Accéder au contenu principal
Cinéma / Maroc

«Adam», le film courageux de Maryam Touzani sort au Maroc

Nisrin Erradi dans « Adam », de la réalisatrice marocaine Maryam Touzani.
Nisrin Erradi dans « Adam », de la réalisatrice marocaine Maryam Touzani. © Ad Vitam

Ce film très engagé pour les droits des femmes raconte l’enfer des mères célibataires au Maroc. Après sa sélection officielle au Festival de Cannes et avoir remporté dix-sept prix dans des festivals internationaux, « Adam », le premier long métrage de la Marocaine Maryam Touzani, sort ce mercredi 15 janvier dans les salles au Maroc, trois semaines avant sa sortie en France.

Publicité

« Je fais partie de ces personnes qui ont envie de dire les choses. » En tant qu’actrice, Maryam Touzani a toujours affronté ses rôles avec un grand courage. Dans le film-phénomène Razzia, co-écrit avec son mari, le réalisateur Nabil Ayouch, elle incarne l’héroïne avec un goût certain pour la transgression. Sans oublier ses courts métrages et documentaires sans compromis sur la prostitution au Maroc ou l’exploitation des enfants. Avec son premier long métrage, tourné dans la Médina de Casablanca, elle reste fidèle à elle-même.

À travers de nombreux plans rapprochés, Maryam Touzani exprime à l’écran une vision très personnelle de l’histoire de Samia, une jeune femme enceinte, non mariée et en plein désarroi. Rejetée par la société, elle veut donner son futur enfant à l’adoption. Un jour, elle frappe à la porte d’Abla, pâtissière, et elle-même mère qui élève seule sa fillette de 8 ans. Adam est une dénonciation franche de la situation des mères non mariées au Maroc.

« Pour les mamans, c’est l’enfer »

« La pire des choses qui peut arriver à une femme au Maroc, c’est d’être enceinte sans être mariée. Jusqu’en 2004, les enfants nés hors mariage étaient invisibles, c’est-à-dire ils n’avaient pas d’identité. Cela a changé. Mais même s’ils ont une identité, on sait qu’ils sont des enfants nés hors mariage. C’est un fardeau qu’ils portent toute leur vie. Ils sont toujours montrés de doigt. C’est très difficile. Vous ne pouvez pas imaginer. Pour les mamans, c’est l’enfer. »

L’envie de réaliser ce film très engagé a surgi à un moment très précis de sa vie, quand elle était enceinte de son enfant. « Quand j’ai commencé à écrire ce film, je commençais à sentir mon enfant bouger à l’intérieur de moi. Quinze ans avant, j’ai fait une rencontre avec une jeune mère célibataire que mes parents avaient accueillie. J’ai vécu tout cela avec elle : l’expérience de la maternité et puis cet enfant qu’elle devait abandonner. À l’époque, cela m’a profondément bouleversée et marquée. Quinze ans après, j’ai ressenti dans ma chair et compris beaucoup de choses par rapport à la maternité et à ce que cette femme pouvait ressentir. Là, j’avais un besoin de raconter. »

La Marocaine Maryam Touzani, réalisatrice du film « Adam » qui sort le 15 janvier au Maroc et le 5 février en France.
La Marocaine Maryam Touzani, réalisatrice du film « Adam » qui sort le 15 janvier au Maroc et le 5 février en France. Siegfried Forster / RFI

« J’adore l’intime »

Dans sa façon à donner aux images un temps d’infusion extrêmement long, on ressent son envie profonde de rester très près du personnage, de nous immerger dans cette histoire intensément émotionnelle. « Moi, ce que j’adore, c’est l’intime. J’adore l’intérieur des personnages. J’ai envie de pouvoir creuser, entrer sous leur peau, pénétrer leur âme, les raconter de la manière la plus 'vraie' possible, le plus proche de ce qu’ils sont intérieurement. »

Et quand « l’intérieur » sort sous forme d’un bébé, cela donne deux séquences incroyables avec le nouveau-né Adam au centre. Peut-être les scènes les plus longues jamais tournées avec un bébé dans l’histoire du cinéma.

« Pour moi, c’était essentiel de découvrir cet enfant réellement, nous, en tant que personnes qui regardent le film, en même temps que cette femme qui découvre son enfant. J’avais envie de prendre le temps, qu’on puisse s’arrêter et être dans ce qu’elle voyait dans le détail, dans ce qu’elle ressentait. Pour moi, c’était très important afin d’arriver à aller vraiment dans son intérieur, pour voir ce que la maternité était. Je voulais laisser cette scène imposer son rythme et aussi laisser cet enfant imposer son rythme à lui aussi. »

Le suspens des réactions au Maroc

Reste à savoir comment les Marocains vont ressentir et accueillir ce film d’une grande beauté émotionnelle et surtout intransigeant sur la terrible situation des mères célibataires au Maroc. Au royaume, avortement et relations sexuelles hors mariage restent lourdement condamnés par la loi.

 

NewsletterAvec la Newsletter Quotidienne, retrouvez les infos à la une directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.