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Fipadoc 2020 / Cinéma / Turquie / Femmes

Fipadoc: «Queen Lear», quand une paysanne turque devient roi

« Queen Lear », documentaire de la cinéaste turque Pelin Esmer, présenté au Fipadoc 2020.
« Queen Lear », documentaire de la cinéaste turque Pelin Esmer, présenté au Fipadoc 2020. © Fipadoc 2020

Une troupe de théâtre parcourt les villages les plus reculés de la Turquie. Les comédiennes sont des paysannes. Résultat : et les femmes sur scène et les villageois rencontrés sortent transcendés du spectacle. Un documentaire éminemment précieux et percutant de la cinéaste turque Pelin Esmer.

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de notre envoyé spécial à Biarritz,

Hélas, Queen Lear, cette aventure d’une adaptation fulgurante du Roi Lear, de Shakespeare, vécue par un théâtre ambulant turque ne se retrouve pas au palmarès du Festival international du documentaire (Fipadoc) à Biarritz qui ferme ce dimanche 26 janvier ses portes. En revanche, la métamorphose des paysannes par la force du théâtre reste une expérience à partager. Entretien.

RFI : Dans votre documentaire Queen Lear, une des paysannes-comédiennes s’exclame : « Moi, je serai le roi ». Que se passe t-il quand une femme devient le roi ?

Pelin Esmer : Comme vous voyez dans le film, en tant que femme, elle joue un vrai roi. Elle est là et incarne le roi. C’est extraordinaire. Elle reste elle-même et devient roi. Je pense c’est ça un royaume : pouvoir rester soi-même. Et cette femme dans le film reste elle-même quand elle joue le roi. Donc, quand le roi devient une femme, bien sûr, il y a des éléments féminins qui se rajoutent : par exemple, le roi se soucie plus de ses enfants. Mais, au final, il y a des choses qui ne changent jamais, comme notre envie d’être aimé.

Dans la vie normale, ces comédiennes sont toutes des paysannes ou anciennes paysannes. Depuis 16 ans, elles vont chaque année pendant un mois en tournée avec leur théâtre ambulant dans des villages en Turquie. Comment sont-elles devenues comédiennes ?

Je les ai rencontrées, il y a 14 ans, deux ans après la création de leur troupe de théâtre. Elles ont regardé pour la première fois une pièce de théâtre quand le metteur en scène a fait du théâtre avec leurs enfants à l’école. Elles ont été tout de suite fascinées et se sont dit : « si les enfants sont capables de faire du théâtre, nous aussi, nous pouvons le faire ». Après, elles ont convaincu le directeur de l’école d’avoir également des cours de théâtre. En 2005, quand j’ai lu dans un journal cette histoire, je voulais absolument les rencontrer pour en faire un film. Ce premier film raconte comment elles ont créé une pièce sur leurs propres histoires personnelles. Depuis, elles ont beaucoup tourné et continué à faire du théâtre, malgré le fait que leur vie n’est pas facile.

Et 14 ans après, vous vous êtes de nouveau rencontrées.

Cette fois pour faire un film sur leur adaptation du Roi Lear dans des villages encore plus petits que leur propre village. Une fois arrivées dans ces endroits reculés, elles parlent aux villageois, aux femmes, et elles leur disent : « regardez, je suis une villageoise comme vous. Puis-je vous aider avec votre vache ou autre chose ? Après, venez me voir au théâtre ! » Cette démarche a une force incroyable. Cela montre que l’art est intemporel, sans limites et fait du bien aux gens.

Quand elles affirment : « le théâtre est ma liberté », à quelle liberté pensent-elles ?

La liberté d’exprimer leurs sentiments, de dire et raconter ce qu’elles ressentent. La liberté de partir en tournée, de laisser leurs maris et enfants à la maison et d’obtenir la permission de quitter leur travail pendant un mois. C’est une liberté que beaucoup n’ont pas. Donc, elles se sentent libres de partir et jouer du théâtre. Et elles se sentent libre de s’exprimer.

Elles s’installent avec leur théâtre ambulant et leurs chaises pour le public dans les villages, mais, au-delà du théâtre, elles y apportent également leur liberté, des discussions, des conseils, des avis sur le vivre-ensemble. Avec leur théâtre, changent-elles les villageois ?

On verra. Si leurs tournées continuent, je crois que oui, s’il y a plus de femmes qui s’impliquent… et cela ne doit pas être nécessairement du théâtre. Cela peut être aussi autre chose permettant aux femmes de s’exprimer ou de se sentir mieux. Si ces tournées avec leur théâtre ambulant continuent, je suis sûre qu’il y aura des changements.

Nous assistons aussi à des discussions philosophiques entre elles, sur le destin. Avec une conscience grandissante qu’elles peuvent changer leur vie. Peut-on résumer la philosophie de ces femmes avec l’expression : « yes, she can » ?

C’est comme faire de l’art. Si tu as une forte volonté, tu peux surmonter les obstacles. Il faut juste la préparation et l’équipement nécessaires pour cette épreuve. Elles ont montré qu’elles sont capables de le faire. « Yes, they can » !

► Queen Lear, documentaire de Pelin Esmer, présenté au Fipadoc 2020.

À lire aussi : Festival d'Avignon: quand le théâtre donne une nouvelle place aux spectateurs


Le palmarès du Fipadoc 2020 :

  • Grand prix documentaire international : « The Human Factor », de Dror Moreh (RoyaumeUni)
  • Grand prix documentaire national : « Danser sa peine », de Valérie Müller (France)
  • Grand prix documentaire musical : « Once Aurora », de Stian Servoss et Benjamin Langeland (Norvège)
  • Grand prix impact : « 21 Days Inside », de Zohar Wagner (Israël)
  • Ina prix Smart : « Traveling While Black », de Roger Ross Williams, Félix Lajeunesse, Paul Raphaël, Ayesha Nadarajah (Canada)
  • March LA.B prix du courtmétrage : « Obon », d’André Hörmann, Anna Samo (Allemagne)
  • Prix Erasmus + Jeune création : « For Eunice », de Jaan Stevens (Belgique)
  • Prix du Public : « Sous la Peau », de Robin Harsch (Suisse)

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