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Cinéma / Arménie / France

«Le Scandale Paradjanov», l'histoire d'un cinéaste persécuté

Une scène du film «Le Scandale Paradjanov», réalisé par Olena Fetisova et Serge Avedikian.
Une scène du film «Le Scandale Paradjanov», réalisé par Olena Fetisova et Serge Avedikian. Zootropefilms

C'est un film sur la vie tumultueuse d'un artiste soviétique d'avant-garde qui est sorti cette semaine en France. Le Scandale Paradjanov, du réalisateur français d'origine arménienne Serge Avedikian, avait décroché le Prix spécial du jury lors du 17e Festival du film « Nuits noires » de Tallinn (PÖFF), en Estonie, en novembre 2013.

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Sergueï Paradjanov était sans conteste l’un des plus grands maîtres du 7e Art arménien et l’un des cinéastes qui a marqué le XXe siècle. Né Sarkis Paradjanian en 1924 dans une famille arménienne de Tbilissi, en Géorgie, il a fait ses débuts en Ukraine et va, à travers son œuvre, contribuer à dynamiser et à donner toutes ses lettres de noblesse au cinéma arménien.

Le Scandale Paradjanov, co-réalisé par l’Ukrainienne Olena Fetisova et le Français d’origine arménienne Serge Avedikian, revient sur les moments clés de la vie et du travail de ce metteur en scène hors norme, épris de liberté. Une liberté payée au prix fort puisqu’il sera incarcéré pendant plusieurs années.

Ses ennuis avec les autorités commencent à l’issue de la projection du film Les Chevaux de feu (titre original : Shadows of Forgotten Ancestors) en 1964. Là, il n’est pas encore arrêté mais inquiété car il refuse de doubler sa fiction en russe. Il veut absolument y garder le houtsoul, une langue parlée dans les Carpates, parce qu’il estime que la légende relatée dans le film appartient à cette peuplade portée à l’écran et que l’on perdrait en saveur et en vérité si l’on devait le traduire en russe.

Un refus qui provoque bien entendu le mécontentement du Parti communiste, puisque le film est financé par Moscou et que la langue commune dans l’Union soviétique est le russe. La colère des autorités va d’ailleurs s’amplifier lorsqu’elles vont constater que le film passe les frontières et connaît un franc succès à l’étranger, notamment en France et en Argentine. Paradjanov est invité dans différents pays mais on ne le laisse pas partir.

« J’avais son odeur en moi »

Même sous une pression quasi permanente de la part du pouvoir, Paradjanov reste inébranlable dans ses convictions et continue de braver l’interdit, ce qui lui vaudra d’autres ennuis, voire l'incarcération. Une force de caractère qui se manifeste avec vigueur le long du film.

« Je ne voulais pas que le film soit un biopic, c’est-à-dire une façon reconstituée de raconter la vie de Paradjanov, mais plutôt une façon de rentrer dans son univers, de montrer la fantasmagorie de ce personnage, son évolution et sa capacité à jouer avec l’interdit et les frontières qu’on lui posait, explique l’acteur et réalisateur Serge Avedikian, qui interprète lui-même, avec brio, le rôle de Paradjanov. J’ai eu la chance de connaître Paradjanov et donc je connaissais très bien son univers au-delà des documents qu’on pouvait lire. J’avais son odeur en moi et j’ai réussi à rendre le scénario plus personnalisé ».

Un personnage excentrique

Décédé à Erevan en 1989, Paradjanov était un personnage excentrique et complexe à la fois. Pour l’incarner, Serge Avedikian, qui signe en outre avec Le Scandale Paradjanov son premier long métrage, a dû s’imprégner de l’âme de cet artiste de génie : « J’ai tout de suite compris qu’il ne fallait pas trop composer ni copier le personnage mais plutôt travailler sur son énergie, sur sa vérité intérieure et donc l’amener vers moi. J’ai toujours été un grand admirateur du personnage puisque, pour moi, il incarnait l’image de l’artiste libre [...] Tel un peintre, il a inventé son langage et son style, et c’est ce qui lui a assuré la pérennité ». Dès lors, il n’est guère étonnant de voir que Paradjanov comptait parmi ses admirateurs des cinéastes comme Fellini, Antonioni ou encore Tarkovski.

Le Scandale Paradjanov brosse non seulement le portait d’un génie du cinéma arménien, mais démontre également que l’art peut parfois s'apparenter à un pouvoir qui permet de transcender les êtres et les frontières.

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