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Cinéma

Michel Ciment: «La fonction du critique est l’anti-autisme»

Le critique de cinéma Michel Cimént. Détail de la couverture du livre « Le cinéma en partage », publié aux éditions Rivages.
Le critique de cinéma Michel Cimént. Détail de la couverture du livre « Le cinéma en partage », publié aux éditions Rivages. Editions Rivages

Michel Ciment, illustre critique de cinéma et directeur de la publication de la revue Positif vient de publier deux livres : Une renaissance américaine, des entretiens avec 30 cinéastes américains, de Woody Allen à Robert Zemeckis, et Le cinéma en partage, un livre d’entretien avec le critique N.T. Binh qui retrace son parcours de grand cinéphile. Entretien.

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RFI : Vous fêtez cette année vos 50 ans de critique de cinéma...

Michel Ciment : Ce n’est pas seulement 50 ans de critique. C’est vrai, c’est 50 ans de critique radiophonique, puisque je suis producteur à France Culture et je participe à l’émission Le Masque et la Plume à France Inter et j’anime la revue Positif avec plusieurs amis, mais il y a aussi l’enseignement, puisque ce livre parle aussi de mes 30 ans d’enseignement comme professeur à l’université Paris 7 en civilisation américaine, je suis souvent membre de jurys, etc. C’est une activité multiforme. À un certain moment, à un âge canonique, je me suis dit, pourquoi pas finalement ne pas raconter tout cela.

Votre livre s’appelle Le cinéma en partage. Comme disent les Américains, c’est déjà un statement.

Toutes mes activités depuis 50 ans, et même avant, en tant que professeur au lycée, mon but était de faire partager ce que j’aime. Un côté presque pédagogique, pourquoi pas. Le mot pédagogie est beau. C’est le plaisir de communiquer. Je pense que c’est très important. Je suis contre l’autisme dans tous les domaines et je crois que la fonction critique, c’est l’anti-autisme.

Votre cinéphilie a commencé dans l’après-guerre. Quels étaient les films qu’on pouvait voir à l’époque dans les salles de cinéma parisiennes ?

J’avais dix ans en 1948, c’est à ce moment-là que j’ai commencé à fréquenter le cinéma. C’était essentiellement des films américains et français. Il y avait sûrement un petit film japonais ou un film suédois par-ci ou par-là. J’étais voir essentiellement des films de genre, c’est cela qui m’attirait : des films de pirates, de gangsters, les comédies, et puis c’était aussi des comédiens comme Gary Cooper, Spencer Tracy, Jean Gabin ou Gérard Philipe. C’était les auteurs que j’allais ensuite glorifier ou étudier, à l’époque je ne savais pas qui c’était, sauf peut-être Walt Disney, Charlie Chaplin ou John Ford.

En fait, le cinéma muet de Chaplin, vous l’avez découvert après dans la cinémathèque rue d’Ulm. Dans vos conversations, vous racontez que vous faisiez un bond en arrière avec Buster Keaton et Erich von Strohheim. Vous avez même vu un film qui a été détruit depuis.

Oui, j’ai vu la dernière copie qui existait au monde, que le musée d’art moderne de New York avait prêté à Henri Langlois. C’était une copie de Mariage de prince, un très bon film, c’était la suite de La Symphonie nuptiale. Une copie unique, il n’y avait plus de négatif. Après la projection à laquelle j’ai assisté, Langlois avait l’idée saugrenue de mettre le film derrière une plaque de verre dans la cour de la cinémathèque, au mois de juillet ! Et la copie a flambé par les reflets du soleil. Donc Langlois a sauvé beaucoup de films, mais il a détruit aussi quelques-uns.

Le jeune cinéphile que vous étiez à l’époque va faire une rencontre décisive qui n’est pas une rencontre cinématographique, mais littéraire, avec André Breton et les surréalistes. Une rencontre qui va déterminer votre façon de regarder le cinéma et le monde en général. Au début, qu’est-ce que vous a attiré chez les surréalistes ?

D’abord il faut dire que, à l’époque, Breton et les surréalistes étaient occultés. On n’entendait pas beaucoup parler d’eux. Je fréquentais la librairie du Terrain vague rue de Verneuil qui éditait Positif, une revue que je lisais, mais je ne connaissais pas encore les rédacteurs. C’est là que je commençais à voir des parutions de poésie, de revues surréalistes… Ça m’attirait, parce que je n’étais pas satisfait de Sartre. Je trouvais qu’il lui manquait une dimension esthétique. L’art me passionnait et la politique me passionnait aussi. J’étais engagé à gauche contre la guerre d’Algérie, etc. Donc l’existentialisme du point de vue politique me satisfaisait, mais pas du point de vue de l’art. 

► Écouter l’intégralité de l’interview avec Michel Ciment. Le critique de cinéma est ce samedi 22 novembre pendant 49 minutes l’invité de l’émission Tous les cinémas du monde.
 

Les couvertures des livres de Michel Ciment : Le cinéma en partage (Rivages) et Une renaissance américaine (Nouveau Monde).
Les couvertures des livres de Michel Ciment : Le cinéma en partage (Rivages) et Une renaissance américaine (Nouveau Monde). DR

►  Michel Ciment : Une renaissance américaine, entretiens avec 30 cinéastes, éditions Nouveau Monde, 25 euros.
►  Michel Ciment : Le cinéma en partage, éditions Rivages.

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