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Invité Afrique

J.M. Guéhenno:«L'exemple du Burkina devrait faire réfléchir en RDC»

Audio 05:34
Jean-Marie Guéhenno, président et directeur général de l’International Crisis Group à compter du 1er septembre.
Jean-Marie Guéhenno, président et directeur général de l’International Crisis Group à compter du 1er septembre. RFI

Pendant huit ans, de 2000 à 2008, il a été le numéro 2 des Nations unies et le chef des opérations de maintien de la paix. Aujourd'hui, le diplomate français Jean-Marie Guéhenno préside l'ONG International crisis group. Que pense-t-il de l'action des casques bleus au Congo et au Mali ? Quelle est son opinion sur les chefs d’États africains qui veulent modifier leur constitution pour briguer un 3e mandat ?

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RFI : Jean-Marie Guéhenno bonjour. Après la chute de Blaise Compaoré est-ce qu’il peut y avoir un effet domino ?

Jean-Marie Guéhenno : un président qui essaie de changer la règle du jeu pour s’éterniser au pouvoir... je crois tous les chefs d’Etat africains devraient faire attention. Je pense que dans certains pays – je pense par exemple à la République démocratique du Congo – où on parle beaucoup de révision de la Constitution, c’est un exemple qui devrait faire réfléchir. C’est très important que la République démocratique du Congo ne change pas la règle du jeu.

Pensez-vous comme beaucoup d’hommes politiques, qu’après dix ou quinze ans de pouvoir il faut une alternance ?

Je le crois absolument. Le pouvoir isole dans tous les pays inévitablement ! Et donc on a toujours besoin de sang neuf.

Vous parlez de la République démocratique du Congo. En Occident, aux Etats-Unis, en Europe, beaucoup pensent que dans un tel pays il vaut mieux un régime stable qu’un régime démocratique.

Je crois que dans un pays comme le Congo, – qui est un pays très divers – c’est compliqué de gérer la démocratie. Mais je pense que la stabilité du Congo se réalisera le jour où les différentes composantes du pays pourront se retrouver dans les pouvoirs qui les dirigent dans les différentes provinces. Et que l’idée qu’une main de fer peut assurer la stabilité d’un pays comme la République démocratique du Congo, je ne crois pas que ce soit possible. On verrouille les tensions, on les ignore, mais elles ne disparaissent pas. On met un couvercle sur la cocotte-minute et un jour la cocotte-minute explose ! On l’a vu un certain nombre de fois.

En République démocratique du Congo il y a une force de l’Onu, composée d’environ 20 000 hommes. Mais que peuvent faire ces 20 000 Casques bleus pour la sécurité de quelque 60 millions de Congolais ?

Vingt mille hommes c’est un chiffre dérisoire. Ce qui est extraordinaire c’est que dans un certain nombre de circonstances ils aient pu faire une différence. On l’a vu récemment avec la brigade d’intervention qui a mis fin aux activités du M23 dans l’Est du pays. Mais même là, la force militaire, il a fallu qu’elle soit accompagnée d’un environnement politique. Et je dois dire que l’Onu n’aurait pas réussi ce qu’elle a réussi dans l’Est s’il n’y avait pas eu des forces congolaises courages, patriotes, qui ont joué un très grand rôle. Et puis il y a eu la pression politique pour qu’il n’y ait pas d’interférence de pays voisins au Congo. Et ça a été très important.

Autre force de l’Onu très critiquée, la Minusma au Mali. Et au ministère français de la Défense on s’étonne que seuls 25 % des Casques bleus soient au nord de la boucle du Niger.

Les troupes de la Minusma n’ont pas toujours les équipements nécessaires, l’entraînement nécessaire. Je pense qu’il faut un peu d’indulgence. Et moi je crois personnellement, que dans ce genre de missions difficiles il faut un appui, une capacité de soutien aussi, fournis par des troupes très bien équipées. Il faut que le risque soit partagé.

Et les Casques bleus ne peuvent pas remplacer les soldats français ?

Je crois qu’il y a une complémentarité. Une force comme la force française peut aider parce qu’elle peut être une sorte de force d’action rapide qui, quand il y a une difficulté quelque part, peut agir rapidement, monter en puissance. Ce qu’une force des Nations unies laissée à elle-même a beaucoup plus de mal à faire.

Avec la guerre au Nord-Mali, le Tchad est devenu un pilier de la stratégie régionale. Est-ce que cette place ne met pas le président Idriss Deby en position de force face aux Occidentaux qui pourraient lui demander de démocratiser son régime ?

Je crois que le Tchad effectivement a joué un rôle important dans un certain nombre d’opérations. Il a des forces aguerries qui connaissent bien notamment la guerre du désert. Je pense qu’il est très important pour l’avenir du Tchad que toutes les composantes de ce pays très divers soient représentées, aient une voix. Et donc je pense qu’au Tchad on a besoin d’évolution politique, que la sagesse pour le président Deby ce serait de le reconnaître et de faire une véritable ouverture dans ce pays.

Jean-Marie Guéhenno, quand vous étiez à l’Onu, vous supervisiez de multiples médiations. Est-ce que le facteur humain, ça compte ?

C’est décisif. Parce que la médiation ça repose sur la confiance que les partis vous font. Et donc il y a une grande dimension d’équation personnelle. Ne pas être arrogant, savoir écouter… Je dirais que Saïd Djinnit qui connaît très bien l’Afrique, qui a été Commissaire Paix et Sécurité de l’Union africaine – on le voit à l’œuvre maintenant dans les Grands Lacs – et pour une région qui a tellement besoin de paix, moi je me suis beaucoup réjoui quand j’ai vu qu’il était chargé de ce dossier difficile.

Dans quelques jours Abdou Diouf va faire ses adieux à la Francophonie. Est-ce que cette organisation n’est pas devenue trop politique et n’a pas tendance à s’occuper de médiation et d’affaires qui ne la regardent pas ?

Vous savez, il y a des personnalités qui peuvent apporter beaucoup. Le président Abdou Diouf est très respecté dans toute l’Afrique. Et donc je crois que quand on la chance d’avoir un secrétaire général de ce calibre à la tête de la Francophonie, ça aurait été dommage de ne pas l’utiliser. Il faut utiliser les capacités là où elles se trouvent. Là encore, l’équation personnelle compte.

Et qui a votre préférence pour la succession ?

Oh ! Ça, je me garderai de prendre une position là-dessus.

Vous présidez une fondation qui se dit indépendante. Mais est-ce que International Crisis Group n’est pas de droit américain et est-ce que de fait ce n’est pas une organisation pro-occidentale ?

C’est une organisation de droit américain, vous avez raison. Mais si vous regardez la liste de notre conseil d’administration, on a des personnalités d’Afrique du Sud, du Nigeria… On a des personnalités chinoises, des Indiens… On a eu Kofi Annan lui-même…

Notre souci et mon souci personnel, c’est que le Crisis Group ce soit vraiment le ministère des Affaires étrangères de tous ceux qui n’ont pas de ministère des Affaires étrangères. Notre rôle, notre crédibilité consiste à ne pas représenter les priorités d’un pays ou d’un autre. C’est de parler pour tous ceux qui n’ont pas toujours une voix à la table des négociations et d’essayer d’inventer, d’imaginer des solutions sur la base d’une connaissance solide des faits.

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