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Thaïlande, Cambodge, Vietnam, Laos, Birmanie, Chine, Environnement

Un sommet pour sauver le Mékong

Le Mékong près de la frontière entre le Laos et la Thailande, dans la province thailandaise de Chiang Rai au nord de Bangkok.
Le Mékong près de la frontière entre le Laos et la Thailande, dans la province thailandaise de Chiang Rai au nord de Bangkok. Reuters/Chaiwat Subprasom

Pas moins de 60 millions de Vietnamiens, de Laotiens, de Thaïlandais, de Cambodgiens ont les yeux tournés vers Hua Hin, en Thaïlande, ce lundi 5 avril. La station balnéaire accueille le premier sommet des pays riverains du Mékong depuis 1995 et la création de la commission intergouvernementale de consultation sur la gestion des eaux du fleuve. La Chine et la Birmanie sont présentes en tant qu’observateurs. Il y a urgence. Dans certaines régions, le fleuve a atteint son plus bas niveau depuis un demi-siècle.

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Des paysans qui se désespèrent, des pêcheurs qui pleurent, cela fait bien longtemps que le Mékong n’est plus un long fleuve tranquille : 4 909 kilomètres depuis les hauteurs de l’Himalaya, six pays traversés, le fleuve est vital aux régions qui bordent ces rives. Selon la commission du Mékong (Mekong River Commission) 60 millions de personnes sont ainsi affectées par la sécheresse qui vide le cours du fleuve en aval. Dans certaines régions, des cargos et des bateaux touristes sont immobilisés sur les berges. L’eau n’arrive plus dans les rivières et menace la faune. Le Mékong est l’un des fleuves les plus poissonneux au monde avec 1 500 espèces de poissons recensées.

Ghislain de Marsily

Comment mieux gérer les eaux du Mékong ? Depuis janvier, les médias des pays riverains se déchaînent pour trouver un responsable à l’aggravation de la sécheresse ? Certains n’ont pas hésité à remonter à la source et pointent du doigt les barrages chinois. La Chine dispose de quatre barrages dans le sud du Yunnan, et on parle de huit, peut-être d’une douzaine de barrages encore en projet sur la partie du fleuve qui traverse la Chine.

La Chine accusée de jouer avec le robinet du Mékong

En quinze ans, le fleuve est devenu une machine, une gigantesque turbine à produire de l’électricité. Ce qui faisait écrire récemment à l’un des éditorialistes du Bangkok Post : « Les barrages chinois tuent le Mékong ». Les associations écologistes accusent les autorités chinoises de manquer de transparence sur ses lâchers de réservoir. En clair, à en croire les critiques, les autorités chinoises abuseraient de leur position dominante puisque le pays est situé à la source. La Chine jouerait avec le robinet du Mékong sans consulter ses voisins en fonction évidemment des impératifs de rentabilité de ses centrales. C’est d’ailleurs l’une des raisons à la présence de la Chine au sommet d’aujourd’hui. La Chine comme la Birmanie ne veulent pas avoir à rendre des comptes, elles n’ont jamais adhéré à la MRC (Mekong River Commission) où elles n’ont qu’un statut d’observateur. Pékin jusqu’à présent se contentait d’envoyer des experts aux réunions de la commission. Cette fois Song Tao, le vice-ministre chinois des Affaires étrangères a fait le déplacement en personne. Pas question pour la Chine que la conférence serve de défouloir aux pays en aval.

Bach Quoch Chinh

Face à la pression des pays en aval, la Chine a expliqué par exemple qu’elle avait bien fait procéder au remplissage de son quatrième barrage (Xiaowan) sur le Mékong. Ce processus a commencé en juillet 2009, affirment les autorités chinoises, durant la saison des pluies et il a été arrêté à la saison sèche. Pékin ne cesse d’ailleurs de répéter que la Chine elle-même est confrontée à l’une des plus terribles sécheresses de ces dernières années. On notera d’ailleurs que le ton employé par les gouvernements des pays riverains n’est pas celui des écologistes. Les autorités de ces même pays travaillant souvent à la construction d’autres barrages dans la région avec l’aide de la Chine. « Les entreprises chinoises sont omniprésentes dans la région explique Bach Quoch Chinh de la rédaction vietnamienne de RFI. On les retrouve dans de nombreux projets hydriques dans la région et notamment dans deux nouveaux barrages inaugurés la semaine dernière au Cambodge ». Est-ce la faute aux barrages chinois ? Pour l’instant la responsabilité des réservoirs n’est pas établie scientifiquement affirme la commission du fleuve Mékong.

Alain Pierret

Le sommet de Hua Hin en Thaïlande est déjà un premier pas. Pour la première fois, la Chine semble vouloir y jouer un rôle plus actif. La commission peut par exemple demander à Pékin de vider ce qu’il reste dans ses réservoirs pour alimenter le fleuve en aval. La rencontre devrait cependant en rester à des déclarations d’intentions estiment certains observateurs. La Chine pouvant difficilement aider financièrement ses voisins en affirmant dans le même temps qu’elle n’est pas responsable.
 

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