Accéder au contenu principal
Chronique de Jean-Baptiste Placca

Déjà fâché, Kagamé va s’énerver

Audio 02:41

En d’autres temps et dans un contexte moins ambigu, Paul Kagamé serait sans doute déjà devenu une icône de la jeunesse africaine, si admirative devant les dirigeants de « petits » pays qui osent défier les « puissants » et les « grands ». Le chef de l’Etat rwandais est en colère et l’a fait savoir. L’objet de son courroux : un projet de rapport particulièrement accablant (du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme). Il porte sur des exactions présumées de l’Armée patriotique rwandaise durant ses campagnes de 1996 et 1997 au Zaïre, l’actuelle RD Congo. Il y est question de « génocide », commis contre des Hutu rwandais réfugiés à l’Est du Zaïre.

Publicité

Pour contrecarrer la publication de la version définitive de ce document, Paul Kagamé brandit une menace qui fait trembler le Palais de verre de Manhattan : le retrait de ses troupes des missions de maintien de la paix de l’ONU, dont quelque 3 350 soldats déployés au Soudan. Un désastre, à quatre mois d’un inquiétant référendum d’autodétermination au Sud-Soudan !

Cette menace valait convocation. Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU s’est donc précipité, cette semaine, à Kigali, avec une célérité qui en dit long sur les rapports de force dans cette affaire.

Il n’empêche. Le fait, pour Kagamé, de brandir de telles menaces face à des accusations aussi graves est quelque peu troublant. Comme est troublante la démarche de Ban Ki-moon qui, par peur de se retrouver en déficit de casques bleus, est allé à Kigali couvrir d’éloges une armée par ailleurs mise en cause dans le projet de rapport en question. Si ces soldats ont commis les crimes dont on les accuse, alors, il est tout simplement irresponsable de les garder sur un théâtre d’opération comme le Soudan.

L’on se serait attendu à ce que les autorités de Kigali démontent tout ce qui les accable dans ce projet de rapport, ou qu’elles demandent une contre-enquête. Car l’opinion commence à avoir l’habitude des colères de Paul Kagamé, chaque fois qu’il lui est demandé de s’expliquer. Pour l’instant, cela marche encore. Mais il faudra bien qu’un jour, le chef de l’Etat rwandais accepte que la justice enquête sur tout ce que lui prêtent, à tort ou à raison, des personnes ou institutions qu’il considère comme mal intentionnées.

Au regard de la gravité de certaines de ces accusations, il ne peut pas continuellement se contenter, selon une formule populaire en Côte d’Ivoire, de dire qu’il est déjà fâché, et que si l’on ne cesse pas de lui chercher des histoires, il va… s’énerver !

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.