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Cinéma

Costa-Gavras: «Je ne me suis pas vu cinéaste»

Détail de la couverture de l’autobiographie :  « Costa-Gavras : Va où il est impossible d’aller ».
Détail de la couverture de l’autobiographie : « Costa-Gavras : Va où il est impossible d’aller ». Éditions du Seuil

À 85 ans, le célèbre cinéaste Costa-Gavra vient de publier son autobiographie : « Va où il est impossible d’aller ». Depuis plus de cinquante ans, ses films interrogent les mécanismes du pouvoir et du mensonge : du mythique « Z » en passant par « Missing », jusqu’à « Amen ». Entretien avec celui qui a débarqué à Paris un beau jour de 1955, quittant la Grèce où il ne pouvait étudier du fait des engagements de son père.

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RFI : Costa-Gavras, vous êtes arrivé en France en 1953, vous aviez 20 ans. Au début, c’est plutôt l’écriture qui vous tentait, le roman. À quel moment vous vous êtes vu cinéaste ?

Costa-Gavras : Je ne me suis pas vu cinéaste en fait. Je m’y suis intéressé. J’ai découvert la Cinémathèque française et qu’il y avait aussi au cinéma une autre écriture : l’écriture par l’image qui permettait également de raconter des histoires. Et j’ai découvert qu’il y avait une école, l’Idhec. J’ai été voir et ils m’ont accepté.

Donc, à l’époque, vous fréquentiez nombre de cinéastes : Agnès Varda, Jacques Demy…

J’ai eu de la chance. Après l’école, j’ai eu la chance de rencontrer des metteurs en scène. D’abord Claude Pinoteau, qui était assistant, qui m’a présenté à des metteurs en scène avec qui on a travaillé ensemble. Et finalement avec Agnès Varda, plus tard avec Jacques Demy, avec René Clair, René Clément et quelques autres. Et ça a été vraiment pour moi la grande chance, parce que j’ai pu connaître le cinéma.

Il y a aussi votre rencontre dans les mêmes années avec Simone Signoret, qui doit vous présenter à Yves Montand. Est-ce que vous vous souvenez du lieu où vous étiez quand vous avez rencontré pour la première fois Simone Signoret ?

Je peux vous raconter ça dans les moindres détails. J’étais assistant de René Clément et j’étais chargé de m’occuper du programme de Simone et de son costume. Vous savez, à chaque scène, elle a changé de costume. Donc, je suis allé la voir à la place Dauphine, où elle habitait. Et je suis entré. Je pensais arriver à une sorte de palais de star. C’était tout petit, tout bas de plafond, avec une cuisine qui était la moitié de ce studio, etc. Et elle m’a accueilli et c’est comme ça… Montand est passé et elle m’a présenté à lui et ça a commencé comme ça. Une relation très lointaine au début, évidemment, celle des assistants avec les stars. Et peu à peu, ça s’est renforcé.

Costa-Gavras, j’aimerais qu’on parle de Z, votre réquisitoire contre la dictature des colonels en Grèce. Z, qui va avoir un retentissement international, qui vous vaudra un Oscar à Hollywood, un prix du Jury, à l’unanimité, au Festival de Cannes. Dans vos mémoires, vous expliquez que personne ne voulait le financer.

Oui, c’est vrai. On a fait le scénario très rapidement et on a commencé à le présenter aux acteurs, qui ont tous accepté. À commencer par Montand, Trintignant, Perrin… tous. Et puis on a fait ce que l’on fait toujours, le tour des distributeurs et des gens qui donnent l’argent, des financeurs. Eh bien, ils disaient : « Non, non… ça n’intéressera personne ». Il n’y a pas d’histoire d’amour, il y a plusieurs personnages qui se succèdent et qui disparaissent. C’était de l’anti-cinéma. Parce qu’au cinéma, il y a un personnage qui commence au début et va jusqu’au bout. Il y a une histoire d’amour, il y a une relation intime, etc. Il y a de l’action. Et là, rien de tout cela. Une sorte de documentaire presque, je dirais.

Eh bien, on a beaucoup, beaucoup cherché... Un jour, j’ai appelé Jacques Perrin et je lui dis : « Jacques, ça ne se fait plus. Parce qu’on ne trouve pas l’argent ». Il m’a dit « Est-ce que tu connais l’Algérie ? » J’ai dit non. Il m’a dit : « Allons-y voir ». Nous sommes allés voir. On a présenté le film aux autorités algériennes et après un moment ils ont accepté qu’on le tourne là-bas. Alors, on a pu faire le film avec très peu d’argent, parce les autres acteurs ont accepté aussi de le faire et c’était la grande surprise de voir le film. Au début, ça n’a pas marché très bien à la sortie, la première semaine. Et puis, la deuxième semaine ça a monté, monté… C’était une chose énorme ! Cela a été joué pendant 44 semaines à Paris.

Et dans le monde aussi.

C’était surprenant ! Les gens applaudissaient à la fin… Vraiment, c’est devenu un film qu’il fallait absolument voir.

Aujourd’hui, avez-vous un nouveau film dans vos cartons ? Qu’est-ce qui vous intéresse dans le monde, tel qu’il est aujourd’hui ?

Le pouvoir de l’argent. L’argent est devenu une sorte de religion dans notre société. Et je pense que c’est la pire des religions possibles, parce que ça isole les gens. C’est chacun pour soi. Et la pire des choses dans la société c’est chacun pour soi.

Rétrospectivement, de quoi êtes-vous le plus fier ? Qu’est-ce qui vous rend le plus fier ?

Ma famille. Et, naturellement… Je ne veux pas faire de la fausse modestie, ce que je fais on en parle beaucoup. Grâce à ça je suis ici et je peux parler et dire ce que je pense. Et ça aussi, c’est important. Et parfois aussi, quand les gens m’interpellent dans la rue et me disent : « Ah ! C’est bien ce que vous faites ! » Ça, c’est aussi de la grande satisfaction.

Écouter l’émission spéciale de Tous les cinémas du monde avec Costa-Gavras, rfi, 7/4/2018

Costa-Gavras : Va où il est impossible d’aller. L’autobiographie du cinéaste et actuel président de la Cinémathèque française est publiée aux éditions du Seuil, 528 pages.

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