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Arts / France

«Soulages au Louvre»: trois peintures inédites sur «la lumière du noir»

Détail d’une des trois œuvres récentes de Pierre Soulages exposées dans «Soulages au Louvre» au Salon carré : «Peinture 390 x 130 cm, 18 octobre 2019», acrylique sur toile.
Détail d’une des trois œuvres récentes de Pierre Soulages exposées dans «Soulages au Louvre» au Salon carré : «Peinture 390 x 130 cm, 18 octobre 2019», acrylique sur toile. © Siegfried Forster / RFI

Sa couleur : le noir. Son esprit : la lumière. Pierre Soulages figure parmi les plus grands peintres du monde. Né à Rodez en 1919, il s’apprête à fêter le 24 décembre son centième anniversaire. Et il a insisté pour se rendre ce mardi 10 décembre au vernissage de son exposition centenaire. Le peintre du noir deviendra ce jour-là, après Chagall et Picasso, le troisième artiste à connaitre de son vivant l’hommage absolu d’une rétrospective au Louvre.

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Au musée du Louvre, le Salon carré est le lieu mythique des expositions d’artistes contemporains. Sous un plafond ornementé de stucs est accrochée une vingtaine de tableaux noirs de Pierre Soulages, de 1947 jusqu’à aujourd’hui, le dernier datant d’octobre dernier. Une brillante synthèse de la carrière du maître du noir, conçue par les deux commissaires Pierre Encrevé (décédé en février 2019) et Alfred Pacquement, avec l’accord du peintre. Entretien, accompagné d'une vidéo sur la relation entre Soulages et l'Afrique.

RFI : Pierre Soulages est-il l’un des plus grands peintres de ces cinquante dernières années ?

Alfred Pacquement : Absolument. C'est l’un des ceux qui ont vraiment poursuivi un parcours tout à fait étonnant dans la peinture, expérimentant cet art à leur façon et le poursuivant dans une continuité et une diversité très remarquable. Oui, c’est l’un des grands peintres d’aujourd’hui.

Quand on parle du peintre, on évoque toujours « l’outrenoir ». En quoi consiste pour vous le génie de Pierre Soulages ?

On parle toujours de l’outrenoir, si ce n’est que l’outrenoir représente « seulement » une partie de l’œuvre de Soulages, parce que l’outrenoir est une phase de son œuvre qui commence à la fin des années 1970. Or il est actif depuis les années 1940. Donc, l’œuvre est très diverse. Mais, je crois que Soulages apporte à la peinture non figurative une approche très spécifique. Une approche qui a un thème permanent, qui est la lumière. Donc, Soulages peint la lumière, il peint la lumière du noir, de différentes manières, et il réussit ce travail sur la lumière qui est au fond le travail que beaucoup de très grands peintres ont cherché.

Est-ce là son génie ?

Je ne sais pas s’il faut dire génie, mais en tout cas c’est sa spécificité, son approche. C’est vraiment en cela que c’est un peintre à la fois original et important.

Pierre Soulages a créé en août et octobre 2019 pour l’exposition au Louvre trois peintures nouvelles. D’un format impressionnant, 390 x 130 cm, il les a fait accrocher quelques centimètres plus haut que les autres. Quelle est la particularité de ces œuvres ?

Ces œuvres toutes nouvelles, exposées pour la première fois, sont des grandes peintures verticales, des grandes stèles verticales, qu’il a pensé par rapport à l’espace de cette exposition, par rapport au grand mur de ce Salon carré du Louvre. Soulages a voulu réaliser des grandes verticales, des peintures parmi les plus grandes qu’il ait jamais peintes, ce qui est tout à fait étonnant. Ce qui me fait penser - au moins dans leur forme, dans leur espace – aux fenêtres de l’abbatiale de Conques où il avait réalisé des vitraux tout à fait réussis et qui lui ont demandé beaucoup de travail de recherche. Ces grandes verticales ont également cet espace, mais elles relèvent aussi de cette pratique qu’il a appelée « l’outrenoir », avec cette manière d’appliquer soit par strie, soit de façon lisse, la matière sur la peinture et de faire surgir la lumière de la peinture.

Personne ne regarde une œuvre de Soulages de la même façon quand la lumière et le reflet de la lumière changent en permanence. Quel rôle, Soulages a-t-il attribué aux spectateurs de ses œuvres ?

La lumière va changer, parce que je ne vais pas toujours me positionner au même endroit. Ensuite, dans une salle comme ici au Salon carré, où il y a la lumière du jour qui se mélange à la lumière artificielle, il y a, en effet, des lumières différentes, selon le moment de la journée, et selon le ciel du moment. Soulages a toujours dit que le rapport qui s’installait avec une œuvre, c’est le rapport entre celui qui la fait, donc le peintre, la chose qui est cette œuvre, et puis avec celui qui la regarde. Donc, c’est entre ces trois éléments que se situe le regard qu’on porte envers l’œuvre. Et mon regard ne sera pas le même que celui de mon voisin.

Vous avez exposé une œuvre de Soulages peinte en 1968, où le peintre signe son œuvre sur une partie blanche du tableau. Que représente 1968 pour Soulages ?

C’est même une œuvre de mai-68 ! Elle correspond historiquement aux événements de mai-68. Mais, elle n’a rien à voir avec ces événements. Soulages n’est pas un peintre d’histoire ou qui raconte des histoires. Son œuvre ne se conforme pas à des événements historiques. Mais, elle n’est pas la même entre 1946, 1968 et aujourd’hui, 2019. Elle se transforme.

Quelle est l’énigme de Pierre Soulages ou autour de ses œuvres que vous n’avez pas réussi à résoudre ?

Je ne sais pas s’il y a une énigme. Je crois qu’on n’en a jamais fini avec une œuvre d’art. Elle provoquera toujours de nouvelles idées, de nouvelles questions. On n’en a jamais fini, en tout cas.

► Soulages au Louvre, exposition dans le Salon carré du musée du Louvre, du 11 décembre 2019 au 9 mars 2020.

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