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Cinéma

«Mr. Turner», Mike Leigh perce le mystère d’un génie

Timothy Spall interprète avec brio et une finesse infinie «Mr. Turner» de Mike Leigh.
Timothy Spall interprète avec brio et une finesse infinie «Mr. Turner» de Mike Leigh. PROKINO Filmverleih GmbH

Pour son interprétation aussi originale qu’époustouflante du peintre britannique, l’acteur Timothy Spall avait remporté le prix d'interprétation au Festival de Cannes. Dans « Mr. Turner », le réalisateur Mike Leigh dépeint un grand tableau cinématographique sur les forces et l’origine de l’art d'un homme excentrique. À 71 ans, le cinéaste nous offre un film lumineux sur une période sombre de son compatriote britannique. Pendant deux heures et demie, il perce avec passion le mystère de ce génie de la lumière.

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Un moulin à vent au bord d’une petite rivière, deux paysannes portent gracieusement de l’eau. Quand la caméra bouge, on découvre que Mr. Turner s’est déjà mis depuis longtemps en bonne position pour esquisser, dans son carnet, ce paysage éblouissant au soleil levant. Retour en ville, il fera son marché de couleurs dont le jaune chromé, le bleu outremer et de l’huile de pavot pour fixer le tout sur une toile préparée.

Depuis deux siècles, ses peintures sont adulées dans le monde entier. Mais comment J.M.W Turner (1775-1851) est arrivé à faire entrer cette lumière si puissante dans ses tableaux ? Pourquoi les falaises et la mer apparaissent si humaines sur ses toiles? Quel est le moteur qui œuvre à l'intérieur de sa peinture? Quel est le secret de ses couleurs habitées d’une âme si organique? Dans les années 1970, à côté de Ken Loach, Mike Leigh a été le représentant du nouveau cinéma d’auteur britannique et avait remporté la Palme d’or en 1996 avec Secrets et mensonges. Cette fois, il nous montre un artiste tourmenté et en pleine possession de ses faiblesses, ses ombres, ses incapacités sociales.

A l’écran apparaît un Turner au milieu d’une mise en scène magistrale de son époque avec une reconstitution stupéfiante de marchés et ports qui grouillent, de rues, maisons et paysages animées par la puissance d’un siècle qui est tiré par la modernité. Par des grandes touches et images impressionnantes et impressionnistes, le film de Mike Leigh dresse le portrait d’un artiste hors norme, interprété avec brio et une finesse infinie par Timothy Spall.

« Oublie mon destin »

Cet ogre gros, laid et grognant pratique la peinture comme d'autres la boxe. Il cogne sur tout ce qui lui fait obstacle pour faire de la peinture. Avec Mike Leigh, nous faisons connaissance d’un Joseph Mallord William Turner élevé avec une mère absente car devenue folle, un fils qui entretient une relation fusionnelle avec son père, ancien maître barbier, un Turner qui nie son ancienne femme, ses enfants et petits-enfants, un homme qui fait un usage utilitaire du sexe, mais nous dévoile aussi une beauté et une bonté intérieure qu’il cache derrière sa carapace d’humeur maussade et sa passion pour les chants d’amour perdu de Henry Purcell : « Souviens-toi de moi. Oublie mon destin. »

Par contre, on aura vite compris que cet ours blessé par la vie capte chaque lueur de la modernité : des locomotives à vapeurs qui se retrouvent immédiatement dans ses tableaux jusqu’à la daguerréotypie naissante qu’il ressent tout de suite comme une menace fascinante pour son métier. Sa capacité d’assimilation est bluffante : quand son tableau est exposé au salon de l'Académie royale à côté de celui de John Constable, l'affrontement pictural se transforme en duel de pinceaux. Quand son rival pose avec une grande satisfaction les dernières touches d'un rouge révolutionnaire sur son tableau, Turner s'efforce de le doubler en plein vernissage. Devant les yeux incrédules des membres de l'Académie, lui aussi rajoute une tâche rouge au centre de son tableau marine. « Il a détruit sa toile », s'esclaffent les Académiciens. C’est sans compter sur Turner qui magnifiera bien encore son œuvre. Avec l’aide de son génie, son mouchoir et un petit crachat sur la toile, la tâche se transforme en bouée de sauvetage.

Tempête de neige en mer

Quand son art l’exige, il se fait attacher sur le nid-de pie d’un bateau en pleine tempête pour contempler la nature en mode déchainé pour son tableau Tempête de neige en mer. Turner avait fait disparaître la forme avant tout le monde. Souvent incompris de son vivant, il avait été ridiculisé par les critiques et l’opinion publique. Mais dans l’histoire de l’art, il est entré comme un visionnaire et précurseur d’un impressionnisme et d’une abstraction qui ne dit pas son nom. Comme chez son père, les bronchites et troubles cardiaques auront le dernier mot, mais ses tableaux, il ne les aura pas vendus pour de l’argent à un nouveau riche. Turner avait bien raison : ils méritent bien d’appartenir à la nation britannique toute entière.

 

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