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Les mots de l'actualité

RÉCALCITRANT - 04/12/2014

Audio 03:27

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Des ministres récalcitrants ! Voici la formule, plutôt inattendue, avec laquelle on présente le limogeage de deux ministres israéliens – Tzipi Livni et Yaïr Lapid – exclus du gouvernement parce qu’ils résistaient à prendre la direction générale imposée par Nétanyahou, chef du gouvernement israélien. Et celui-ci, qui est peu flexible, a fait exploser son actuel gouvernement en remerciant ces deux ministres, trop peu souples, et va donc être contraint de dissoudre l’Assemblée nationale.

Pourquoi est-ce que j’ai parlé d’une formule inattendue ? Parce que cet adjectif récalcitrant n’est pas très usité, et sa rareté lui donne un caractère un peu plaisant. Comme si derrière son usage se cachait quelques moqueries. Je me rappelle un film ancien déjà, qui s’intitulait Le Cadavre récalcitrant ! Ce cadavre semblait refuser qu’on le fasse disparaitre. Il réapparaissait toujours au moment le plus embarrassant, n’entrait pas dans la malle, résistait au feu, ne coulait pas dans l’étang. C’était un calvaire pour le pauvre assassin. Un cadavre increvable d’une certaine façon, un cadavre récalcitrant.

Le mot est ancien, il vient du latin. Au départ, en français, c’est le participe présent du verbe récalcitrer, qui n’est plus du tout d’usage, sinon pour rire : quand on dit de quelqu’un qu’il résiste, « oh celui-là, il récalcitre ! ». Ce qui est tout à fait bizarre, puisque ça donne l’impression que le verbe est inventé à partir de l’adjectif alors qu’historiquement, c’est le contraire !

Calcem, en latin signifie un talon. C’est d’ailleurs la famille qui nous a donné chaussure ! Calcitrare signifie donc racler du talon quand on ne veut pas faire une chose. Donc on n’est pas très loin de la ruade. C’est donc presque mot à mot, trainer des pieds. Mais en fait, c’est plus que ça encore : il ne s’agit pas de faire quelque chose à contrecœur, mais de tenter  de ne pas le faire du tout. Celui qui est récalcitrant, il est désobéissant et même frondeur. Encore que ce mot soit peut-être un peu plus fort encore. Parce que le frondeur ne se contente pas de résister : il s’affronte à son maître, il lui tient tête. On voit bien le déplacement : être récalcitrant, c’est au niveau du talon ; être frondeur, c’est au niveau de la tête, du front. Attention, le mot frondeur ne vient pas du mot front, mais le frondeur affronte son maître.

En tout cas l’idée principale est celle du refus d’obéissance, qui se rapproche de l’insoumission. Est-ce que c’est la même chose l’insoumission et la désobéissance ? Non, là encore il y a une question de degré. Désobéir, c’est ne pas faire ce qu’on vous demande de faire, et puis c’est tout. Être insoumis, c’est refusé de se soumettre, c'est-à-dire refuser une pression qui est trop forte et qui a un certain sentiment parce que vouloir soumettre quelqu’un, c’est le soumettre malgré sa volonté, c'est-à-dire, d’une certaine façon, c’est le briser. Être insoumis, c’est résister à celui qui veut vous briser, c’est plus que désobéir.


Avertissement !
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Coproduction du réseau CANOPÉ.
http://www.reseau-canope.fr

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