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Littérature

[Du côté de chez Mandela] Deon Meyer frappe à Bordeaux

Couverture de "Prooi" de Deon Meyer.
Couverture de "Prooi" de Deon Meyer. Human & Rosseau

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L’auteur de romans policiers Deon Meyer est le bulldozer de la littérature afrikaans. D’abord parce que c’est un maître dans l’art du suspense. Ensuite parce qu’il écrit beaucoup. Enfin parce que ses romans sont largement traduits dans le monde. Après une incursion dans le roman d’anticipation, il est revenu, fin 2018, à ses héros récurrents, les capitaines Griessel et Cupido. Toujours adepte des titres courts, Meyer a intitulé son dernier livre Prooi (« Proie »).

La nouveauté de cette aventure haletante, c’est qu’elle a un parfum francophile. Dans la liste des personnes remerciées figurent Dominique de Villepin et Christophe Farnaud, ambassadeur de France en Afrique du Sud, ainsi que de bons amis de Bordeaux et l’excellente Catherine du Toit, professeur à Stellenbosch, qui a veillé à l’exactitude des citations en français.

On s’en doutait depuis En vrille, qui évoquait les vignobles du Bordelais, Deon Meyer ne cache pas son amour pour la capitale de la Nouvelle Aquitaine. Il m’a même glissé un soir qu’il n’excluait d’acheter un pied-à-terre en centre-ville. Pas étonnant que l’action commence une nuit d’été sur les bords de la Garonne.

En Afrique du Sud, le point de départ de l’intrigue se situe dans le train le plus luxueux au monde, le Rovos, qui traverse le pays du nord au sud. L’auteur a écumé les wagons somptueux et longuement interrogé le personnel.

Comment la course-poursuite qui s’engage en France va-t-elle croiser ce crime de l’Orient Express d’un nouveau genre dans le Karoo ? Il faut attendre les dernières pages d’un roman qui ne ménage pas les critiques à l’égard de l’ancien président Zuma, englué dans des relations troubles avec des milliardaires indiens.

Au Cap, on croise avec bonheur l’équipe des Hawks (les Faucons), une unité chargée de traquer les crimes sérieux et violents. L’habileté de Meyer réside dans un choix de héros permutants. Nous avons eu droit à Mat Joubert, à Tobela Mpayipheli, à Lemmer l’invisible... L’un de ces vétérans refait surface dans Prooi, pour notre bonheur. Nous retrouvons sur le terrain le duo d’enquêteurs Griessel-Cupido. Bennie Griessel est un quadragénaire blanc, méticuleux, qui prend trop à cœur les drames qu’il rencontre et qui lutte contre son penchant pour la bouteille. Vaughn Cupido, métis, jeune frimeur de tempérament impulsif, est un homme d’action.

Leurs échanges sont d’autant plus piquants que leur façon de parler diverge, entre l’afrikaans classique et le kaaps des métis, entre l’argot et la progression rampante de l’anglais. Dans Prooi, nous avons même droit au néerlandais pointu de Mme Scherpenzeel (« Mme Sangle aigüe »).

Les autres officiers de l’équipe sont bien croqués : la colonelle zouloue, l’intègre Mbali Kaleni, la paire de scientifiques qui fait assaut de jeux de mots, le beau Willem qui sait interroger les femmes, le jeune Vusi tiré à quatre épingles.

Deon Meyer a beaucoup de tendresse pour Griessel, flic malheureux, mal payé, mal dans sa peau. Dès lors, l’auteur prend beaucoup de précautions afin que son héros réussisse au moins dans sa vie sentimentale.

Les francophones apprécieront que l’aventure s’achève à Paris, près de l’Etoile. Fidèle à son style, Deon Meyer décrit des commerces et des restaurants qui existent.

La perception des villes françaises par les auteurs sud-africains mériterait une étude. Nadine Gordimer et André Brink jadis, Eric Miyeni, Michiel Heyns et Marita Van der Vyver récemment, sans oublier Breyten Breytenbach et John Coetzee, ont écrit des pages intéressantes sur la capitale et la province. Entre deux bagarres dans le Bordelais, Meyer explique le charme de cette région par l’accumulation de sagesse qui a fait suite à mille ans de guerres en tout genre.

Une telle étude serait un parallèle judicieux aux recherches des géographes français sur l’urbanisme en Afrique du Sud. Citons plus particulièrement Le Cap en noir ? La Mother City dans les romans policiers de Deon Meyer, par l’universitaire Martine Berger en 2014.

 

Deon MEYER, Prooi, Human & Rousseau, 2018

 

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