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Théâtre

«Ticket»: dans la peau d’un migrant, entre théâtre immersif et documentaire

Le spectacle «Ticket» est joué dans un conteneur d’environ 12,5 m sur 2,5 m, pour faire prendre conscience des conditions de traversée des migrants.
Le spectacle «Ticket» est joué dans un conteneur d’environ 12,5 m sur 2,5 m, pour faire prendre conscience des conditions de traversée des migrants. RFI/Maati Bargach

Jusqu’au 20 mai, le collectif Bonheur intérieur brut joue la pièce Ticket au Musée national de l’histoire de l’immigration, à Paris. Mis en scène et écrit par Jack Souvant, ce spectacle, à la confluence entre le théâtre documentaire et le théâtre de rue, entend embarquer les spectateurs « au plus près des conditions de voyage des migrants ». Une expérience dérangeante, dont l’objectif est d’amorcer une réflexion sur la question de l’immigration.

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« Alors, c’est toi qui veut passer la frontière ? » L’énigmatique passeur King Phone interpelle les spectateurs comme s’ils étaient des migrants, et les guide vers une expérience à la fois intense et éprouvante, encore qu’elle soit bien loin des conditions réelles de traversée. « Nous avons voulu coller au plus près du réel, sans pour autant être dans le réel. Ce n’est pas un jeu de rôle », explique Jack Souvant, metteur en scène de la pièce et cofondateur du collectif Bonheur intérieur brut.

Ticket, ce spectacle créé en 2008, se déroule dans un camion, à l’intérieur duquel les « spectateurs-migrants » assistent à une pièce. Deux histoires différentes et indépendantes sont jouées. La première est celle de Mohand et Meng, deux hommes, un Algérien et un Chinois, qui embarquent dans un camion par le toit, sans que le chauffeur ne soit au courant. En partance pour l’Angleterre, Mohand, « ingénieur géomètre », rêve de ce pays comme l’eldorado où il pourra réussir.

La seconde histoire est celle de Clandestine, qui vit les dernières heures de son voyage pour l’Angleterre, dans un camion conduit par un chauffeur russe menaçant et inquiétant. Une histoire plus violente que la précédente, car elle traite plus spécifiquement des sévices subis par les femmes sur les routes des migrations.

Une expérience immersive qui ne sacrifie pas l’information

En nous mettant au cœur du dispositif scénique, en contact immédiat avec les personnages (joués par Frank Baruk, Farid Bentoumi, Tella Kpomahou, Gilles Guelblum, Jean Leloup et Ma Min-Man), Ticket parvient à nous faire ressentir un « inconfort », comme l’ont relevé de nombreux spectateurs. Dans une relative obscurité, l’expérience devient aussi sensorielle, on se repère avec les cris des personnages, les conversations du chauffeur, le moteur du camion…

Pour écrire et mettre en scène la pièce, Jack Souvant a recueilli de nombreux témoignages de migrants sur le point de partir ou arrivés à destination. Il a également interviewé l’économiste Bernard Maris et étroitement collaboré avec le sociologue Smaïn Laacher, ancien juge assesseur représentant le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à la Cour nationale du droit d’asile. Le spectacle est entrecoupé de moments où l’on entend la voix de Maris et de Laacher, qui développent un discours sur l’immigration et la mondialisation.

L’équipe de la pièce a aussi donné aux spectateurs un document écrit de deux pages pour compléter le spectacle. Ce qui évite d’allonger la période où le spectateur assiste, debout et dans l’obscurité, à la pièce. Car Ticket est aussi une expérience relativement éprouvante. C’est un spectacle à réserver aux plus avertis. L’histoire de Mohand et Meng est interdite aux moins de 12 ans et le voyage de Clandestine aux moins de 15-16 ans. Une pièce d’identité est exigée !

Le camion où se déroule la pièce est un espace relativement confiné et obscur, à déconseiller pour les claustrophobes.
Le camion où se déroule la pièce est un espace relativement confiné et obscur, à déconseiller pour les claustrophobes. RFI/Maati Bargach

« Inscrire un geste artistique dans ce rapport au réel »

Mais cette « épreuve » reste largement moins violente que la réalité dangereuse vécue par les immigrés clandestins. Entre 40 et 50 spectateurs assistent à la pièce dans le conteneur, alors que « dans les conditions de traversée normales, c’est plutôt 150 à 200 clandestins qui peuvent se trouver dans le camion », estime Jack Souvant.

« Notre travail consiste à inscrire un geste artistique dans ce rapport au réel, précise-t-il. L’idée, c'est de creuser de façon artistique des questions contemporaines. » Inspirées du théâtre de rue, les créations du collectif Bonheur intérieur brut, créé en 2001, ont ainsi toujours un « contenu politique ». « On a déjà travaillé sur le thème du courage et de la peur, sur le travail et le temps libre, sur l’absurde dans une place publique », rappelle Jack Souvant.

La représentation s’achève sur un moment d’échange et de discussions avec l’équipe du spectacle. « Pour nous, ce moment fait partie intégrante du spectacle », explique Jack Souvant. A la fois pour décompresser et poser un moment de réflexion autour de la question des migrations. « C’est du théâtre politique, au sens où on part de constats et d’interviews avec des migrants. Mais on pose plus de questions qu’on ne donne de réponses », conclut Jack Souvant.


Ticket est joué dans le cadre de l’exposition Frontières, présentée jusqu’au 29 mai au Musée national de l’histoire de l’immigration, situé au palais de la Porte Dorée dans le 12e arrondissement de Paris.

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