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Invité Afrique

Clément Kanku Bukasa: le chef d’Etat sortant doit avoir une immunité

Audio 05:21
Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo.
Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. Wikipédia

L'élection présidentielle est prévue pour 2016 en République démocratique du Congo (RDC). En théorie, le président sortant Joseph Kabila ne peut pas se représenter, mais certains responsables de son camp politique l’encouragent à lancer une réforme de la Constitution, afin de pouvoir être candidat. Pour convaincre le président de ne pas se laisser entraîner dans un tel processus, l’opposant Clément Kanku Bukasa, qui dirige le MR, propose d’établir un statut des anciens chefs d’Etat. Il suggère que la loi offre des garanties aux présidents sortant, pour que ceux-ci ne soient pas tentés de se maintenir au pouvoir. Clément Kanku Bukasa, est interrogé par Laurent Correau.

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RFI : Pourquoi faut-il mettre en place un statut des anciens chefs d’Etat au Congo ?

Clément Kanku Bukasa : Nous pensons qu’il faut ôter aux chefs d’Etats africains tout prétexte de se maintenir absolument au pouvoir parce que, soi-disant qu’en quittant les affaires, ils ont un avenir incertain, qu’il y aura certainement des règlements de comptes. C’est pourquoi nous estimons qu’il faut absolument accorder ces statuts particuliers – vous voyez la jeune démocratie dans laquelle nous sommes aujourd’hui -, pour assurer une véritable alternance, pour sécuriser notre démocratie. Il faut absolument que ces chefs d’Etats se sentent à l’aise pour quitter leur mandat quand il se termine, pour quitter leur fonction quand il se termine, et ne surtout pas céder à certaines sollicitations venant de leurs courtisans, qui ne savent pas comment ça va se passer le lendemain.

Si on offre certaines garanties au président Joseph Kabila, il ne sera pas tenté de se représenter ?

Je pense vivement que le président de la République est certainement entre deux feux. [Il y a] ceux qui veulent absolument qu’il puisse se maintenir aux affaires. Dans sa famille politique, vous avez suivi vous-même la cacophonie qu’on a vue entre les ténors de la révision constitutionnelle, du référendum et même ceux qui disent publiquement qu’il ne faut pas toucher à la Constitution. Il faut le mettre dans une disposition psychologique qui lui permet de rentrer dans l’histoire du Congo par la grande porte. Mais dans son entourage aussi, ceux-là devront comprendre aussi qu’il n’y aura pas de chasse à la sorcière. Ceux qui se sont bien comportés ne seront pas poursuivis inutilement. Et cela va servir d’exemple à d’autres qui seront là demain et qui seront aux affaires demain.

Quelles sont les principales garanties qu’il faut offrir à un président ?

Les principales garanties sont des garanties d’ordre sécuritaire d’abord. On doit assurer sa sécurité et il faut lui garantir cette sécurité. Il faut absolument qu’il ait une garde rapprochée. Quand on assume certaines fonctions d’Etat, on n’a pas que des amis. Il ne faudra pas que demain, si c’est nous qui sommes aux affaires, nous l’opposition aujourd’hui, il ne faudra pas que demain on nous dise que parce que Joseph Kabila a lâché le pouvoir, il a eu des petits soucis sur le plan sécuritaire.

Est-ce qu’il faut garantir une forme d’immunité à un chef d’Etat sortant ?

Il faut des immunités aux chefs d’Etat sortants pour que cela soit une garantie sur le plan personnel.

Mais est-ce que du coup, on ne garantit pas son impunité par la même occasion ?

Non, je dis qu’il y a des faits répréhensibles, des faits imprescriptibles. Je donne un exemple : un chef d’Etat se retrouve dans une situation de crimes contre l’humanité, comment pourriez-vous faire pour qu’il puisse en échapper ? Nous disons que nous allons répertorier les immunités du chef d’Etat, nous allons faire un travail sérieux pour que [celui] soit sécurisé sur les plans des immunités, mais que cela ne soit pas un boulevard accordé pour qu’il puisse s’adonner à n’importe quelle activité en se disant qu’il aura des immunités après.

Vous faites donc la promotion de ce statut des anciens chefs d’Etat. Où en est la procédure par rapport à ce projet ?

Dans quelques jours, nous allons l’introduire officiellement et nous attendrons que cela soit aligné dès la rentrée parlementaire parce que c’est quand même une matière qui a un caractère urgent. Et je suis certain que nous n’allons pas trouver d’obstacles au niveau de la majorité présidentielle parce que cela serait inconcevable que des gens qui pensent qu’ils sont aux affaires aujourd’hui ne puissent pas eux-mêmes travailler pour que le lendemain soit plus rassuré pour leurs propres leaders politiques.

Autre sujet dans l’actualité politique congolaise : vous appelez à la tenue d’un dialogue entre le pouvoir et l’opposition. Sur quoi ce dialogue doit-il porter ?

Le calendrier électoral d’abord. Nous avons un calendrier qui aujourd’hui divise aussi bien l’opposition que la majorité. Il faut qu’on se mette d’accord sur le calendrier. Nous devons nous mettre d’accord sur la personne de l’Abbé Malu Malu qui est décrié par une grande partie des acteurs politiques. Nous devons en parler. Cela ne peut se faire qu’à travers un dialogue franc, la procédure même, le processus électoral.

Ce que propose maintenant l’abbé Malu Malu, dont certaines dispositions nous amènent à une révision constitutionnelle : nous devons en discuter avec les collègues de la majorité présidentielle pour ne pas tomber dans ce travers. La question des FDLR [Forces démocratiques de libération du Rwanda], c’est une question qui aujourd’hui perturbe l’espace politique congolais. Et le gouvernement veut absolument que les FDLR se retrouvent à Kisangani ou à l’Equateur alors qu’une bonne partie de la population ne veut pas que ça se passe ainsi. Ce sont des matières qu’il faut absolument traiter entre opposition et majorité. Certaines questions ont été abordées au niveau des concertations, mais nous estimons que le reste, nous pouvons en parler.

A la suite des concertations nationales, un gouvernement de cohésion nationale devait être formé dans votre pays. Comment expliquez-vous que ce gouvernement tarde à venir ?

Cette question, qui aujourd’hui préoccupe l’ensemble du peuple congolais, devrait trouver une réponse auprès de celui-là même qui a le pouvoir de mettre en place le gouvernement, qui a le pouvoir de nommer ce gouvernement, le chef de l’Etat lui-même […].

L’ensemble du gouvernement actuel était déjà sommé de ne pas prendre de grandes décisions. Mais nous voyons que ça fait plus de neuf mois que les gens attendent. C’est bien dommage parce que bien des choses sont bloquées aujourd’hui au Congo. […] Vous avez des dossiers qui sont bloqués. Il y a des grandes décisions qui ne sont pas prises parce que certains ministres se disent qu’ils ne peuvent pas prendre de grandes décisions, d’autant plus qu’on leur a intimé l’ordre de ne pas s’engager sur certaines choses.

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