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Cinéma & Iran

L’underground iranien à l’épreuve de la nuit

Momento Films

Sortie ce 23 décembre du film de l’Iranien (et engagé) Bahman Ghobadi, Les Chats Persans présenté au dernier Festival de Cannes (Prix spécial Un Certain Regard) un mois avant la réélection de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad à la tête de l’Etat et la violente répression qui s’en est suivie. Six mois plus tard, ce film n’en parait que plus poignant.

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Bahman Ghobadi était au premier rang des contestataires en juin dernier quand des milliers d’Iraniens, dénonçant les irrégularités qui ont entaché l’élection présidentielle, sont descendus dans les rues de Téhéran pour réclamer l’annulation du scrutin. Rien que de très logique pour un cinéaste qui s’est toujours placé dans l’opposition voire la « résistance » à un régime qu’il juge autoritaire. Les Chats Persans, son nouveau film (le cinquième), est à l’aune de cet engagement. 

Tourné en dix sept jours, caméra au poing et sous le manteau, il suit deux jeunes musiciens qui viennent tout juste de sortir de prison et qui cherchent à monter un groupe de musiciens rock, tout en mobilisant proches, connaissances pour obtenir un visa qui leur permettrait de rejoindre l’Europe, et accessoirement de s’exprimer librement. Car leur existence d’artiste se résume, dans la capitale iranienne, à vivre cachés, tels de véritables chats. Autrement dit, nyctalopes.
 

Momento Films

De caves en studios clandestins, d’étables transformées en salle de répétition en immeubles désaffectés… Bahman Ghobadi parcourt la carte de l’underground de Téhéran à la vitesse de la motocyclette sur laquelle il est le plus souvent juché pour circuler d’un point à un autre. En mouvement perpétuel, en somme, comme tous ces jeunes gens sans cesse sur la brèche, redoublant d’astuce et d’inventivité pour contourner tous les interdits, redoublant d’énergie et de vitalité pour ne jamais céder au découragement. L’élan du réalisateur fait corps avec celui des chanteurs et musiciens qui jouent leur propre rôle. Leur propre vie aussi en s’échinant à vouloir jouer coûte que coûte de l’indie rock, du heavy metal ou du rap, au nez et à la barbe d’un pouvoir islamique qui considère cette musique « occidentale » comme impure.

Car si le film est traversé de scènes cocasses et drôles – celles qui découlent immanquablement de l’application stricte et rigoureuse de lois à la fois coercitives et absurdes -, les dangers encourus par ces jeunes sont bien réels. Depuis l’amende jusqu’à l’emprisonnement (jusqu’à deux mois derrière les barreaux) sans oublier les humiliations, pour ce qui est des risques que l’on qualifiera de « bénins ». 

Mais il suffit d’un rien, d’un contrôle inopiné et d’un moment de panique, pour basculer dans la tragédie. La fin du film est de ce point de vue d’une violence d’autant plus irrecevable que durant un peu plus de quatre vingt-dix minutes, le spectateur est porté par la farouche détermination de cette jeunesse à exister différemment, tout simplement. Six mois après les morts du mois de juin, six mois après les arrestations et la vague de répression, impossible en écoutant la voix endeuillée de l’une des protagonistes des Chats persans, de ne pas penser à ces jeunes femmes et hommes sortis au grand jour en juin dernier réclamer avec force un avenir digne de ce nom et qui n’ont rencontré que les matraques d’un pouvoir malhonnêtement reconduit. (Et que l’indifférence des démocraties occidentales). Ce qui s'appelle la liberté à tout prix. 

 

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