Accéder au contenu principal

«Les lycéens… et les nazis», la résistance oubliée d’une jeunesse française

«Les lycéens, le traître et les nazis», un film de David André, présenté au Festival international du documentaire (Fipadoc), du 21 au 26 janvier, à Biarritz.
«Les lycéens, le traître et les nazis», un film de David André, présenté au Festival international du documentaire (Fipadoc), du 21 au 26 janvier, à Biarritz. © Fipadoc 2020

C’est l’histoire héroïque, tragique, mais oubliée d’une centaine de lycéens et étudiants à Paris. Pour lutter contre les nazis sous l’Occupation, les membres du Corps franc Liberté ont risqué leur vie. Au Fipadoc, à Biarritz, le documentariste David André rappelle, avec « Les lycéens, le traître et les nazis », le sens et l'importance de leur engagement.

Publicité

Ils ont distribué des tracts, cassé des portraits du maréchal Pétain, se sont montrés solidaire avec les juifs et ont contribué à préparer le débarquement des Alliés… Malgré leur courage et leur sacrifice au nom d’une société plus humaine, l’histoire de ces jeunes Français prêts à mourir est aujourd’hui occultée. Entretien avec David André, sur son film Les lycéens, le traître et les nazis, présenté en compétition au Festival international du documentaire (Fipadoc) de Biarritz.

RFI : Vous avez sciemment intitulé votre documentaire Les lycéens, le traître et les nazis, sachant qu’on avait beaucoup entendu parler des nazis, très souvent aussi de la collaboration et des traîtres si l’on pense aux histoires des femmes tondues après la Libération, mais très peu de la résistance lycéenne. Pourquoi ce sacrifice ultime d’une centaine de jeunes est pratiquement tombé dans l’oubli ?

David André : Je ne sais pas pourquoi cette histoire de lycéens n’a pas encore été traitée jusqu’à aujourd’hui. C’est étrange, parce que c’est quand même l’histoire importante et majeure d’un grand réseau de résistance lycéenne contre les nazis sous l’Occupation à Paris. Donc, je suis un peu étonné qu’il n’y a pas eu de film avant moi. Il y a eu quelques livres écrits par des historiens du Centre de la France, puisque c’est là qu’a eu lieu la tragédie. Ces historiens m’ont dit que cette tragédie de La Ferté-Saint-Aubin s'est passée le même jour que le grand massacre commis par le régiment SS « Das Reich » à Oradour-sur-Glane [624 hommes, femmes et enfants tués, NDLR], le 10 juin 1944. C’est peut-être la raison pour laquelle on ne se souvient pas de cette histoire de lycéens résistants massacrés.

Qu'était ce Corps franc Liberté ?

Dans les réseaux de résistance, il y avait des secteurs « Intelligence » : le renseignement, l’espionnage, qui faisaient remonter beaucoup de données, notamment à Londres. Et puis, il y avait des secteurs « Action », avec des gens prêts à faire des sabotages, à se battre, à prendre les armes dans des conditions très risquées. Les corps francs étaient des unités destinées à prendre un jour des armes. Le jour où il y aurait le soulèvement général, il fallait être prêt. Et ces lycéens faisaient partie d’un de ces Corps franc Liberté. Ils étaient jeunes : 15, 16, 17 ans, mais formés à la clandestinité et à la lutte armée.

Votre film commence avec des images spectaculaires du débarquement des Alliés. Est-ce que c’était facile de trouver des images de lycéens de cette époque ?

C’était très difficile, puisque, évidemment, les lycéens de l’époque n’avaient pas d’iPhones… Il y a très peu d’images, à part de quelques images de la propagande du régime de Vichy qui collaborait avec l’Allemagne et parlait du « redressement national de la jeunesse », etc. Donc, il n’y a pas d’images. C’était toute la difficulté de ce projet. Comment raconter cette histoire extraordinaire, alors qu’il n’y a que très peu d’images. Pour cela, j’ai eu recours à un dispositif de création afin de redonner vie à l’histoire de ce réseau de lycéens résistants.

Vous faites rejouer les paroles et les actes de ces résistants par des jeunes d’aujourd’hui. Pour vous, est-ce aussi une histoire pour aujourd’hui ?

L’écrivain français Georges Bernanos disait en 1938 : « C’est la fièvre de la jeunesse qui maintient le monde à température ambiante. » La Résistance a été un mouvement de jeunesse, puisque les gens de 30 ou 40 ans avaient peur de perdre leur crédit, leur fortune. Quand on a 16-17 ans, on est plein d’idéal. Et il y a peut-être des résonances avec aujourd’hui où l’on voit des mouvements de jeunes qui se soulèvent contre le dérèglement climatique, certaines injustices économiques, etc. C’est intéressant de regarder, aujourd’hui, ce qui s’est passé il y a 75 ans.

Votre documentaire raconte aussi l’histoire du lycéen traître, qui avait permis à la Gestapo de capturer, déporter et exécuter les jeunes résistants. Quel est l’importance du message du traître pour aujourd’hui ?

Dans le film, le traître, juste avant d’être exécuté, se confie à un abbé. Il lui dit : « Dites bien aux jeunes de faire attention de ne pas faire comme moi, qui ai mené une mauvaise vie ». Alors, on peut penser qu’il le fait aussi pour plaire à l’abbé ou l’abbé lui-même a retransmis ses écrits dans le but de tourner la réalité de façon un peu confession. Néanmoins, c’est intéressant de voir que ce personnage du traître est assez fragile. Les traitres sont souvent des gens fragiles.

Quelle place occupe aujourd’hui, dans la mémoire collective française, le massacre des jeunes résistants français du 10 juin 1944 à La Ferté-Saint-Aubin ?

Très étonnamment, vu le nombre et la jeunesse des victimes, vu les circonstances de ce drame, cet événement majeur est relativement peu commémoré. Un collège-lycée à Paris le commémore chaque année, puisqu’il y a de nombreux élèves de ce collège qui ont été exécutés. Et puis, il y a une grande cérémonie chaque année dans les bois de Sologne, vers la forêt d’Orléans, qui rend hommage à l’héroïsme extraordinaire de cette jeunesse.

À lire aussi : « La guerre des enfants », l’épicentre d’un séisme national

Les lycéens, le traître et les nazis, un film de David André, présenté au Festival international du documentaire (Fipadoc), qui se tient du 21 au 26 janvier à Biarritz, dans le sud-ouest de la France.

NewsletterAvec la Newsletter Quotidienne, retrouvez les infos à la une directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.