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Narcisse Pelletier, le Vendéen qui devint aborigène, en exposition à Nantes

Affiche de l'exposition «Narcisse Pelletier, mousse vendéen perdu en terres océaniennes» au Muséum d'histoire naturelle de Nantes.
Affiche de l'exposition «Narcisse Pelletier, mousse vendéen perdu en terres océaniennes» au Muséum d'histoire naturelle de Nantes. Muséum d'histoire naturelle de Nantes

Une très curieuse exposition se tient jusqu'au 25 mai 2020 au Muséum d’Histoire naturelle de Nantes dans l'ouest de la France. Elle retrace l’histoire du mousse vendéen Narcisse Pelletier, abandonné à quatorze ans par les siens en Australie, où il est adopté par un aborigène avant d’être ramené de force dans l'hexagone en 1875.

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« Ils sont tous morts, puisque c’était il y a si longtemps. » Voilà ce que répète cet homme de 31 ans qui peine à retrouver sa langue maternelle, quand les marins anglais lui disent que ses parents, ses frères et sœurs, se réjouiront de revoir celui qui a disparu dix-sept ans plus tôt, peu après le naufrage du navire où il officiait comme mousse, sur un îlot au large de l’île Rossell, dans l’archipel des Louisiades.

Partis dans une chaloupe jusqu’aux côtes de l’actuel Queensland, qu’ils atteignent après douze jours, le capitaine Pinard et quelques marins, dont le jeune Narcisse, cherchent alors de l’eau et de la nourriture. Ils ont laissé à leur sort les coolies chinois qu’ils transportent. Ceux-ci mourront presque tous massacrés par les habitants de l’île. Sur les côtes australiennes, ils abandonnent aussi le mousse de 14 ans.

Un témoignage unique sur les aborigènes du Nord-Est australien

À Constant Merland, un médecin à qui il racontera son histoire peu après son retour, Narcisse Pelletier explique que dans un premier temps il craint d’être mangé par des sauvages. La réalité est toute autre. Les guerriers qu’il rencontre lui portent non seulement assistance, mais l’intègrent à leur groupe. Il devient le fils adoptif de l’un d’eux.

Le récit de Narcisse Pelletier, même filtré par la plume conforme aux a priori du temps de Constant Merland, demeure le plus ancien témoignage ethnographique sur les Pama Mangkana, ou Sandbeach people, qui vivent dans la péninsule du Cap York, dans le nord-est de l’Australie.

Narcisse subit probablement des rites d’initiation sur lesquels il garde le silence. Son corps est scarifié, son nez et son oreille percés pour y recevoir des parures. Totalement intégré au groupe, il tombe dans le subterfuge des marins du John Bell qui entrent en contact avec eux en 1875. Ayant découvert un blanc parmi ce groupe aborigène, les Anglais demandent à ce qu’il vienne seul retirer les cadeaux qui leur ont été promis. Personne ne se méfie. Une fois à bord, Narcisse est littéralement enlevé.

Un bonheur impossible ?

Sur le bateau, alors qu’il n’est allé à l’école que jusqu’à l’âge de dix ans, Narcisse Pelletier retrouve d’abord à l’écrit l’usage du français. Il rédige une lettre où il raconte les circonstances de sa disparition. Elle commence ainsi : « Papa, maman, je ne suis pas more je suis vivant narcise getente abore du saint paul de boredaux ».

À son retour en Vendée, alors qu’un grand feu de joie est organisé à Saint-Gilles-sur-Vie1, Narcisse se lance devant une assistance médusée dans une danse aborigène. Il devient gardien de phare puis employé au port de Saint-Nazaire. Malgré un mariage qui restera sans enfant, l’image d’un homme taciturne, en exil dans son pays natal, le poursuit jusqu’à sa mort en 1894, à l’âge de 50 ans.

Thomas Duranteau, qui a réalisé les illustrations de lexposition, est un enfant du pays. Lorsqu’il était petit, son grand-père racontait que son propre grand-père était présent lors du retour de Narcisse. Historien de formation, il a mené avec Xavier Porteau, pour la réalisation du livre et de l’exposition, une longue recherche documentaire. Les photographies qu’il a choisies ont toutes été réalisées in situ par des anthropologues et ont été soumises avant publication à un triple protocole d’autorisation : de la part des ayants droit, de la part du musée et de celle enfin des descendants des personnes représentées. Le travail artistique repose ainsi sur une base solide de connaissance et de respect, à mille lieues des clichés coloniaux qui abondent dans le roman à succès que François Garde a consacré à cette histoire.

Au-delà du caractère spectaculaire du destin de Narcisse Pelletier, Thomas Duranteau revient sur ce qui demeure à ses yeux la question essentielle posée par ce double exil : « Est-ce qu’il est arrivé à être heureux quelque part et comment ? »


Exposition au Muséum d’histoire naturelle de Nantes, Narcisse Pelletier, mousse Vendéen perdu en terres océaniennes.

Thomas Duranteau et Xavier Porteau, Narcisse Pelletier, la vraie histoire du sauvage blanc, texte de Constant Merland, Elytis, 2017.

Pour les anglophones : Stephanie Anderson, The Forgotten Castaway of Cape York, Melbourne Books, 2012. Et aussi, de Sven Lindqvist, Terra Nullius, Les Arènes, 2007.

Note : (1) commune aujourd’hui rattachée à Saint-Gilles-Croix-de-Vie.

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