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Arts

Kiki Smith à la Monnaie de Paris, la féminité sous toutes ses formes

Kiki Smith : « Untitled III (Upside-Down Body with Beads), 1993. Photo: Ellen Page Wilson.
Kiki Smith : « Untitled III (Upside-Down Body with Beads), 1993. Photo: Ellen Page Wilson. © Kiki Smith, courtesy Pace Gallery

C’est une star aux États-Unis, mais encore méconnue chez nous. Plus d’une centaine d’œuvres inédites de l’Américaine Kiki Smith, 65 ans, sont montrées pour la première fois en France. Avec ses sculptures, dessins et tapisseries entre mythes et réalités, l’artiste dévoile son univers poétique et cérébral dans une exposition à la Monnaie de Paris.

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Kiki, de son vrai nom Chiara, est la fille de Tony Smith, la star de l’art minimal. Sa vocation naît à l’enfance. Elle apprend autant en bricolant pour son père des prototypes qu’en regardant la Lune. Kiki Smith préfère les lueurs incertaines de l’entre chien et loup, les ambiguïtés des contes de fées, au ciel bleu.

« Kiki Smith a été très fascinée par les contes de fées que son père lui lisait quand elle était petite, explique Lucia Pesapane, la commissaire de l’exposition. Et aussi par tout un univers qui puise ses racines dans le Moyen-Âge avec ses bestiaires et ses imaginaires. Il y a ces récits merveilleux qu’on retrouve dans ses œuvres à la fois poétiques et oniriques. Aujourd’hui, le travail de l’artiste est sur tous les planètes, la cosmologie, les astres, la Lune. Donc, c’est plus apaisé. »

La féminité sous toutes ses formes

Que ce soit par l’apaisement ou la douleur, Kiki Smith s’inspire de la lumière des éclipses ou des étoiles, pour créer des personnages étranges. Elle les fait naître dans la tapisserie, la cire, le bronze, la terre cuite, le verre, le papier, voir même le liquide. Son désir de représenter la féminité sous toutes ses formes passe par l’utilisation de matériaux négligés par l’art contemporain. À la Monnaie de Paris, le visiteur est guidé par un cortège de corps en situation : ici, une femme crucifiée mimant le Christ croise une sorcière brulée sur un bucher.

« Pour Kiki Smith, la sorcière est la femme indépendante, rebelle, libre. Si l’on réfléchit, toutes les femmes assassinées entre le XIVe et le XVIe siècle étaient des femmes célibataires, sans enfants, qui n’acceptaient pas le patriarcat. Kiki Smith aime vraiment la femme qui n’essuie aucune domination. Parfois, elle aime se déguiser en tant que sorcière. Il y a cette fascination envers cette figure qu’on retrouve représentée dans ses sculptures et dessins. »

Kiki Smith: “Sleeping, Wandering, Slumber, Looking About, Rest Upon” (2009-2019).
Kiki Smith: “Sleeping, Wandering, Slumber, Looking About, Rest Upon” (2009-2019). © Kiki Smith, courtesy Pace Gallery

Une artiste féministe

Avec cette rétrospective, la Monnaie de Paris balaye quarante ans de carrière d'une artiste engagée. Kiki Smith fut l’une des premières artistes à placer la femme au cœur de l'art. Son œuvre, entre mythes et réalités, à la fois poétique et cérébrale, l’a érigée en artiste féministe.

« Kiki Smith commence à travailler sur la scène artistique de New York à la fin des années 1970/88 où toutes les batailles féministes sont vraiment très présentes dans la société. Et en tant que femme assez contestataire, féministe, politique, on retrouve dans l’exposition des œuvres qui font référence à son propre corps de femme nous rappelant les fluides corporels : les larmes, le sang… Aujourd’hui encore, tout son travail montre que des femmes. »

L'union des corps avec la nature

Son travail ressemble à une quête romantique de l’union des corps avec la nature, les animaux et le cosmos. Ses liens déconcertants entre l’infiniment grand et l’intime corporel sont parfois paradoxaux. Ils lui inspirent les métamorphoses troublantes de ses sculptures où s’enlacent femme et animal, ou encore une femme émergeant du cadavre d’un loup éventré, évocation de la suite du conte du petit chaperon rouge.

« Cela montre une sorte d’hybridation entre femme et animaux, rappelleLucia Pesapane. C’est un message d’actualité, vu toutes les batailles écologiques, le réchauffement climatique. Dans l’exposition, une salle est dédiée à Sainte Geneviève et le loup. Sainte Geneviève étant la patronne de Paris. Elle essaie de retrouver cette paix entre femme et animal. Apaisée, elle cherche à retrouver une harmonie perdue entre nature et culture. »

Kiki Smith sera la dernière exposition d’art contemporain à la Monnaie de Paris. Après, la Monnaie de Paris renonce à sa programmation d’art contemporain pour essayer de rentabiliser davantage ses espaces. On aurait préféré que d’autres artistes continuent à les ensorceler.

► Kiki Smith, exposition à la Monnaie de Paris, jusqu’au 9 février

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