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Francophonies / Danse

Francophonies: Chantal Loïal et la créolisation de la danse contemporaine

«Cercle égal demi Cercle au Carré», chorégraphie de Chantal Loïal, présentée à l’opéra de Limoges, dans le cadre du festival des Francophonies, Les Zébrures d’automne, à Limoges.
«Cercle égal demi Cercle au Carré», chorégraphie de Chantal Loïal, présentée à l’opéra de Limoges, dans le cadre du festival des Francophonies, Les Zébrures d’automne, à Limoges. Christophe Péan / Les Zébrures d’automne 2019

Dansez-vous le quadrille ? À partir de cette danse de bal française, importée par les colons au XVIIIe siècle aux Antilles, la chorégraphe Chantal Loïal montre la force créative du quadrille métissé. Une dissertation dansée, à la fois savante et populaire, sur la créolisation dans la danse contemporaine, de la contredanse jusqu’au hip-hop et voguing. « Cercle égal demi Cercle au Carré » a été présenté par douze danseurs et danseuses de tous âges et styles de danse à l’opéra de Limoges, au festival des Francophonies. Entretien.

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RFI : Cercle égal demi Cercle au Carré. Est-ce de la mathématique ou de la danse ?

Chantal Loïal : C’est un peu les deux, puisque nous avons des notions d’espace, pratiquant la danse en même temps. L’idée était de parler de toutes ces formes de danse qui se pratiquent avec des formes « géométriques » : le cercle, le carré, le demi-cercle… Des danses du « passé », des danses ancestrales, mais par lesquelles nous sommes rattrapés par le présent. Elles sont pratiquées encore aujourd’hui, que ce soit dans les traditions ou dans les danses que les jeunes pratiquent aujourd’hui : le hip-hop, les danses urbaines, avec le « battle » en demi-cercle ou en cercle.

Vous évoquez la « créolisation » prônée par Édouard Glissant. En quoi consiste la créolisation de la danse contemporaine ?

Pour moi, déjà, c’est une liberté : être vrai, être quelqu’un de direct, sans prétention, être le plus libre possible sur le plateau, mais en donnant quand même quelque chose de très beau. La beauté vient des personnes. Pour moi, c’est ça, la danse contemporaine. Comment peut-on partager, avoir un moment jubilatoire, de convivialité. Je travaille autour du patrimoine immatériel, mais sans être prétentieux et sans être complaisant. C’est-à-dire tenter de ne pas ennuyer les personnes, mais d’essayer d’être aussi dans quelque chose d’assez populaire qui puisse toucher tout un public. En mettant un peu une voix lyrique, des voix traditionnelles, des danseurs plus jeunes et des danseurs moins jeunes, réunir tout le monde. On va vers les gens. La culture va vers les gens. Ce ne sont pas les gens qui vont vers nous.

En quoi ces demi-cercles, cercles, carrés du passé et d’aujourd’hui mis ensemble forment-ils un nouveau langage sur scène ?

On est toujours dans la recréolisation de toutes ces danses. Automatiquement, quand on est dans la création, on propose toujours un nouveau langage, chacun à sa manière. La propre vision d’un chorégraphe est un nouveau langage. Comme un nouveau peuple, les Antillais, qui ont été ramenés de l’Afrique, de la Caraïbe, de l’Europe, forment de nouvelles identités, une nouvelle culture. Aujourd’hui, on est en train de former une nouvelle culture, avec tous les jeunes qui recréent la musique ou la danse, avec leur propre identité.

Chantal Loïal, chorégraphe de « Cercle égal demi Cercle au Carré », présentée à l’opéra de Limoges, dans le cadre du festival des Francophonies, Les Zébrures d’automne, à Limoges.
Chantal Loïal, chorégraphe de « Cercle égal demi Cercle au Carré », présentée à l’opéra de Limoges, dans le cadre du festival des Francophonies, Les Zébrures d’automne, à Limoges. © Siegfried Forster / RFI

Expliquez-nous l’exemple du quadrille que vous mettez en scène sur le plateau.

Comment arrive-t-on au quadrille ? C’est l’apport des colons et de l’Afrique. Avec une forme créolisée, avec une forme que les Guadeloupéens, les Guyanais, les Martiniquais ont mise à leur propre sauce, à leur sauce chien, comme on dit aux Antilles. Aujourd’hui, les jeunes pratiquent les danses urbaines et on voit un nouveau mixage entre ces formes anciennes et nouvelles. La danse est un éternel recommencement. Mais, finalement, il n’y a pas tant de choses nouvelles, parce que le hip-hop c’est l’enracinement des danses africaines, dont on fait une forme personnelle.

À part la danse et la musique métissées, il y a au moins une troisième couche dans votre spectacle. Quelle histoire racontez-vous avec les images projetées à l’écran au fond de la scène ?

Les images sont un peu abstraites. Elles rappellent tout ce qu’il y a de la techno, des boites de nuit, mais aussi une forme des danses urbaines, le voguing où l’on se travestit, avec des hauts talons. On rappelle aussi la signification du carré en tissu Madras : il se porte sur les hanches, sur la tête, il se porte sur la collerette… On passe de la techno, avec des rayons très flashy au carré madras. On voit aussi des chevaux qui dansent en quadrille. C’était pour montrer qu’il n’y a aussi des animaux qui dansent en quadrille. Et il y a l’aspect militaire du colon qui arrive aux Antilles…

Vous avez aussi créé un bestiaire animalier, avec toute une danse autour des poules.

Il faut savoir, dans les années 1980, le hip-hop a beaucoup utilisé les animaux pour leur danse. Il appelait ça le Funky Chicken, on dansait avec les ailes de la poule. Donc, il y avait tout le temps des mouvements autour des animaux. La poule s’est retrouvée aussi bien dans les danses urbaines que dans les quadrilles.

Vous êtes née en 1969, à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Dans vos spectacles précédents, vous avez travaillé sur la Vénus noire, le blanchiment de peau, la colonisation… Dans cette pièce, les mouvements du haut du corps symbolisent pour vous la France, et les mouvements du bas l’Afrique. Pour rappeler qu’il faut traiter les questions sociétales pas seulement par les discours et les paroles, mais aussi par les mouvements ?

L’idée est d’utiliser le corps et de mettre à distance par le corps des choses dont on se pose des questions tous les jours. Cette histoire de mondialisation, du Nord et du Sud, la condescendance du Nord sur le Sud, il s’agit aussi de parler de ça. Même si l’on fait de manière détendue, il y a quand même un fond derrière. Ce qu’on cherche, c’est que les gens se disent : ah, finalement on a compris.

« Cercle égal demi Cercle au Carré », chorégraphie de Chantal Loïal, présentée à l’opéra de Limoges, dans le cadre du festival des Francophonies, Les Zébrures d’automne, à Limoges.
« Cercle égal demi Cercle au Carré », chorégraphie de Chantal Loïal, présentée à l’opéra de Limoges, dans le cadre du festival des Francophonies, Les Zébrures d’automne, à Limoges. Christophe Péan / Les Zébrures d’automne 2019

Cercle égal demi Cercle au Carré, chorégraphie de Chantal Loïal, présentée à l’opéra de Limoges, dans le cadre du festival des Francophonies, Les Zébrures d’automne, à Limoges.

Les Francophonies – Des écritures à la scène, Les Zébrures d’automne, du 25 septembre au 6 octobre 2019, à Limoges, France

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