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Littérature

Dans «Le consentement», V. Springora raconte «l'ogre» Gabriel Matzneff

Le livre de Vanessa Springora revient sur l'emprise qu'a eu l'écrivain pédophile Matzneff lorsqu'elle était adolescente.
Le livre de Vanessa Springora revient sur l'emprise qu'a eu l'écrivain pédophile Matzneff lorsqu'elle était adolescente. AFP Photo/Martin BUREAU

C’est le livre dont tout le monde parle en cette rentrée littéraire de janvier. Il sort ce jeudi 2 janvier en librairie et s’intitule Le consentement. Il est signé de Vanessa Springora et publié chez Grasset. L’histoire d’une relation sous emprise entre une adolescente et un écrivain connu, quinquagénaire, pédophile dans les années 1980.

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Vanessa Springora raconte son histoire, celle d’une adolescente de 13/14 ans, en manque de père, qui va rencontrer « ce que les contes de fées nous apprennent à redouter dès l’enfance, un ogre » écrit-elle. Cet ogre-là est un écrivain célèbre des années 70/80, séduisant, en grâce dans le milieu littéraire, politique et journalistique, il est ouvertement pédophile et d’ailleurs ses relations sexuelles avec de très jeunes filles et garçons en France ou à l’étranger sont la matière première de ses livres.

Le procès d’une époque ?

C’est le procès de l’hypocrisie de toute une époque que fait Vanessa Springora dans Le consentement, une époque où sous couvert du slogan de mai 68 « il est interdit d’interdire » on oublie de protéger les plus vulnérables.

Le livre est d’une grande justesse de ton, on le sent douloureusement mûri. Il permet à l’autrice de se réapproprier son histoire, volée par un prédateur sexuel. Vanessa Springora a aujourd’hui 47 ans et pendant des années elle n’a pu s’accorder le statut de victime. Parce qu’il est très difficile d’admettre qu’on a été abusée quand on a été consentante.

►À lire aussi : L'affaire Matzneff, vers le #Metoo du milieu littéraire français ?

À 13 ans, il est très facile d’être séduite par un homme, certes sulfureux, ses penchants pédophiles sont connus, mais auréolés d’un prestige intellectuel. Surtout lorsqu’il vous fait une cour assidue, vous attend jour après jour à la sortie du collège, vous envoie des lettres d’amour. Elle mord à l’hameçon, il l’initie sexuellement, elle vit avec lui à l’hôtel, se dit « transie d’amour », se déscolarise, refuse de se séparer de lui, une situation que sa mère finira par accepter. Tout comme l’institution scolaire qui sait, mais ne dit rien, l’hôpital où elle fait un séjour, la brigade des mineurs qui ne poussent pas l’enquête très loin.

On est dans les années 80, mais la loi interdit les relations sexuelles avec un mineur de moins de 15 ans. Et pourtant Gabriel Matzneff va initier, isoler, manipuler sa proie. Vanessa Springora décrit le mécanisme d’emprise sur une jeune personnalité en construction, la dépossession, la tromperie, le harcèlement et l’impression de salissure tenace. Vanessa devient une initiale V. dans plusieurs livres de l’écrivain, il décrit leur relation publie ses lettres. D’objet sexuel, elle devient objet littéraire. Le consentement est sa façon à elle de « prendre le chasseur à son propre piège pour l’enfermer dans un livre ».

Une onde de choc et les excuses de Bernard Pivot

Le journaliste littéraire incontournable des années 80 et 90 exprime ses regrets de n’avoir pas eu les mots qu’il faut alors qu’il recevait sur son plateau Gabriel Matzneff. Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux le montre en train d’interviewer l’écrivain d’un ton badin, évoquant tout sourire l’attirance de l’écrivain pour les mineurs. La seule à s’insurger sur le plateau est une femme, l’autrice canadienne Denise Bombardier. « Il m’aurait fallu beaucoup de lucidité et une grande force de caractère pour me soustraire aux dérives d’une liberté dont s’accommodaient tout autant mes confrères de la presse écrite et des radios » se défend Bernard Pivot.

C’est la remise du prix Renaudot à Gabriel Mazneff en 2013 qui a poussé Vanessa Springora devenue éditrice à rédiger ce récit glaçant.

Elle assure ne pas avoir envie d’être la porte-parole de quoi que ce soit. Et elle s’étonne que les multiples victimes de Gabriel Matzneff aujourd’hui âgé de 83 ans ne se soient jamais manifestées. Sa parole en libérera peut-être d’autres.

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