbul dans le quartier européen. Le climat était tendu depuis plus d’une semaine. Il y a un regain de tension après la mort d’un étudiant abattu par balles au cours d’une manifestation. Le PPK a répliqué en tuant sept soldats, l’armée turque abattant, de son côté, neuf rebelles.

Des réactions politiques

« La Turquie ne peut résoudre ses problèmes en fermant des partis », a déclaré le président du DTP, le député Ahmet Türk qui se retrouve sans mandat. Il ne reste plus que dix-neuf députés sur les vingt-et-un que comptait le parti pro-kurde au Parlement.

Ahmet Türk qui s’est pourtant toujours refusé à condamner les violences commises par le PKK, affirme qu’il persiste à croire en une solution démocratique. Les dix-neuf députés kurdes restants ont suspendu leurs travaux. S’ils démissionnent, il y aura des élections partielles et l’AKP risque de perdre sa majorité au Parlement. Les députés ont déclaré qu’ils préféraient quitter le Parlement plutôt que de siéger sans étiquette.

La présidence suédoise de l’Union européenne est préoccupée, parce que l’interdiction du DTP viole les droits de la minorité kurde. Tout en dénonçant le terrorisme, la présidence rappelle que la dissolution de partis politiques est une mesure exceptionnelle qui doit être utilisée avec la plus grande retenue.

Pour tenter de trouver une issue à la question kurde, le président Abdullah Gül avait lancé l’idée de réunir tous les partis politiques. Une proposition à laquelle le parti pro-kurde aura désormais du mal à répondre.

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