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Cinéma

Cinéma: «La vie invisible d’Euridice Gusmão» de Karim Aïnouz

Guida, interprétée par Julia Stockler, est le personnage principal du film de Karim Aïnouz, «La vie invisible d'Euridice Gusmão» qui sort le 11 décembre sur les écrans français.
Guida, interprétée par Julia Stockler, est le personnage principal du film de Karim Aïnouz, «La vie invisible d'Euridice Gusmão» qui sort le 11 décembre sur les écrans français. http://www.arpselection.com/

Sur les écrans à partir de ce mercredi 11 décembre, le dernier film du cinéaste brésilien Karim Aïnouz, récompensé à Cannes par le prix Un certain regard. « La famille ce n'est pas le sang, c'est l'amour », dit l’une des héroïnes. Un regard acide sur la famille, dans le Brésil des années 1950.

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Jeux de lettres, jeux de miroirs. Guida et Euridice, deux soeurs, s’écrivent beaucoup. Séparée par la tyrannie d’un père autoritaire et soucieux des convenances, chacune rêve dans les lettres qu’elle écrit à sa sœur la vie de l’autre, de l’absente. Au début du film, nous sommes dans une famille portugaise d’immigration récente, à Rio de Janeiro, au Brésil. Le père est boulanger, et selon Guida, arrive tout droit du Portugal du XIXe siècle. La mère est effacée. Euridice est pianiste et rêve d’intégrer un conservatoire prestigieux en Europe. Guida est amoureuse d’un marin grec avec lequel elle s’enfuit.

Nous sommes dans les années 1950, dans une société patriarcale, machiste où les 

Le cinéaste Karim Aïnouz, à Cannes en mai 2019: son film a remporté le prix de la section Un certain regard.
Le cinéaste Karim Aïnouz, à Cannes en mai 2019: son film a remporté le prix de la section Un certain regard. REUTERS/Stephane Mahe

femmes n’existent qu’en tant qu’épouses, soumises aux désirs de leurs maris, puis mères. Euridice ne veut pas d’enfant. Guida revient de Grèce enceinte de son marin grec. Mise à la porte par son père, elle doit subvenir aux besoins de son fils, prendre des boulots d'hommes et se faire reprocher de piquer le travail d’un homme, et perd de vue sa sœur à qui elle écrit. Ses lettres, dans lesquelles elle imagine Euridice dans les ors de l’opéra de Vienne, deviennent un exutoire, son journal. Pour ne pas faire davantage de peine à ses parents, Euridice épouse, elle, un Portugais, employé d'une administration, et met provisoirement de côté ses rêves de musique. Deux jeunes femmes, deux univers parallèles qui se font écho, deux intrigues.

Dans ce « mélodrame tropical », c’est ainsi qu’il se présente, Karim Aïnouz dresse un portrait féroce d’une société étouffante. L’atmosphère est moite, d’une épaisseur presque sensible grâce à la palette de couleurs, plutôt sombre. Nous ne sommes pas dans un Brésil coloré et ensoleillé, mais entre des murs couverts de mousse et de moisissures, dans des intérieurs bourgeois où les miroirs renvoient des cris muets qui rappellent la douleur de celui de Munch, dans les intérieurs pauvres des déclassés. Des miroirs - comme dans cette scène extraordinaire où les deux sœurs se croisent sans se voir dans un restaurant -, des portes, des couloirs qui contribuent à enfermer les âmes. Des sexualités niées (hallucinante scène de la nuit de noces d’Euridice), des amours impossibles, des vies construites sur des mensonges.

Júlia Stockler (Guida) et Carol Duarte (Euridice), les deux comédiennes du film, en mai 2019 à Cannes.
Júlia Stockler (Guida) et Carol Duarte (Euridice), les deux comédiennes du film, en mai 2019 à Cannes. RFI

Architecte et plasticien de formation, Karim Aïnouz aime à explorer la matière, les couleurs, à rendre sensibles les corps. Comme dans ses précédents films de fiction, depuis Madame Satã ou encore Le ciel de Suely, il travaille sa palette. Lui qui raconte volontiers avoir été élevé par des femmes, aime mettre en scène des personnages féminins forts comme Guida et Euridice. Le film est d'ailleurs une libre adaptation du roman d'une écrivaine, la journaliste-romancière Martha Batalha (paru en 2015). Des femmes qui ne désespèrent jamais de vivre leurs rêves malgré la toile dans laquelle elles sont engluées.

À écouter aussi : Karim Aïnouz était l'invité du Rendez-vous Culture de RFI le 9 décembre

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