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Littérature

[Du côté de chez Mandela] Margot contre Magritte

«Wonderboom» de Lien Botha.
«Wonderboom» de Lien Botha. GL/RFI

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Nous nageons en pleine dystopie (l’inverse d’une utopie) : la ville du Cap vit sous la férule du dictateur Albino X. Une violoniste âgée, Magriet, pense que le tyran lui en veut, suite à leur rencontre lors d’un concert. Elle décide de quitter Betty’s Bay, son village balnéaire, pour retrouver sa famille tout au nord du pays, à Wonderboom. Un grand trek vers son passé. Or, Magriet perd lentement la mémoire.

Son prénom fait penser à la terrible Dulle Griet (en français : Margot l’Enragée), peinte par Breughel l’Ancien en 1562.  Dans un paysage chaotique, la grande femme au regard hagard trace son chemin vers l’enfer. Fâchée, folle, féroce, elle symbolise le courroux, passant devant une ruine qui ressemble avant l’heure à une guillotine.

Furieuse parfois, la Magriet sud-africaine n’est cependant pas méchante. Pour illustrer sa perte de mémoire, l’auteure a trouvé une excellente idée. Elle accompagne chaque chapitre d’un collage, dont un élément disparait au fil de l’histoire. On s’en doute, à son arrivée, seules subsistent de petites traces de colle sur la photo. On peut se demander si sa famille de Wonderboom (« Arbre miraculeux ») existe encore.

Magriet monte vers le Nord dans un minibus en serrant son violon contre elle. Les gens qui s’entassent à ses côtés ne lui sont pas hostiles. Mais le véhicule fait l’objet d’une attaque, laissant plusieurs morts sur le carreau. Elle tombe sur des gens charitables. On l’amène presque à destination, « à sept kilomètres de Wonderboom à vol de corbeau », selon l’excipit.

Lien Botha, née en 1961, est artiste photographe. Son premier roman, écrit sur un tempo rapide, plein d’incises historiques et de notes étonnantes, est prometteur. Son père est Roelof « Pik » Botha, qui fut jadis, seize ans durant, ministre des Affaires étrangères, pilier du régime passé et négociateur habile.

Magriet évoque bien sûr René Magritte. Le peintre belge est célèbre pour son tableau La trahison des images qui représente une pipe avec cette constatation : « Ceci n’est pas une pipe ». Il a peint de nombreux arbres intrigants. L’un d’eux s’ouvre sur une petite maison intérieure. Son tableau intitulé  La mémoire représente une tête de femme en pierre dont la tempe saigne tandis que des nuages croisent dans le ciel bleu.

Pour survivre en Afrique du Sud, faut-il tout oublier ?


Lien Botha, Wonderboom, Queillerie, 2015

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