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Centenaire

L’inondation de 1910 à Paris

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Il y a tout juste cent ans, une grande partie de la capitale restait sous les eaux plus d’une semaine, à la fin du mois de janvier. Une exposition à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris évoque l’événement qui fut à l’époque largement médiatisé. L’ampleur de la catastrophe mais aussi les photographies, cartes postales, la presse à grand tirage illustrée de photos et les films d’actualité, ont contribué à graver la crue de 1910 dans la mémoire collective. Plus de deux cents documents, pour la plupart inédits, sont présentés au public jusqu’au 28 mars 2010

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 A l’origine de ce qui restera comme une « semaine terrible », des conditions météorologiques exécrables : à un été 1909 particulièrement pluvieux, a succédé un hiver marqué par des pluies et des chutes de neige importantes qui saturent les terres et font monter le niveau de la Seine. A quoi vont s’ajouter de nouvelles pluies torrentielles sur toute l’Europe à partir du 18 janvier qui déclenchent des crues du fleuve et de ses affluents, touchant la région parisienne, puis la capitale où le niveau de la Seine atteindra le 28 janvier 8,50m.

 Paris frappée dans sa modernité

Paris a été fréquemment inondée au cours de son histoire depuis le Moyen âge. La crue de 1910 est la deuxième en importance, après celle de 1658, qui avait atteint 8,81 m. « Mais pour la première fois on aura pu en garder le souvenir spectaculaire grâce aux progrès techniques de la photo et du cinéma, souligne Emmanuelle Toulet, responsable de la Bibliothèque historique de la ville de Paris et commissaire de l’exposition. Des moyens modernes pour fixer un événement inédit qui a frappé la ville dans sa modernité ».
 

La gare d'Orsay inondée
La gare d'Orsay inondée BHVP/ Roger Viollet

Car l’ampleur de l’inondation de 1910 résulte à la fois des  conditions météorologiques et géologiques et du contexte urbanistique de la capitale.  « L’eau s’est engouffrée par le réseau moderne des égouts et par les tunnels du métro en construction, en particulier la ligne nord-sud, et a suivi un ancien bras souterrain de la Seine qui remontait jusqu’à la gare Saint-Lazare », explique Emmanuelle Toulet, en s’arrêtant devant une photo impressionnante où l’on voit  le véritable lac qui s’est formé devant cette gare, pourtant éloignée de la Seine. Quant aux gares riveraines d’Orsay et des Invalides, elles ont été entièrement inondées : « L’eau est montée très haut dans la gare d’Orsay, au point qu’ une locomotive et ses wagons ont été complètement engloutis ! ».

La « ville lumière » va être non seulement inondée, mais plongée dans l’obscurité et paralysée. « L’électricité, l’eau potable, l’évacuation des ordures, tout ce que Paris avait conquis a été touché. Les transports ont été les premiers désorganisés, alors que Paris était une des villes les mieux dotées au monde dans ce domaine, avec cinq lignes de métro et quatre en construction, un réseau ferroviaire reliant toute la province ».
 

Rue de Lyon, Paris, 1910.
Rue de Lyon, Paris, 1910. BHVP

Le transport fluvial des voyageurs, alors très actif, est lui aussi interrompu. Des péniches et bateaux ont été coincés entre deux ponts pendant plus d’un mois. Tandis que l’eau s’étendait sur douze arrondissements, faisant de Paris une sorte de Venise. Les photos sont éloquentes : chaussée défoncée, sol littéralement effondré, comme sur le boulevard Haussmann ou la rue Saint honoré, le boulevard Saint-Germain devenu un canal, dans le quartier de la gare de Lyon, également très touché, on peut voir la rue de Lyon et le boulevard Diderot entièrement recouverts d’eau…

Un événement photographié, médiatisé 

« Un Paris jamais vu, abondamment photographié aussi bien par des amateurs – dont on peut voir quelques albums dans l’exposition, que par des professionnels venus du monde entier. On présente des clichés de photographes américains et anglais ».  
 

Dessin du quartier de la gare de Lyon inondé
Dessin du quartier de la gare de Lyon inondé Danielle Birck/ RFI

Au total, plus d’une centaine de clichés sont exposés, extraits d’un fonds iconographique très important, dont plus de 5000 cartes postales. Tous les documents exposés proviennent en grande majorité de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris ou de l’agence Roger-Viollet qui a récupéré les fonds d’agences de presse de cette époque.

Et puis, il y a les films d’actualité. Comme les deux - un anglais et un français - présentés en fin de parcours de l’exposition et qui donnent vie aux scènes figées par les photographies : les Parisiens marchant sur les passerelles ou attendant le bateau pour traverser la rue, les marins dirigeant les canots Berton. On est saisi par le travelling sur le paysage lacustre qu’offrent les jardins des Champs-Elysées…  

« Les peintres sont également descendus dans la rue avec leurs chevalets et nous ont laissé des tableaux représentant l’inondation : une barque échouée boulevard Haussmann ou ce très beau dessin de la rue de Lyon inondée avec la file d’attente pour monter dans un bateau ».

On s’organise
 

Vue prise au niveau du n° 12 de la rue de Seine, vers le nord. Paris (VIeme arr.), le 29 janvier 1910 par Albert Chevojon (1865-1925).
Vue prise au niveau du n° 12 de la rue de Seine, vers le nord. Paris (VIeme arr.), le 29 janvier 1910 par Albert Chevojon (1865-1925). BHVP/ Albert Chevojon

Car, évidemment, aux transports habituels se sont substituées des barques. « on a réquisitionné celles des maraichers des environs de la capitale, mais aussi les barques de plaisance sur la Marne, du bois de Boulogne ou des parcs d’attraction, et un peu plus tard, on fera venir l’armée et la marine avec quelque 300 canots pliants à fond plat, les fameux canots Berton, rassemblés dans la cour de la préfecture de police, qui n’était pas inondée ».   

Mais chacun se débrouille aussi avec les moyens du bord, et quelques photos montrent des radeaux tout à fait insolites, faits de planches d’armoire, d’échelle et cageots…

L’aide est venue d’abord des particuliers, avec des souscriptions. Les appels à la générosité publique dans les mairies et les journaux ont été extrêmement bien suivis. « C’est aussi une caractéristique de cette crue, la solidarité, aussi bien sur le plan parisien, national qu’international (une photo montre un point de collecte à Londres pour The floods of Paris) qui a permis de réunir des sommes considérables »… Une solidarité qui va se poursuivre tout au long de l’année 2010 avec l’organisation de concerts, de spectacles, d’expositions, en France et à l’étranger. En témoigne cette affiche de la Scala de Milan annonçant une représentation de Samson et Dalila au profit des sinistrés.
 

Les pavés de bois de la Rue Jacob (VIème) flottent, en janvier 1910.
Les pavés de bois de la Rue Jacob (VIème) flottent, en janvier 1910. Préfecture de police de Paris/ BHVP

« Mais les crues ont aussi fait apparaître l’idée que l’Etat doit assistance aux citoyens et ce sera la première fois que le devoir d’assistance sera mis en pratique par les pouvoirs publics ». Ainsi, Jean-Jaurès écrit le 28 janvier dans L’Humanité : « Une société où les citoyens sont ainsi à la discrétion des éléments est comme une maison sans toit ». 

L’heure du bilan

La décrue commence à partir du 28 janvier, mais la mobilisation demeure parce qu’il faut encore évacuer l’eau : on pompe l’eau du métro que l’on rejette dans la Seine et surtout on prend des mesures sanitaires énergiques pour éviter les risques de contamination. Le souvenir de la dernière épidémie de choléra en 1886 est encore vivace. On distribue du désinfectant  et les réclames fleurissent pour des marques de produits destinés à assainir l’eau, car le réseau d’eau potable est souillé.
 

Pont de l'Alma. Vue prise vers le nord le 30 janvier 1910 par Albert Chevojon (1865-1925).
Pont de l'Alma. Vue prise vers le nord le 30 janvier 1910 par Albert Chevojon (1865-1925). Albert Chevojon-BHVP-Roger Viollet

Des photos montrent des Parisiens en train de lessiver les murs pour les débarrasser de la boue. Pendant plusieurs mois encore, des épaves issues de quelque 80 000 caves inondées ou de boutiques joncheront les rues de Paris. Les dégâts sur la voirie ont été considérables, toutes les rues touchées ont dû être entièrement refaites. Des monuments et édifices ont souffert : la Sainte-chapelle, l’école des Beaux-arts, l’Institut de France… Si la catastrophe n’a fait qu’un seul mort - un jeune caporal qui a versé d’une barque et s’est noyé, emporté par le courant – il y quelque 200 000 sinistrés. Le bilan des dégâts a été évalué à plus de 400 millions de francs or, soit plus d’un milliard d’euros.

Un siècle plus tard ?

L’exposition évoque rapidement en fin de parcours les dispositifs mis en place pour prévenir une éventuelle nouvelle crue majeure, notamment des lacs réservoirs sur la Seine et ses affluents en amont de Paris. « On sait aujourd’hui que dans le cas d’une crue similaire à celle de 1910, le niveau d’eau serait inférieur de 70 cm. Mais on sait aussi que Paris reste vulnérable à une crue majeure ». Une échelle permet d’évaluer ce qui se passerait en fonction de la montée des eaux :  à 8 m, plus d’électricité; à 7,30 m, débordement dans les 4e, 12e, 13e et 15e arrondissements; à 7 m, plus de téléphone…
 

Entrée de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris
Entrée de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris Danielle Birck/ RFI

En ce qui concerne la situation actuelle, c’est le Pavillon de l’eau, du 20 janvier au 17 avril 2010, qui prend le relai, avec une exposition plus technique et scientifique sur les dispositifs de prévention. La dimension esthétique de « La crue en tant que source d’inspiration » y est aussi évoquée, avec notamment les photomontages d’Hervé Bernard imaginant le Paris contemporain pris par les eaux.

La crue de 1910 a aussi son actualité au Louvre des Antiquaires, vue à l’époque par le Journal des Débats, au travers de l’un des tout premiers « numéros spéciaux » alliant reproduction de photos et texte. A voir jusqu’au 7 mars 2010.

 

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