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France: le gouvernement s'attaque à la discrimination raciale à l'embauche

La secrétaire d'État à l'Égalité hommes-femmes et à la lutte contre les discriminations, Marlène Schiappa.
La secrétaire d'État à l'Égalité hommes-femmes et à la lutte contre les discriminations, Marlène Schiappa. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Une réunion interministérielle se tient ce jeudi 6 février pour élaborer une stratégie nationale contre les discriminations raciales à l'embauche. En France, selon une étude, des candidats ayant un nom maghrébin ont 20 à 30 % de chances en moins d'être embauchés que d'autres portant un nom franco-français.

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Il a fallu un an et des candidatures par milliers à Mohamed, 25 ans, pour trouver un poste dans son secteur, le marketing digital. Sur la suggestion d'un ami, il a même changé son prénom sur son CV. « Bizarrement, après quatre mois sans réponse, j'en ai reçu quatre. Sauf qu'une fois que mon prénom a été découvert, ça a été un retournement de veste. Les questions qu'on m'avait posées m'ont été reposées, avec un ton plus négatif, douteux, très hautain... On ne m'a même pas fait rencontrer les directeurs comme prévu, continuer l'entretien comme prévu... »

La discrimination à l'embauche peut concerner un nombre infini de critères. Les femmes ou encore les handicapés peuvent par exemple en être victimes. Mais la stratégie nationale que le gouvernement tente d'élaborer concerne essentiellement la discrimination raciale : des personnes qui postulent à un poste et qui, parce qu'elles ont un nom à consonance étrangère, ou parce qu'elles n'ont pas la peau blanche, sont jugées moins favorablement, voire éliminées d'office. En clair, du racisme dans le cadre de la recherche d'un travail.

La secrétaire d'Etat à l'Egalité hommes-femmes et à la Lutte contre les discriminations, Marlène Schiappa, rassemble donc à partir de ce jeudi des ministres, des députés et des acteurs associatifs du secteur pour tenter de trouver des réponses à mettre en œuvre.

20 à 30 % de chances en moins

Car le témoignage de Mohamed est aussi parlant que tristement classique. En effet, le problème est loin d'être nouveau. Cela fait même plusieurs dizaines d'années que le phénomène est documenté, prouvé, analysé et qu'il subsiste. L'étude la plus récente a été publiée le mois dernier. Près de 18 000 candidatures fictives ont été adressées à une centaine de grandes entreprises dans six régions de France. À chaque fois, deux profils identiques : l'un avec un nom franco-français, l'autre avec un nom maghrébin.

Les conclusions sont édifiantes. « Julien Garnier, par rapport à Mohammed Chetou, on est sur des différences de 20 à 30 % », explique l'économiste Yannick l'Horty, de l'Université Paris-Est-Marne-la-Vallée, qui a coordonné cette étude. « Ce sont des différences importantes, qui font que ça va être beaucoup plus compliqué d'accéder à un entretien d'embauche, puis de trouver un emploi. On a aussi fait d'autres campagnes dans lesquelles on a testé d'autres origines : les pénalités les plus affirmées sont plutôt pour des patronymes qui suggèrent une origine d'Afrique subsaharienne. On a des pénalités un peu moins fortes pour les candidats d'origine maghrébine, et encore un peu moins forte pour les candidats d'origine asiatique. »

Publier le nom des entreprises en faute

Une quinzaine de grosses entreprises a été pris – si l'on peut dire – en flagrant délit de discrimination raciale massive à l'embauche. Mais la liste sur laquelle elles apparaissent appartient à l'État, qui a commandé l'étude. Ses auteurs, comme Yannick l'Horty, peuvent parler des résultats scientifiques, mais n'ont pas le droit de communiquer les noms des entreprises concernées. Or, leur publication n'est à ce jour pas prévue, en dépit des promesses de la secrétaire d'Etat en charge de ces questions, Marlène Schiappa.

C'est pourtant précisément un « name and shame » que demandent les acteurs du secteur. « Nommer et faire honte », en espérant que cette mauvaise publicité forcera les fautifs à évoluer. Il y a deux ans, la chaîne d'hôtels Accor avait par exemple été citée par la ministre Myriam El Khomri. Il serait évidemment intéressant de voir si son nom sort à nouveau.

Fondateur de Mozaïk RH, un cabinet de recrutement alternatif qui lutte justement contre les discriminations à l'embauche, Saïd Hammouche demande à l'État de publier le nom des entreprises en faute. Mais il demande aussi beaucoup plus. « Dans la durée, les discriminations à l'embauche ne sont pas traitées par les politiques publiques, estime Saïd Hammouche. A chaque fois ce sont des opérations "one shot", de tel ou tel ministre qui va sortir son initiative. On a besoin par exemple d'un Observatoire, d'organisations qui puissent faire des testings toute l'année... tant qu'on n'aura pas un service public avec des effectifs disponibles qui s'occupent de ce sujet d'une manière durable, on ne peut pas garantir une progression sérieuse. »

Les discriminations à l'embauche sont choquantes, moralement. Elles sont aussi absurdes économiquement. France Stratégie, un centre de réflexion rattaché au Premier ministre, estimait en 2016 à plus de 300 milliards d'euros le manque à gagner pour le pays.

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