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Coronavirus: #CartooningForSolidarity, des dessins contre le Covid-19

Dessin du dessinateur Le Hic (Algérie) - Cartooning for Peace
Dessin du dessinateur Le Hic (Algérie) - Cartooning for Peace © Le Hic

Comment lutter contre le coronavirus ? Pour Cartooning for Peace, le réseau international de dessinateurs de presse engagés, le Covid-19 se combat aussi avec l’humour et l’impertinence du dessin, et à travers la solidarité à l’échelle mondiale. Le caricaturiste Patrick Lamassoure alias KAK nous explique l’initiative #CartooningForSolidarity.

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RFI : En tant que caricaturiste et président de Cartooning for Peace, vous avez lancé l’initiative #CartooningForSolidarity. Quel est le rôle d'un dessinateur au temps du coronavirus ?

KAK : Notre rôle est - comme dirait le président de la République - celui de la « troisième ligne », ceux qui ne sont pas directement sur le front, n’occupent pas des métiers essentiels pour subvenir aux besoins alimentaires, mais continuent quand même à faire leur travail pour que l’information continue à circuler.

L’initiative #CartooningForSolidarity répond à trois objectifs : faire rire, informer, passer des informations par un dessin. L’idée est de souligner toutes les actions qui peuvent être faites par le genre humain pour s'entraider, s'appuyer, accompagner ceux qui sont sur le front, ceux qui sont malades ou souffrent, de montrer aussi qu’il y a de la solidarité internationale. Le rôle d'un dessinateur peut être aussi de ne pas se moquer uniquement du négatif, mais aussi de souligner par des dessins la solidarité qui peut et doit exister entre nous dans cette période de crise.

Parmi les dessins publiés dans le cadre de #cartooningforsolidarity, le dessinateur Le Hic avait publié en Algérie les superhéros de l’époque du coronavirus. Au Kenya, Gado avait appelé tout le monde avec son crayon « Restez chez vous ! » Quel est l’impact d’un dessin dans la lutte contre le coronavirus ?

C’est toujours difficile de démontrer par une méthode «scientifique» - un mot important en ce moment [rires]  – qu’un dessin a changé les comportements. Pour cela, il faudrait des centaines de témoignages qui vous disent : « Grâce à vous, j’ai arrêté ceci » ou « Grâce à vous, j'ai commencé à faire cela ». En revanche, on voit bien que les dessins sont extrêmement bien partagés, parce que, comme tout ce qui est un peu humoristique, cela permet de s’évader.

Dessin du dessinateur Gado (Kenya) - Cartooning for Peace
Dessin du dessinateur Gado (Kenya) - Cartooning for Peace © Gado

Mais souvent, il s’agit de beaucoup plus qu'une simple évasion.

Il y a plusieurs dessinateurs qui ne se sont pas contenté de faire que des « gags », juste pour faire rire. Quand on parle de superhéros, il y a un dessin fabuleux d’un dessinateur américain. Ric McKee a dessiné [le 18/3/2020, ndlr] superman dans son fauteuil à la maison. Une femme lui dit : « Mais tu comptes vraiment rien faire contre ce virus ? » Lui, dans son fauteuil, répond : « Si, justement, je suis en train de le faire ». Ce dessin permet à la fois de rire et de passer un message fort: vous voyez, être un héros, cela peut consister tout simplement à respecter les consignes du confinement et de rester chez vous.

Le dessinateur français Kristian a dessiné des bourgeois confinés dans leur maison, à côté de leur piscine et leur jardin gigantesque. Le mari dit à sa femme : « C’est une période difficile Marie-Chantal, mais dites-vous bien que tous les Français sont logés à la même enseigne ! »

#CartooningForSolidarity Le dessinateur KAK sur le rôle du caricaturiste au temps du coronavirus

Beaucoup de dessinateurs risquent tous les jours d’être conspué, arrêté, condamné ou même jeté en prison. Existe-t-il des pays où c’est dangereux de publier un dessin pour lutter contre le coronavirus ?

Il y a de nombreux pays. Il y a la notion d’oppression quand on se trouve dans un territoire avec un régime autoritaire qui ne supporte pas la contradiction. À partir du moment où un dessin cherche à faire rire, il crée un décalage. Le dessinateur incite le public à se poser des questions, à prendre du recul, même si c'est avec humour. On a encore beaucoup de régimes autoritaires dans le monde qui ne supportent pas ça. Cela peut être la Russie, la Turquie, de nombreux pays musulmans, par exemple l'Arabie saoudite, l'Iran. En Chine, les dessinateurs n’ont pas une véritable liberté d’expression. Mais c’est aussi le cas dans d’autres pays qu’on ne soupçonne pas comme le Nicaragua, le Venezuela, les Philippines, même le Brésil n'est pas évident en ce moment...

Pouvez-vous nous donner un exemple concret par rapport au coronavirus ?

Sur la question des dessinateurs menacés, je citerais deux exemples. Au tout début de la pandémie, il y a eu une polémique à propos d’un dessin réalisé par Niels Bo Bojesen. Ce dessinateur danois a tout simplement remplacé les étoiles sur le drapeau chinois par des virus jaunes. Pour moi, ce dessin ne se moque pas de la Chine. Il dit que le virus se répand, au départ, par la Chine. Ce dessin a fait une tempête sur Twitter, de la part d’internautes chinois pour qui, c’était blessant, parce qu’ils pensaient qu’on se moquait des malades et ils pensaient qu’on cherchait à dégrader l’image des Chinois. Ce dessin a vraiment créé une césure entre le monde chinois et le monde européen ou occidental.

Dessin de KAK, publié le 1/4/2020 dans le journal L’Opinion.
Dessin de KAK, publié le 1/4/2020 dans le journal L’Opinion. © KAK

Autre exemple, dans le journal indien The Hindu, Deepak Harichandan dessinait tout simplement des terroristes à tête de virus. Donc, il a transformé le virus en terroristes prenant en otage les citoyens. Cela a créé une polémique, parce qu’il a habillé le virus en jihadiste. Des communautés musulmanes en Inde ont mal compris le dessin. Ils ont considéré que c’était une manière de dégrader l’islam, même si le dessinateur a parlé de terroristes et pas de musulmans. Le journal a dû demander au dessinateur de «corriger» le dessin, de manière que le virus ressemble à des personnages filiformes et ne portent aucune tenue ethnique particulière.

Quel sera le dessin de #cartoonforsolidarity du vendredi 3 avril ?

Je ne peux pas vous décrire le dessin, puisqu’il faut que je l’invente. Mon sujet sera : pendant cette période de crise, chacun doit balayer devant sa porte. Donc, décrypter toutes ces personnes qui estiment que leurs thèses sont enfin justifiées par la crise, à juste titre… ou pas. J’ai mon sujet, je vais maintenant chercher les idées.

► Le site pour soutenir #CartooningForSolidarity

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