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Reportage

Les Caretos de Podence, le carnaval des diables

Sur les murs de Podence, les Caretos veillent...
Sur les murs de Podence, les Caretos veillent... RFI/Marie-Line Darcy

Dans le nord-est du Portugal, le petit village de Podence maintient la tradition des « épouvantails humains » depuis des siècles. Reportage.

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De notre correspondante au Portugal,

D’abord c’est le son assourdissant des sonnailles qui évoque l’arrivée d’un énorme troupeau. Puis on aperçoit des silhouettes aux couleurs criardes. Les Caretos qui surgissent entre les maisons en schiste du village de Podence, dans la région de Trás-os-Montes (nord-est) provoquent une débandade. Seul le regard qui se devine par les fentes du masque terrifiant qu’ils portent apporte un peu d’humanité à ces personnages au nez étrangement aigu. Qui sont ces démons bruyants et sautillants qui effraient les villageois ? On ignore leur origine exacte, mais les Caretos font partie de Podence depuis la nuit des temps.

C’est à carnaval et uniquement à ce moment-là que les diables parcourent les rues du village de 180 habitants. Les Caretos - leur nom vient des sonnailles qu’ils portent à la ceinture - n’existent que pour effrayer et distraire. Ils perpétuent ainsi un rite ancestral lié au cycle de la fertilité. Leurs proies sont essentiellement les jeunes femmes, qu’il faut choquer, littéralement. Le Careto se déhanche et frappe de ses sonnailles les hanches des demoiselles prises au piège. La symbolique n’échappe à personne. La drôle de danse ponctuée de hurlements et de rires est celle d’Eros et Thanatos . Elle n’a d’autres buts que de repousser l’hiver, espérer de belles récoltes avec le retour du printemps, et bien sûr, engendrer la nouvelle génération.

Un culte païen qui a résisté

Les Caretos de Podence s’inscrivent dans la une tradition assez répandue dans le nord du Portugal, qui commence au 1er novembre et se termine à carnaval. Mais les costumes de Podence n’existent pas ailleurs. Aucun texte ancien ne vient éclairer l’histoire du jeu de rôle. Pour certains chercheurs, le rite trouve ses origines dans le peuple celte. C’est ce qui explique les similitudes avec d’autres rituels rencontrés d’est en ouest en Europe, en suivant la route de migration de cette civilisation. D’autres chercheurs penchent plutôt pour l’influence romaine et les fêtes des Lupercales. Elles étaient données en l’honneur du dieu Luperco, être curieux empruntant au loup et au bouc, être maléfique.

À la maison du Careto (musée) de Podence, on conserve un patrimoine hors du commun.
À la maison du Careto (musée) de Podence, on conserve un patrimoine hors du commun. RFI/Marie-Line Darcy

À l’approche de l’équinoxe de printemps, les hommes emmenaient les plus jeunes dans la forêt pour qu’ils s’y perdent et rentrent seuls au village. Le rite d’initiation permettait d’assurer la relève générationnelle. Aujourd’hui encore, les garçons de Podence, revêtus du costume traditionnel, accompagnent les aînés et apprennent par mimétisme les gestes et les assauts des diables caretos. Luperco, inspirateur de carnaval, était si admiré que l’Église dès qu’elle l’a pu l’a transformé en Saint. Et quel Saint ! un certain Valentin.

Laine rouge, verte et jaune : un lien social imputrescible

À Podence, chaque famille possède un ou deux costumes de Careto. Il se transmet de père en fils, et d’oncle en neveu. Les costumes anciens sont soigneusement conservés au sein des familles, ou maintenant au musée du village ouvert en 2004. Ils sont confectionnés sur mesure, à la demande. On taille d’abord une combinaison dans d’épaisses toiles à matelas, très solides.

Ensuite le costume est cousu de longues bandes de boucles de laine, rouges, jaunes et vertes. La capuche possède une longue tresse qui descend jusqu’aux mollets. Un harnais de cuir sur la poitrine reçoit deux ou quatre cloches, tandis que six ou huit grosses sonnailles ornent la ceinture. Enfin l’attirail est complété par un masque en laiton peint en rouge ou en noir, et parfois en cuir. Un costume de Careto de Podence vaut entre 500 et 700 euros selon la qualité des matériaux utilisés.

Des jeunes reprennent l'activité de confection des costumes et des masques.
Des jeunes reprennent l'activité de confection des costumes et des masques. RFI/Marie-Line Darcy

Un carnaval qui résiste à la désertification

Podence aujourd’hui a des allures de village abandonné. Les habitants sont âgés, et les maisons contemporaines des immigrés restent fermées la plupart du temps. L’exode rural a frappé le territoire. Mais pour carnaval le village revit : on vient de loin pour perpétuer la tradition, endosser le costume familial du Careto. Car si l’on mime l’agression, le rapt des femmes, si on répand la terreur en hurlant comme des bêtes sauvages, on aime surtout retrouver la famille et les amis, au cours des ripailles de saison.

Les habitants s’unissent face à la dureté des conditions de vie. Faute de Caretos, le carnaval a bien failli disparaitre dans les années 1980.Sauvé de l’oubli il a été inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco en 2019. Une fierté.

Un carnaval en évolution

Aujourd’hui un couple de jeunes s’est installé à l’entrée du village pour confectionner costumes et masques. On les vend aux visiteurs qui chaque année se pressent pour assister à l’action des Caretos. En 2019 Carnaval a réuni plus de 30 000 personnes, et l’évènement prend des allures de Festival. Les défilés a son des cornemuses et des tambours, les reconstituions et les bals animent Podence. Les Caretos eux continuent de fondre sur leur proie pour l’encercler en poussant des hurlements et en faisant tintinnabuler leurs sonnailles. Après tout et comme le dit le dicton portugais : « C’est carnaval, personne ne peut le prendre mal ».

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