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L’espace virtuel du Jeu de Paume: «Il n’y aura pas de retour en arrière»

Le Jeu de Paume, centre d'art dédié à l'image, ici en mai 2020, dispose aussi d'un espace virtuel, resté ouvert pendant la fermeture.
Le Jeu de Paume, centre d'art dédié à l'image, ici en mai 2020, dispose aussi d'un espace virtuel, resté ouvert pendant la fermeture. © Siegfried Forster / RFI

Au Jeu de Paume, centre d'art dédié à l'image, à Paris, la fréquentation de l’Espace virtuel a bondi depuis février de 93%. Même après le confinement, « la tendance va être un partage en ligne », affirme Marta Ponsa, responsable des projets artistiques et de l’Espace virtuel de ce lieu consacré à la photographie, à la vidéo, aux films d’artistes et aux nouvelles technologies. Entretien.

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RFI : Connaissez-vous déjà la date de la réouverture du Jeu de Paume ?

Marta Ponsa : Je ne la connais pas. Elle ne va pas avoir lieu en 2020, mais plutôt en 2021, parce que nous avions déjà prévu un programme de grands travaux dans le bâtiment qui devait avoir lieu cet été.

Avec votre Espace virtuel, peut-on dire que le Jeu de Paume restait ouvert même pendant le confinement et la fermeture du musée ?

C’est notre fenêtre, notre proposition artistique en ligne qui était toujours visible et accessible. La fenêtre du Jeu de Paume était l’espace virtuel avec notre collection d’œuvres que nous avons entamé depuis douze ans déjà. Nous avons aussi une revue, un magazine en ligne, proposant des articles de réflexion, des vidéos et des contenus en écho à nos expositions, mais aussi à l'univers du visuel, de l’image.

En tant que commissaire d’exposition et responsable de l’Espace virtuel du Jeu de Paume, quel est pour vous l’enseignement le plus important de cette période du confinement ?

Pour moi, l’enseignement est que l'accès à l’Internet, aux réseaux, aux fibres haut débit, devient presque aussi nécessaire que les branchements à l’électricité ou à l’eau. C’est notre accès au monde culturel, à nos lectures, à la communication avec nos proches, la famille et le monde. Sans parler des achats... Cela devient un bien nécessaire. Et si l’on n’a pas accès à ce bien nécessaire, on est handicapé.

Et concernant l’art et la création culturelle ?

Là, l’enseignement est qu'il faut qu’on soit de plus en plus préparé, nous et toute la communauté avec laquelle on travaille : les artistes, les commissaires, les critiques d’art... Il faudra qu’on produise des contenus intéressants, innovateurs, critiques, pour être vus en ligne. Cela mérite une réflexion, cela nécessite un travail, une conception. Il faut trouver de nouvelles plateformes plus créatives, plus innovantes. Jusqu’ici, l’Espace virtuel était un de nos espaces d’exposition peut-être les plus discrets, même s'il était accessible depuis le monde entier.

Aujourd’hui, il a une très grande importance. Il devient notre seule fenêtre artistique et proposition artistique au monde. Ce détournement fera qu’on donnera de plus en plus d’importance et de moyens à ces espaces de créations en ligne. Ce sont des espaces virtuels, mais très réels.

Écouter Marta Ponsa, responsable de l'Espace virtuel du Jeu de Paume, sur les enjeux après l'expérience du confinement et des fermetures des musées.

Le musée du Louvre a multiplié par dix la fréquentation de son site pendant la période du confinement. Quel est le bilan du Jeu de Paume pour l’Espace virtuel depuis février ?

La fréquentation de l’espace virtuel a enregistré une forte augmentation [+93 %], ainsi que le magazine en ligne [+47 %] qui continue à publier de nouveaux contenus. Et l’actuel projet dans l’espace virtuel, burningcollection.tv, de Lauren Huret, connaît également une fréquentation extraordinaire par rapport à la fréquentation habituelle.

De quelle façon, burningcollection.tv est-il un projet représentatif pour l’Espace virtuel du Jeu de Paume ?

Burningcollection.tv est une pièce commandée à l’artiste française Lauren Huret pour faire écho à l’exposition Le supermarché des images. Dans cette exposition, on parlait de la grande quantité d’images avec laquelle on habite. Lauren Huret a réalisé burningcollection.tv avec l’aide du collectif Fragmentin, des artistes et développeurs suisses. Il s’agit de trouver en temps réel les cinq vidéos les plus échangées et de mélanger les flux de ces cinq vidéos en créant une espèce de cacophonie visuelle. C'est un peu la synthèse de notre univers visuel actuel. Lauren choisit un mot clé qu’elle change tous les jours, et ces vidéos répondent aux mots clés du moteur de recherche de cette plateforme en ligne.

En tant que co-commissaire du Supermarché des images, avez-vous le sentiment qu’avec le confinement que nous sommes parfois devenus encore plus les esclaves des images ?

C’est une question difficile, parce que nous sommes des esclaves, mais on crée aussi des images et on donne de la visibilité à notre quotidien. Je n’ai jamais vu autant de vidéos échangées sur les plateformes autour de nos vies privées, sur comment faire pour passer le temps du confinement : des vidéos humoristiques, politiques, engagées... C’est à double tranchant. Les images sont quand même devenues indispensables pour communiquer entre nous. Donc, on est esclave, mais on en crée aussi pour communiquer, pour parler du réel. C’est devenu une nécessité.

En 2016, vous avez travaillé sur l’exposition Soulèvement, notamment sur les soulèvements numériques. Aujourd’hui, quelles sont les nouvelles formes numériques et artistiques de se regrouper pour changer l’art et/ou la société ?

Ce qui me frappe, c’est la grande quantité des contenus échangés, ils n’ont pas tous le même intérêt ou la même qualité, mais ils ont été faits pour être échangés en ligne. Je pense que cela ouvre aussi un terrain de jeu pour les artistes. Les artistes et les développeurs peuvent aussi créer des projets et des programmes qui s’infiltrent dans ces espaces virtuels et réels à la fois. Je trouverais intéressant de suivre ces envies pour savoir vers où ces envies nous amènent.

Depuis le confinement, de plus en plus de musées et galeries ont créé des espaces numériques et des visites virtuelles. Selon vous, quels seront les changements à venir pour les espaces virtuels ?

J’ai pu constater qu’il y a beaucoup plus de partages de contenus qui étaient gardés dans les archives. Ils vont être de plus en plus partagés. Jusqu’à maintenant, ils étaient monétisables ou réservés à des chercheurs, à des spécialistes et des programmateurs pour les présenter dans leurs programmations sur place. Donc, il y aura de nouvelles plateformes curatoriales, de nouvelles plateformes vidéo, pour donner une visibilité à des contenus déjà existants. Au sein des structures avec des collections vidéo - par exemple la Cinémathèque française, le Centre Pompidou ou d’autres musées à l’international - ils ont partagé leur collection. C’est un élargissement des possibilités d’accéder aux collections et aux contenus. Et là, il n’y aura pas de retour en arrière.

Le public, comment a-t-il réagi ?

On est parti sur une voie où le public a besoin et envie d’avoir un accès aux contenus à la maison, à l’écran dans leur maison, parce que les déplacements publics, dans des lieux de cinéma ou de spectacle, ils vont être assez réduits. Donc, la tendance va être un partage en ligne. La tendance va être de trouver et de développer des aperçus différents des réalités virtuelles, de nouveaux contenus qui seront adaptés à ces nouvelles plateformes de perception. On va avoir besoin de percevoir l’art et les arts visuels autrement.

L’Espace virtuel du Jeu de Paume

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