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Molière version 2020: «L’Oiseau en cage»

Lors de l’enregistrement de « L'Oiseau en cage », une pièce contemporaine écrite d'après Molière par Emmelyne Octavie, interprétée par les comédiennes et comédiens de la Comédie-Française.
Lors de l’enregistrement de « L'Oiseau en cage », une pièce contemporaine écrite d'après Molière par Emmelyne Octavie, interprétée par les comédiennes et comédiens de la Comédie-Française. © Anthony Ravera / RFI

Et si Molière vivait aujourd’hui ? Quand « L'École des femmes » devient « L'Oiseau en cage », une pièce contemporaine écrite d'après Molière. Un inédit joué avec délectation par les comédiennes et comédiens de la Comédie-Française. La troisième création radiophonique « Réécrire Molière » est diffusée et publiée ce jeudi 26 mars en exclusivité sur l’antenne et le site de RFI. 

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À la veille de ses 400 ans, l'auteur de L'Avare, du Misanthrope ou de L’École des Femmes est incontestablement l'auteur français le plus joué dans le monde. Son théâtre est le socle du répertoire de la Comédie-Française depuis sa création en 1680, mais l'universalité de son œuvre est attestée du Cameroun au Venezuela, de Port-au-Prince à Berlin.

Molière n'appartient à personne ou plutôt appartient à tout le monde, des metteurs en scène les plus réputés aux compagnies amateurs et chacune de ses pièces épingle un sentiment ou un travers humain à tel point que ses personnages sont devenus des substantifs. Faire l'Harpagon, être un Monsieur Jourdain ou un Tartuffe, devenir Misanthrope. Sans parler de ses répliques qui traversent les siècles : « Ma cassette, ma cassette ! » « Le petit chat est mort ! » « Mais que diable allait-il faire dans cette galère ! » En quelques mots comme en cent, Jean-Baptiste Poquelin serait donc moderne.

Les contraintes pour réécrire Molière

Convaincus de cette modernité, une dizaine d'autrices et d'auteurs de théâtres francophones se sont emparés de dix des pièces de Molière pour leur faire subir un petit électrochoc ou plutôt une distorsion spatio-temporelle ainsi résumée : si Molière vivait aujourd'hui, de quoi parlerait-il ? Avec quel vocabulaire et quelle langue ?

Pendant une dizaine de jours ces écrivain.e.s se sont confrontés au défi de réécrire Molière, de l'adapter et de le raccourcir dans le cadre du projet 10 sur 10, orchestré par l'association Drameducation, le centre international de théâtre francophone en Pologne créé par un ancien professeur passionné, Jan Nowak, et sa complice Iris Munos. Depuis neuf ans, déjà, cette structure organise des résidences où, pendant dix jours, chacun doit écrire une pièce de dix pages pour dix personnages avec pour objectif d'être utilisée en classe pour des apprenants en français.

Ainsi fut fait aussi Molière sous l'œil exigeant du conseiller littéraire de la Comédie-Française, Laurent Muhleisen, qui avait fixé trois règles supplémentaires : conserver le nom des personnages, respecter l'intrigue initiale et « parler d'aujourd'hui ». Ainsi L'École des femmes devenue L'Oiseau en cage devient un pamphlet féministe contre le mariage forcé et la pédophilie sous la plume d’Emmelyne Octavie, Le Misanthrope une mise en abîme sur l'orgueil et la rivalité orchestrée par Dorothée Zumstein imaginant que Molière lui-même vient assister incognito à des répétitions de sa pièce. Enfin, la Canadienne Isabelle Hubert imagine l'ultime fourberie de Scapin avec Le procès où elle égratigne au passage la corruption et la cupidité. Ces trois premières pièces ont été enregistrées par les Comédiens-Français. Les autres suivront après l'épidémie de Covid-19.

 

Lors de l’enregistrement de « L'Oiseau en cage », une pièce contemporaine écrite d'après Molière par Emmelyne Octavie, interprétée par les comédiennes et comédiens de la Comédie-Française.
Lors de l’enregistrement de « L'Oiseau en cage », une pièce contemporaine écrite d'après Molière par Emmelyne Octavie, interprétée par les comédiennes et comédiens de la Comédie-Française. © Anthony Ravera / RFI

Dans le grand salon Mounet Sully de la Comédie-Française, les Comédiens-Français, qui connaissent leur auteur sur le bout des doigts, ont donc joué le jeu de dire Molière autrement, avec la langue d'aujourd'hui où l'on parle hashtag, Netflix, un peu de verlan et quelquefois en alexandrins. Bonheur des décalages et des collisions, pour Loïc Corbery ou Françoise Gillard, il est évident que l'esprit du grand homme est respecté.

Avant d'être statufié, d'avoir donné son nom à la langue elle-même qui se parle dans le monde francophone, Molière fait un théâtre de son temps, « il y a donc une logique à l'actualiser pour que chacun comprenne qu'il parle aussi du nôtre », confie Laurent Mulheisen. Avis partagé par Jan Nowak, l'initiateur du projet qui se réjouie que des jeunes du monde entier puisse apprendre le français à partir de ces textes qui emmèneront ensuite les jeunes locuteurs à découvrir les pièces de Molière. « Il manque la langue, la si belle langue de ce XVIIe siècle », estime Pierrette Crouzet Daurat, la cheffe de la mission du développement et l'enrichissement de la langue française à la DGLFLF. « Molière, c'est d'abord une langue ».

Ces pièces de la collection 10 sur 10n'ont pas la prétention de se substituer à celles de Molière, mais de servir de porte d'entrée vers ce théâtre classique, de première marche vers l'apprentissage du français avec la certitude que les jeunes élèves comme les auditeurs sauront goûter la pertinence des situations et le bonheur du jeu. À écouter les Comédiens-Français, le plaisir du texte est une maladie virale !

 À écouter à partir du jeudi 26 mars 2020 à 13 h 30 (TU) : Réécrire Molière (3): L’Oiseau en cage

► À écouter aussi : Réécrire Molière (2): Le Misanthrope

► À écouter aussi : Réécrire Molière (1): Les Fourberies de Scapin

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