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Aujourd'hui l'économie

Le printemps arabe, une révolution pour l’élite ?

Audio 03:24
Manifestation étudiante au Caire, le 9 mai 2014.
Manifestation étudiante au Caire, le 9 mai 2014. REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

Au moment où l'Egypte semble retrouver un peu de stabilité avec l'élection du président Sissi, retour sur la genèse des printemps arabes ou plutôt sur le contexte socio-économique qui a favorisé l'éclosion de ces révolutions car, selon les travaux présentés mercredi 4 juin à Toulouse par un chercheur américain, il y a bien une dynamique sociale à l'œuvre dans toutes les révolutions.

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En fait personne n’a été capable de prévoir ces révolutions. Il est impossible de repérer l’étincelle qui va faire exploser la cocotte. En revanche, on peut mesurer la pression dans la marmite, et voir si elle est corrélée à un certain nombre de facteurs socio-économiques. C’est ce que le chercheur américain Peter Turchin a fait en construisant son modèle dans le pays qu’il connaissait le mieux, les Etats-Unis. Pour prendre le pouls de la société américaine de 1780 à 2009, il a établi une courbe de l’instabilité sociale en agrégeant les émeutes, les attentats, les opérations de lynchages et puis il a mesuré l’évolution du bien-être pendant cette période en s’intéressant au revenu des ménages, mais aussi au chômage, à la santé, à la démographie, à l’élite du pays. L’agitation sociale atteint son paroxysme aux Etats-Unis avec la guerre de Sécession au début des années 1860.

Cette montée des troubles sociaux correspond à une phase d’appauvrissement de la classe populaire

Les revenus baissent fortement, parce que la main-d’oeuvre devient surabondante avec l’immigration très dynamique à cette période. L’espérance de vie, elle aussi, recule ; on voit même que la taille moyenne des Américains diminue pendant cette période de plus en plus troublée. En revanche, l’élite du pays prospère à la faveur de la baisse généralisée du coût du travail. Sauf que cette classe dominante est en quelque sorte victime de son succès, une partie de l’élite en surnombre est frustrée de ne pouvoir accéder au pouvoir. Ce surplus d’élites va profiter de l’insatisfaction généralisée pour exiger sa part du gâteau et alimenter le mécontentement. Selon Peter Torchin, ce n’est pas forcément un antagonisme Nord-Sud qui débouche sur la guerre civile, mais bien l’insatisfaction des plus pauvres d’un côté conjuguée à celle de l’élite de l’autre qui mènent au conflit.

Ce modèle s’applique-t-il à l’Egypte ?

C’est ce que soutient Peter Torchin. Il n’a pas fait pour l’Egypte une étude statistique aussi fouillée. Mais il constate que beaucoup de facteurs socio-économiques sont similaires. La pression démographique est très forte en Egypte, et il y a bien ce phénomène concomitant d’appauvrissement de la grande masse de la population d’un côté et de l’autre cette élite en surnombre, formée à l’université, mais exclue du pouvoir puisqu’il est monopolisé depuis des décennies par le clan Moubarak. Selon Peter Torchin, l’élection du président Sissi n’a pas fondamentalement transformé le pays socialement. Tant que les conditions structurelles n’auront pas été modifiées, le baromètre social continuera à indiquer de fortes pressions.

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