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Cinéma / Estonie

Cinéma: à Tallinn, une grande rétrospective pour le centenaire de l’Estonie

Eva Näripea, directrice des Archives cinématographiques d’Estonie.
Eva Näripea, directrice des Archives cinématographiques d’Estonie. Kèoprasith Souvannavong / RFI

Dans le cadre des célébrations des 100 ans de l’Estonie, le 22e Festival du film « Nuits noires » de Tallinn (PÖFF) présente une rétrospective regroupant des chefs-d'œuvre de douze pays européens qui fêtent également leur centenaire. Tournés dans les années 1960, ces films constituent une critique du totalitarisme. Certaines de ces fictions ont atterri directement sur les étagères d’archivage et n’ont été vues du grand public que bien des années après. Entretien avec Eva Näripea, responsable de cette riche rétrospective.

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RFI : Eva Näripea, vous êtes directrice des Archives cinématographiques et responsable de cette rétrospective de films réalisés entre 1958 et 1977. Comment est né ce focus qui regroupe des œuvres venant de pays comme la Lettonie, la Lituanie, l’Ukraine, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Roumanie, la Hongrie, la Géorgie, l’Autriche et l’Islande, sans oublier l’Estonie ?

Eva Näripea : Le festival « Nuits noires » de Tallinn a proposé aux Archives cinématographiques, une institution qui fait partie des Archives nationales d’Estonie, de participer à la programmation d’une rétrospective pour l’édition 2018 du festival. Grâce à notre affiliation à la Fédération internationale des archives du film (FIAF), nous avons eu accès à des œuvres conservées dans d’autres pays européens. Nous avons ainsi rassemblé quelques-uns de ces patrimoines du 7e Art que nous présentons ici au public du festival.

Comment les films de cette rétrospective ont-ils été choisis ?

Comme vous le savez, 1918 a été une année charnière pour notre pays, mais aussi pour d’autres pays européens. Cette année-là, l’Estonie a proclamé son indépendance après deux siècles dans le giron de l’empire russe. À l’heure actuelle, nous célébrons le centenaire de la proclamation de la République d’Estonie et c’est dans ce cadre que s’inscrit notre rétrospective.

Parmi toutes ces fictions figure l’emblématique film estonien Madness, que l’on pourrait traduire en français par « Démence ». Réalisé par Kaljo Kiisk, il met en scène un commando spécial de la Wehrmacht arrivant dans un asile psychiatrique éloigné pour exterminer ses patients pendant les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. Cet hôpital est présenté comme un microcosme qui reflète la perversion du régime nazi et aussi celle de tous les régimes totalitaires...

Tourné en 1968, il y a exactement un demi-siècle, Madness Hullumeelsus en estonien - constitue en effet le centre de gravité de la rétrospective et occupe une place particulière dans l’histoire du cinéma de notre pays. Par exemple, en 2011, il a été nominé « Deuxième meilleur film estonien de tous les temps » après Autumn Ball (2007) de Veiko Õunpuu. Critique farouche du totalitarisme dans son contenu et audacieusement moderniste dans sa forme, Madness a vu sa distribution supprimée durant plusieurs années par le régime soviétique qui s’est reconnu dans ce « miroir cinématographique déformant ». Madness aurait probablement pu être le premier film estonien projeté à la Biennale de Venise. 

À l’époque, le directeur du Festival international du film de Venise s’était même rendu en personne à Tallinn afin de pouvoir projeter Madness à la Biennale, mais les autorités soviétiques avaient interdit son envoi non seulement à Venise, mais aussi à l’étranger en général. Ceci dit, il faut souligner que le film n’a pas été complètement banni. Au moment de sa sortie, il a été montré en Estonie et dans des petits cinémas de toute l’Union soviétique, y compris à Moscou où le réalisateur russe Andreï Tarkovski l’a vu. La stratégie soviétique pour supprimer des films idéologiquement « inappropriés » consistait en outre à limiter le nombre de copies de ces films en circulation. Dans le cas de Madness, il y avait eu seulement neuf copies avec des dialogues en russe.

Bande-annonce du film estonien «Madness» présenté au 22e Festival du film «Nuits noires» de Tallinn (PÖFF)


► Le 22e Festival du film «Nuits noires» de Tallinn (PÖFF) se déroule jusqu’au 2 décembre 2018

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